PKP décapé

Pierre Karl Péladeau dans la peau d’un homme politique. En campagne avec la première ministre Pauline Marois.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pierre Karl Péladeau dans la peau d’un homme politique. En campagne avec la première ministre Pauline Marois.

Pierre Karl Péladeau et Silvio Berlusconi, même combat ? Le nouveau chevalier de l’indépendance est-il le Cavaliere québécois ?

 

Des observateurs et des partisans osent le parallèle. Marc-François Bernier, lui, trouve le rapprochement mal choisi. S’il faut vraiment comparer un magnat des médias à un autre, dit spécialiste de l’éthique du journalisme, aussi bien choisir Rupert Murdoch, dirigeant de News Corporation, un des plus grands groupes médiatiques du monde.

 

« Berlusconi, c’est un drôle de numéro, explique le professeur de l’université d’Ottawa. S’il y en a un qui ressemble à Pierre Karl Péladeau, c’est plus Murdoch. Lui aussi est libertarien. Lui aussi s’est retiré des conseils de presse, en Australie et en Angleterre. Lui aussi a acheté des chaînes de télé importantes et concentré ses médias. Mis à part le scandale des écoutes téléphoniques que nous n’avons pas ici, c’est le baron des médias qui ressemble le plus à M. Péladeau. »

 

Des exemples

 

Surtout, les deux patrons de presse présentent un défi de taille pour leurs sociétés, dans le cas de M. Murdoch, son Australie natale, mais aussi les États-Unis et la Grande-Bretagne où s’activent ses entreprises. L’information, c’est du pouvoir. En contrôlant d’énormes machines d’information, les industriels des communications concentrent beaucoup de pouvoir.

 

Un exemple ? Le professeur cite le débat sur les accommodements raisonnables qui a en quelque sorte engendré la proposition de charte de la laïcité. Le sujet devrait avoir son importance dans la présente campagne électorale. « Ce débat a été cadré, mis en scène par les médias de Québecor il y a plusieurs années, rappelle le professeur de communication. Souvent, des cas montés en épingle et un peu déformés. Ce cadrage fait que le débat porte sur tels enjeux plutôt que d’autres et qu’on en parle de telle façon plutôt qu’une autre. Ça laisse des traces. Ça fait partie du pouvoir médiatique. »

 

Un autre exemple alors ? Parlons notoriété de M. Péladeau lui-même. « Son entrée en politique est fracassante parce qu’il a une grande réputation maintenant au Québec, observe le professeur Bernier. Et cette grande réputation, très positive dans bien des cas, on ne va pas se le cacher, elle est due à la couverture très, très favorable à laquelle il a eu droit de la part de tous les médias de Québecor depuis au moins dix ans. Aussitôt qu’il faisait la moindre sortie publique, la moindre conférence, la moindre randonnée de vélo, il avait toujours une couverture favorable dans les médias de Québecor. Alors, c’est évident, il s’est créé une grande notoriété. Et maintenant, il la met au service d’une formation politique. »

 

Power et le pouvoir

 

Osons un rapprochement de circonstance. Les journaux de Gesca ont publié des dizaines et des dizaines de textes hagiographiques sur leur propriétaire Paul Desmarais, de Power Corporation, à sa mort, en octobre 2013. Les médias de Québecor, eux, encensent sans cesse leur patron et son power couple depuis son arrivée en poste.

 

« Cette notoriété n’est pas un hasard, poursuit le professeur, qui ne propose pas lui-même ce parallèle entre les deux empires de presse et leurs patrons respectifs. Quand les dirigeants de Québecor nous disent qu’ils n’interviennent pas dans les salles de rédaction, ce n’est pas très crédible. On a des témoignages publics qui disent le contraire, même si c’est très, très risqué de dénoncer l’ingérence dans son travail pour un journaliste en fonction. J’ai moi-même réalisé des recherches qui disent le contraire. Il y a de l’intervention chez Québecor dans les salles de rédaction. »

 

Le professeur Bernier a pratiqué le journalisme pour une publication de l’empire, dans les années 1980. Spécialiste de la déontologie, il est le premier titulaire de la chaire de recherche en éthique du journalisme de l’Université d’Ottawa dont le mandat se termine dans quelques semaines.

 

« Ce qui arrive était un peu prévisible, poursuit-il, quand, au tournant du siècle, les observateurs disaient aux gouvernements de faire attention avec la concentration de la presse et la convergence. On leur répétait qu’ils allaient remettre un gros pouvoir dans quelques mains. Maintenant, on ne peut pas se surprendre de l’instrumentalisation et de la mobilisation de ressources médiatiques importantes pour défendre les intérêts de certaines personnes. »

 

Que faire ?

