Télévision - Héros malgré lui

«La fierté, mot inconnu... Qui nous en a drogués? Qui a inventé l'homme nouveau, appelé Québécois?» Ainsi Félix Leclerc faisait-il l'éloge de René Lévesque lorsque celui-ci mourut prématurément en 1987, après avoir dominé l'histoire du Québec durant près de 40 ans.

C'est cette riche carrière de correspondant de guerre, de politicien visionnaire, de leader charismatique et de grand séducteur que la série René Lévesque, héros malgré lui présentera à compter du jeudi 6 novembre sur les ondes de Télé-Québec. Les trois heures de ce documentaire passionnant ont été scénarisées par Pierre Godin et réalisées avec beaucoup de doigté par Marc Renaud.

Même si le sujet est archiconnu et a été étudié sous tous ses angles, à aucun moment le documentaire ne s'essouffle. On y évoque la jeunesse de René Lévesque et l'évolution de sa pensée politique à travers de nombreux témoignages et des documents d'archives, ce qui en fait sa principale richesse.

Le travail fouillé de Pierre Godin, qui a déjà publié trois des quatre tomes d'une biographie consacrée à René Lévesque, entraîne le téléspectateur dans les méandres tumultueux de la vie de cet homme. Il s'agit d'un portrait humain d'un rebelle, provocateur, tourmenté aussi. Au cours des trois émissions, l'option, le parti, les adversaires ou les réalisations du gouvernement péquiste, tout est vu par la lorgnette de René Lévesque.

Très clairement, on ressort de ce plongeon dans l'histoire récente du Québec en constatant que celui que la population appelait affectueusement Ti-Poil était un politicien véritablement tourné vers le peuple. Les préoccupations de René Lévesque sont viscérales. Et le sentiment d'urgence qui habitait l'homme est perceptible.

Pour les moins de 40 ans, la série permet sûrement d'aller aux sources de certains événements que les médias ont rétrécis au fil des ans par la force des choses. Le «beau risque» des années 1980, par exemple, prend forme alors que l'on voit René Lévesque l'expliquer en conférence de presse.

Dans le premier épisode, qui couvre la période de 1922 à 1967, la personnalité forte du jeune Gaspésien se construit. Du collégien qui se questionnait sur la nécessité de demeurer français jusqu'à ce journaliste à la barre de l'émission Point de mire à Radio-Canada, René Lévesque ne laissait déjà personne indifférent. Ce cheminement le prépare à aller plus loin.

C'est ainsi qu'il fait le saut en politique en 1960 avec le Parti libéral de Jean Lesage et qu'il procédera à la nationalisation de l'électricité. L'aventure se poursuivra jusqu'en 1967, alors qu'il quitte le bateau libéral, devenu trop étroit pour ses idées nationalistes. «À force de me frapper la tête contre les murs à Ottawa, je devenais séparatiste sans oser me l'avouer», explique M. Lévesque.

La naissance du Parti québécois, la Crise d'octobre et la prise du pouvoir de 1976 sont abordées au cours de la deuxième heure. Comme il s'agit d'une période très touffue, cet épisode, intitulé Le Patriote, passe trop vite. C'est la période des grands défis.

C'est également au cours de ces années que René Lévesque rencontre Corinne Côté, qu'il épousera en 1978. D'ailleurs, le documentaire présente sans pudeur René Lévesque le séducteur.

Puis arrive 1980, qui vient tout bousculer. Coup sur coup, René Lévesque encaisse la défaite référendaire, la «Nuit des longs couteaux» qui mènera au rapatriement unilatéral de la Constitution par Pierre Elliott Trudeau, la trahison de Claude Morin qui avait collaboré avec la GRC et les démissions de ses fidèles devant le «beau risque». C'est le désenchantement. René Lévesque sombre dans la dépression et la consommation d'alcool. Il se retire finalement de la politique en 1985.

LES GRANDS DOCUMENTAIRES - SOCIÉTÉ

René Lévesque, Héros malgré lui,

Télé-Québec, jeudi, 20h

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