Congrès de la FPJQ - La belle et la bête

Le prix Hommage, décerné par les anciens présidents de la Fédération, récompense une carrière journalistique remarquable. Il est allé cette année à Michel Auger, bien connu pour sa couverture du crime organisé au Journal de Montréal pendant deux décennies. Le 13 septembre 2000, il a été atteint par six projectiles dans une embuscade tendue dans le stationnement de son journal. M. Auger a aussi travaillé au Nouvelliste, au Montréal Matin, à La Presse et à la CBC. Sur la photo, il est en compagnie de Jean-Pierre Charbonneau, qui avait été aussi victime d’un attentat en mai 1973 en pleine salle de rédaction du Devoir.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Le prix Hommage, décerné par les anciens présidents de la Fédération, récompense une carrière journalistique remarquable. Il est allé cette année à Michel Auger, bien connu pour sa couverture du crime organisé au Journal de Montréal pendant deux décennies. Le 13 septembre 2000, il a été atteint par six projectiles dans une embuscade tendue dans le stationnement de son journal. M. Auger a aussi travaillé au Nouvelliste, au Montréal Matin, à La Presse et à la CBC. Sur la photo, il est en compagnie de Jean-Pierre Charbonneau, qui avait été aussi victime d’un attentat en mai 1973 en pleine salle de rédaction du Devoir.
L’invité de marque avait un cadeau pour ses hôtes. Les journalistes adorent les statistiques et deviennent complètement gagas à la vue d’un graphique alors Richard Bergeron est arrivé à leur congrès annuel, samedi matin, avec un tableau et des données.

Qu’est-ce qu’on dit ? Merci !

Le document de M. Bergeron, préparé par la firme de courtage en informations Influence Communication, détaille l’évolution du poids média, du pourcentage de la couverture médiatique des différents candidats à la mairie de Montréal, entre le 19 septembre et la fin octobre.

Et alors ? Et alors, les données documentent la faveur croissante accordée à Mélanie Joly, candidate Cendrillon de ce conte de fées qui aurait très bien pu se transformer en histoire d’horreur pour Denis Coderre, maire finalement élu, si la campagne avait duré à peine quelques jours de plus.

Le tableau montre que Mélanie Joly commence la campagne à 9 % pour la terminer à 33 %, le tiers de la couverture pour elle seule. Elle rassemble alors plus de poids média que tous les candidats, loin devant Denis Coderre, tombé à 23 %, un recul de 14 points en moins de six semaines. Richard Bergeron, lui, a droit à une couverture en courbe, à 22 % en septembre pour finir à 19 % en octobre, après une légère hausse d’intérêt entre les deux.

« Le phénomène Mélanie Joly a existé à cause des médias », a résumé Richard Bergeron, devant une salle remplie de reporters. Il a répété ses reproches avec plusieurs formules critiques : « Vous êtes tombés dans le piège. C’est fou le nombre de parties gratuites que vous lui avez données… »

Bienvenue chez nous

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) tenait son congrès à Québec ce week-end. L’événement annuel a attiré une participation record d’environ 700 personnes, soit un membre sur trois de l’association. Le thème « De l’info à la promo, 50 nuances de gris » a notamment permis l’atelier de Retour sur la campagne électorale municipale en compagnie de journalistes spécialisés et du chef politique.

Franchement, c’est quand les échanges s’ouvrent ainsi à d’autres participants, à d’autres professions, qu’ils maximisent leurs effets. Parler entre soi, discuter entre nous, se flatter la bedaine comme n’importe laquelle autre corporation, c’est facile et souvent disgracieux. Confronter ses sujets, recevoir les critiques, ou simplement les commentaires, s’avère autrement plus utile et généreux.

L’an dernier, la présentation de Gabriel Nadeau-Dubois à l’atelier sur le Printemps des étudiants avait eu cet effet rafraîchissant et déstabilisant. La Fédération garde en mémoire une célèbre participation de René Lévesque, ancien journaliste vedette, venu reprocher à ses anciens collègues une part de responsabilité dans la défaite référendaire de 1980. L’an dernier, le ministre des Communications, Maka Kotto, avait au contraire endormi tout le monde au gaz pendant la conférence du midi. La confrontation ne porte pas toujours ses fruits.

Cette fois, l’atelier sur le thème des mots prescrits ou proscrits pour décrire les « infirmes » ou les « nains » a aussi été très profitable. Patrick Lagacé, chroniqueur de La Presse, recevait deux femmes directement concernées, Karine Villeneuve, directrice québécoise de l’Association des personnes de petite taille, et Lise Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ).

Cette dernière a raconté que s’était son « hobby » d’écrire aux journalistes après avoir retracé l’utilisation de « handicapé » plutôt que « personne handicapée », l’idée étant de ne pas substantifier une condition. Une fois, a rappelé la harceleuse, le chroniqueur Pierre Foglia, prix Jules-Fournier 2013, l’a appelée pour lui dire de lui « crisser patience ». Elle ne sait pas s’il a changé son vocabulaire jugé blessant, mais M. Lagacé, lui, oui.