 

La formation politique importe peu d’ailleurs. La critique professorale serait exactement la même si M. Péladeau avait plongé en politique pour la CAQ ou le Parti libéral. Ou Québec solidaire, mettons, on peut bien rire un peu…

 

« Je ne veux pas rentrer dans les questions partisanes ou électoralistes, tranche M. Bernier.[…] Tout le débat sur la convergence et la concentration des médias dans une société démocratique tourne autour du danger de l’accaparation d’un pouvoir important à des fins partisanes qui déstabilise et déséquilibre les rapports de force dans notre société. »

 

Le spécialiste de l’éthique journalistique répète que, selon sa perspective et son expertise professionnelle, la solution à l’épineux problème du danger d’ingérence passe par des lieux de surveillance. Il souhaiterait un centre structuré d’observation des médias. Il voudrait que l’adhésion soit obligatoire au Conseil de presse du Québec, le tribunal d’honneur de la profession journalistique. Il recommanderait la création de postes d’ombudsman dans les médias. Sa proposition a été diffusée sur le site projetj.ca.

 

« Il faut des garde-fous, plus que des lois, conclut-il. Dans le contexte actuel, il faut peut-être accepter la convergence, peut-être, supposons. Alors, il faut considérer les enjeux, documenter les problèmes et en discuter publiquement à l’abri de l’intervention des médias et des gouvernements. »

***

« Pierre Karl Péladeau est un citoyen comme un autre et il a le droit de se présenter aux élections comme un autre. Il exerce son droit. Tous les membres du Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal (STIJM) ont une opinion personnelle sur le sujet. Le syndicat n’est pas une courroie de transmission des opinions de tout un chacun. Le Syndicat ne voit pas de problème dans le fait que le citoyen Péladeau s’implique dans une cause politique. La démocratie suit son cours.
[…] Le syndicat n’a jamais reçu de plainte concernant une tentative de contrôle de l’information de Pierre Karl Péladeau. On n’a jamais eu de problème de ce côté. D’un autre côté, nous avons toujours fait notre travail avec professionnalisme et nous tenons toujours jalousement à notre indépendance journalistique. Il y a une provision au sujet de la liberté de presse dans la convention collective. Les journalistes sont assurés de préserver leur indépendance sans pressions internes ou externes. La salle des nouvelles est protégée. Notre intégrité est protégée. Il n’y a pas d’ingérence. La salle est libre et indépendante. Et si les gens se posent des questions à ce sujet, j’imagine qu’ils peuvent s’en poser au sujet d’autres médias. »


Dave Lévesque, vice-président (rédaction) du STIJM. Propos recueillis par Le Devoir.

3 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 mars 2014 07 h 13

    Mais

    Mais qu'est-ce qui a été dit ici ? Je ne suis ni pour ni contre bien au contraire ?

    J'ai lu jusqu'au bout et je ne saisis toujours pas à part arroser essuyer.

    On blâme la direction de faire de l'interférence et on fini par dire qu'on est indépendant.

    Pour la clarté journalistique, on a déjà vu mieux !

    À part un autre organisme supplémentaire pour surveiller ceux qui jurent ne pas en avoir besoin... Dieu sais qu'on a toujours besoin d'organismes supplémentaires; c'est un manque flagrant dans notre société.

    PL

    • Ginette Auger - Inscrite 17 mars 2014 23 h 48

      Il faudrait lire comme il faut, y voir les *** et les italiques! Un peu de rigueur dans votre lecture!

  • Marc Bergeron - Inscrit 17 mars 2014 16 h 14

    Un africain est mieux informer qu'un québécois

    C'est ce que l'ONU avait déduit il y a quelques année. Tout ça parce qu'il existe une grande variété et quantité de petits journaux. Est-ce la seule solution valable? Peut-être ne pas posséder plus d'un médium d'information. En plus le journalisme a besoin d'un coup de pouce pour se définir parce que actuellement c'est n'importe qui, n'importe comment même à la sortie d'un bon souper avec X pour ensuite couvrir un débat qui visait la même personne. La proximité devient questionnable ainsi que les urluberlus possédant une carte en règle. Parlons aussi de censure importante. La pensée unique entretenu et la multiplication d'experts incompétents que nos médias nourrisent jusqu'èa ce qu'il devienne monstrueux. Médias bien malade!