2013 dans les médias – Mégantic en stock

Sans surprise, c’est la tragédie de Lac-Mégantic qui est désignée nouvelle de l’année.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Sans surprise, c’est la tragédie de Lac-Mégantic qui est désignée nouvelle de l’année.

Plus ça change, plus ça se dépareille. Les médias renvoient une image déformée à la société qu’ils prétendent refléter. Au Québec, en 2013, ce gauchissement médiatique se traduit par une faveur de plus en plus affirmée pour les sports, les faits divers et les nouvelles locales.

Ces trois thèmes combinés comptent pour 43 % de toutes les nouvelles diffusées pendant l’année. En 2012, le trio de base ne totalisait que le tiers (32 %) du poids média.

 

L’international accapare encore moins de 1 % du total. C’est trois fois moins que l’automobile et six fois moins que la cuisine.

 

L’éducation pèse encore moins, avec un quart de 1 % du poids médias. Au Québec, les nouvelles insolites attirent deux fois plus l’attention que les questions d’éducation. On peut le dire autrement : l’éducation attire 17 fois moins de couverture que les technologies, douze fois moins que l’automobile et sept fois moins que la circulation.

 

Un monde sous Influence

 

Le constat impitoyable d’un nombrilisme sensationnaliste et divertissant, en croissance exponentielle, provient de la grande synthèse annuelle proposée par Influence Communication. La firme montréalaise de courtage en informations vient de mettre en ligne mardi son analyse intitulée L’état de la nouvelle. Bilan 2013 Québec. Le document disponible gratuitement s’étend sur près de 150 pages.

 

Sans surprise, c’est la tragédie de Lac-Mégantic qui est désignée nouvelle de l’année. Il s’agit en fait de l’événement le plus médiatisé par les médias québécois sur 24 heures, sur sept jours et sur douze mois, depuis le début du siècle. Le train fou et ses conséquences infernales ont été plus couverts que le tremblement de terre à Haïti, plus que les attentats du 11 septembre 2001, davantage que la première investiture de Barack Obama.

 

Est-ce seulement un fait divers, voire la mère de tous les faits-divers comme le propose la classification d’Influence communication ? Parlons plutôt d’un immense drame devenu un fait de société, traversé par des problèmes touchant au transport, à l’urbanisme à l’environnement et à la déréglementation.

 

Le bilan trouve le moyen de relativiser un peu cette couverture en rappelant que si le Canadien de Montréal avait été une seule et même nouvelle, bref en mettant bout à bout tous les segments d’information concernant le club de hockey, ce thème bleu-blanc-rouge aurait dépassé de 0,2 % le poids médiatique de Lac-Mégantic.

 

En plus, cette couverture justifiable de la tragédie exceptionnelle n’explique pas à elle seule la poussée fulgurante du trio de tête, en hausse du tiers, de 32 à 43 %. Les faits divers et juridiques (y compris Mégantic) ont gonflé de 12,75 à 15 % en un an, les nouvelles locales de 10 à 12,5 % et ce sont donc les sports qui ont fourni le gros de l’effort dans la balance avec une hausse de 9 à plus de 15,5 %.

 

La tragédie qui a fait des dizaines de morts le 6 juillet a aussi été la nouvelle québécoise la plus reprise dans le monde cette année. Mais les médias étrangers, en gros, consacrent deux fois moins de faveurs aux faits divers comme aux nouvelles locales et la moitié moins aux sports.

 

Le Québec vu de loin

 

Le relevé établit également un renversement de perspective internationale sur le Québec. Il y a deux ans, l’étranger parlait de la culture et des attraits touristiques de la province. Depuis, outre Mégantic, l’intérêt s’est porté, dans l’ordre, sur le présumé meurtrier Luka Rocco Magnotta, le conflit étudiant, l’évasion spectaculaire de Saint-Jérôme, la commission Charbonneau et la corruption. L’attentat du Métropolis le 4 septembre 2012, mais aussi le Pastagate, le procès Shafia et le port du turban au soccer.

 

Et la charte des valeurs ? Influence note que les enjeux découlent «d’enjeux qui n’étaient pas dominants dans l’actualité au cours des dernières années». Les manchettes autour des accommodements raisonnables datent de 2007.

 

Une donnée étonnante montre que La Presse a perdu près de 8 parts dans le classement des quotidiens québécois les plus cités à la radio et à la télévision. Le quotidien avait un poids média de 36,5 % en 2012 mais «seulement» de 28 % cette année. Par contraste, Le Journal de Montréal gagne une dizaine de points, passant de 15 à 25 % du poids médias en un an. Le Devoir arrive en troisième place à peu près stable à 11 % des citations.

 

Comment expliquer ce transfert d’intérêt intermédiatique, d’un quotidien à l’autre ? S’agit-il d’un effet pervers du transfert de la diffusion du quotidien vers La Presse +. Ou tout simplement le résultat de la qualité du travail journalistique au Journal de Montréal qui profiterait des travaux d’une nouvelle équipe d’enquête liée à l’agence QMI de Québecor, propriétaire du média ?

 

Il y a peut-être aussi là la preuve d’une volonté plus ou moins assumée de certains médias d’en favoriser ou défavoriser d’autres. Les observateurs répètent par exemple que la plateforme multimédia La Presse + est maintenant en concurrence avec Radio-Canada et ceci explique peut-être certains reculs dans les références de cela.

1 commentaire
  • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 17 décembre 2013 15 h 37

    autre détail

    Vous oubliez aussi la Radio X, qui n'a pas besoin de journalisme solide et qui cite donc à tout bout de champ le JdM et le JdQ.c'est un peu absurde de ne pas mentionner ce lien incestueux, qui est pourtant très manifeste.