François Cavanna tire le trait

L’écrivain et polémiste François Cavanna
Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot L’écrivain et polémiste François Cavanna
L’écrivain et polémiste François Cavanna, connu comme le fondateur des journaux satiriques français Hara-Kiri et Charlie Hebdo, est mort mercredi soir à l’âge de 90 ans. Il souffrait depuis plusieurs années de la maladie de Parkinson. Hospitalisé à Créteil, en banlieue parisienne, pour une intervention consécutive à une fracture du fémur, il a souffert de complications pulmonaires qui ont fini par l’emporter.

Bal tragique à Charlie Hebdo ; un mort, pour paraphraser une célèbre première page qui avait valu au journal son interdiction temporaire dans les années 1960. « C’est le grand prêtre de l’humour qui disparaît, mais Cavanna n’est pas tout à fait mort : Charlie Hebdo lui survit », a déclaré à l’AFP Charb, le directeur du journal. « De nombreux humoristes lui doivent beaucoup sans le savoir », a-t-il ajouté à raison.

En 1960, ce grand gaillard aux trente-six métiers que l’on reconnaît à ses moustaches gauloises fonde Hara-Kiri, une feuille irrévérencieuse qui se transforme en Hara-Kiri Hebdo, puis en Charlie Hebdo. On reprochera au journal son goût pour la scatologie et les caricatures assassines. La censure s’en mêle et s’emmêle à son sujet. Le canard finit par battre de l’aile et s’effondre avant d’être repris en 1992 et de traverser diverses crises.

Style unique et engageant

Né en 1923, ce fils costaud d’un Italien et d’une Française est tombé tout jeune dans le vice de l’imprimé. Lire, écrire et dessiner constituent les extases et les paradis de ce mécréant impénitent.

Sa vie, il en aura parlé cent fois, avec ce style unique et engageant qui a fait sa renommée dans une suite autobiographique intitulée Les Ritals. Avec Les Russkoffs, il décroche le prix Interalliés en 1979. Libertaire, il a des amis de la même trempe que lui, Georges Brassens et Robert Doisneau notamment. Il n’hésite pas à égratigner la surface des personnalités polies par les médias. Sur le plateau d’Apostrophe, l’émission littéraire de Bernard Pivot, on se souviendra de lui pour avoir lancé un retentissant « Bukowski, ta gueule ! »

Toute sa vie, Cavanna applique à la lettre des mots qu’il écrivait en 1976 : « Ou bien on se laisse crever, et on crève. Ou bien on se bagarre, et peut-être qu’on crève quand même. Mais peut-être que non. »

Haine des conventions

Cavanna fait penser entre autres à Jules Vallès, à qui il tient la main à un siècle de distance. Même haine des conventions ridicules, même rage de vivre en tout librement, même volonté de voir les hommes vivre à hauteur d’homme, égaux entre eux.

Si Jules Vallès s’est raconté surtout dans L’enfant, Le bachelier et L’insurgé, François Cavanna l’a fait un peu partout, au fil de son œuvre, dans des livres autant que dans des chroniques. Mais pour apprendre à le connaître, il faut d’abord, je crois, lire son Lune de miel (2011), même avant son célèbre Ritals.

Dans Lune de miel, il parle encore une fois de ses souvenirs de la guerre, alors qu’il fut envoyé au travail forcé en Allemagne. Cette fois, Cavanna rend compte de ses souvenirs sur fond de maladie de Parkinson.

Dans ses chroniques à Charlie, ses textes pointaient toujours dans une direction, celle de la liberté, sans qu’il défende pour autant une vision précise d’un quelconque engagement politique. Il se jetait dans l’écriture d’abord de bon cœur, en écrivain. Et c’est son cœur, bien grand et bien placé, qui finissait par donner chez lui un sens à tout, même quand il faisait fausse route. Il était bien moins politique et anarchiste qu’écrivain, après tout.

Malgré sa gloire dans son milieu, qui était celui qui découlait en bonne partie des suites de Mai 1968, cet écrivain provocateur ne se faisait pourtant pas d’illusions sur lui-même, ni sur le monde. Il dit et répète : « Toute vie est ratée, et ratée d’avance, puisque vouée à la mort. La première vie non ratée sera celle du premier type à ne pas mourir dans les temps assignés, c’est-à-dire à ne pas vieillir. Jusque-là, il faut bien se résigner. » Il n’était pas ronflant. Il avait une plume, du cœur et du sang.
7 commentaires
  • André Lavoie - Abonné 30 janvier 2014 10 h 40

    Salut Cavanna

    Personnage important qui s'éteint. Sa phrase qui m'a le plus fait rire: Beethoven était tellement sourd que toute sa vie il a cru qu'il faisait de la peinture.

    Salut Gaulois.

  • Martin Richard - Inscrit 30 janvier 2014 11 h 01

    Merci

    Salut et merci pour tout, François Cavanna: "Les Ritals", "Les Ruskoffs", Charlie Herbdo (avant les délires de P. Vall), Hara-Kiri.

    Vous ne manquerez pas grand chose de la suite de l'Histoire. La bêtise, la saloperie, l'exploitation, la haine, bref l'Internationale Connerie Universelle ne cesse de croitre. Et ce à une vitesse vertigineuse !

    Ma prochaine bouteille sera bu en votre honneur,

    ciao !
    martin richard
    mtl

  • Gilles Théberge - Abonné 30 janvier 2014 18 h 14

    Hara kiri

    Quels souvenirs!

  • Michel Vallée - Inscrit 30 janvier 2014 20 h 15

    «Bukowski, ta gueule!»


    <<Sur le plateau d’Apostrophe, l’émission littéraire de Bernard Pivot, on se souviendra de (Cavanna) pour avoir lancé un retentissant ‘’Bukowski, ta gueule!’’>>

    Bukowski était saoul comme une bourrique, et il interrompait tous les invités…

    -Mais ! Arrêtez de lui donner à boire !

    – Il a apporté ses bouteilles…

    L’extase béate de Cavanna devant Bukowski s’était rapidement transmuée en un retentissant : -Mais ! Je vais lui foutre mon poing sur la gueule !

  • Francis Salois - Abonné 31 janvier 2014 05 h 25

    Bête et méchant? Pas tant...

    Je suis triste. Je viens de perdre un bon copain.