Les mots et les images blessent, mais peuvent aussi soigner, enfin, aider au partage de la souffrance, à la compassion, au deuil, comme l’a montré l’atelier sur la couverture de la tragédie de Lac-Mégantic, surchargé d’émotion. Là encore, la présence d’une invitée de marque, la mairesse Colette Roy-Laroche, directement impliquée dans la couverture journalistique, stimulait l’intérêt des échanges.

« La tragédie a révélé le côté humain des journalistes, a dit Mme Roy-Laroche. Vous avez couvert l’événement avec rigueur, mais le message était empreint d’humanisme. »

Quatre de ces reporters dépêchés sur les lieux dans les heures suivant la catastrophe ont livré leurs témoignages à leur tour. Quand Josée Cloutier, de TVA Sherbrooke, parlait, on se serait cru dans une très touchante cérémonie commémorative.

« Mon mandat était de couvrir les victimes, a-t-elle dit. Parler des morts quand ils étaient vivants. Explorer l’humain. Le défi exigeait de trouver le bon ton, et de rester humaine m’aura certainement aidée à relayer la douleur que les gens voulaient partager avec nous. »

Jolie Mélanie

Richard Bergeron aussi voulait partager, mais sur un autre ton, ferme, critique mais sans ressentiment, en acceptant ses propres parts de responsabilités. Il s’est donc demandé « comment les journalistes ont pu tomber dans le piège », de Mélanie Joly.

Le charme de la trentenaire néophyte y est certainement pour quelque chose. « Elle est beaucoup plus jolie que moi, elle fait de plus belles photos », a résumé M. Bergeron en saluant aussi « le front de bœuf », la qualité de la campagne d’affichage de la dame et ses prouesses aux débats télévisés. « On était désarçonnés par autant de sans-gêne et de beauté », résume le politicien.

Le chef de Projet Montréal a même admis que sa formation aurait dû médiatiser une autre jeune femme pour contrer l’effet de la candidate perçue comme une solution de rechange rafraîchissante aux vieux politiciens. Une candidate pressentie n’a pas voulu se prêter au jeu, et la bataille des belles n’a pas eu lieu.

Il n’y a pas que ça, évidemment. M. Bergeron a aussi reproché aux médias le « scandale de la tomate ». La Presse a publié un article établissant des liens entre Projet Montréal et un organisme bénévole du plateau Mont-Royal développant un kiosque maraîcher pour les familles pauvres de l’arrondissement. Radio-Canada et The Gazette auraient refusé le sujet quand il leur a été dévoilé.

Le « scandale » inventé a été démenti en éditorial quelques jours plus tard, n’empêche, la boue a collé dans une campagne portant sur la corruption. « J’ai passé trois jours à répondre aux questions qui nous demandaient si nous étions aussi pourris que les autres », résume le chef politique.

Il reproche aussi aux journalistes d’avoir constamment utilisé les qualificatifs propagandistes et les « étiquettes stérilisantes » de ses adversaires pour le décrire comme « rêveur » par exemple quand il était question de la proposition de développer un tramway, sans examiner la question.

« Je ne suis pas sûr qu’on a donné une free ride à Mélanie Joly », a répliqué François Cormier, reporter aux affaires municipales de Radio-Canada. Pendant les échanges avec la salle, un pupitreur de La Presse a fait remarquer que des chroniques très sévères ont été publiées sur la candidate.

Les journalistes et leurs invités étaient cependant en accord pour s’étonner de l’absence de sondage en fin de campagne. En 2008, les médias en ont publié cinq qui ont finalement permis à Gérald Tremblay de s’imposer à nouveau quand les anglophones ont décidé de bloquer la route à la mairie pour la péquiste fusionniste Louise Harel.

François Cormier a d’ailleurs expliqué que la décision de suivre systématiquement Mme Joly a été prise après que le premier sondage l’eut placée à 1 % seulement des intentions de vote de Marcel Côté. « Je suis convaincu que s’il y avait eu un sondage dans la dernière semaine, ça aurait changé le vote », a-t-il dit.

Le reporter a ajouté l’hypothèse que les sondeurs eux-mêmes étaient frileux pour ne pas se faire reprocher des résultats non conformes aux votes. En tout cas, ce serait un très beau sujet de discussion, avec des sondeurs, pour un prochain congrès.

***

Pierre Craig, nouveau président de la FPJQ

L’animateur Pierre Craig, d’ICI Radio-Canada Télévision, devient le nouveau président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Il a été désigné par acclamation, sans opposition, durant le congrès 2013 de la Fédération tenu à Québec ce week-end. L’animateur de l’émission La facture prend le relais de Brian Myles, qui occupait le poste depuis quatre ans. Le collègue du Devoir, très chaudement applaudi par des centaines de membres, va occuper la vice-présidence de la FPJQ pendant au moins une année afin d’assurer la transition. Le nouveau président promet de défendre en priorité la protection des sources journalistiques et le libre accès à l’information gouvernementale.

***

Sylvain Cormier, du Devoir, reçoit un prix Judith-Jasmin

Le Devoir avait deux finalistes aux prix Judith-Jasmin et repart avec une récompense attribuée au critique musical Sylvain Cormier dans la section Entrevue. Il reçoit les honneurs pour son texte « La première fin de Richard Desjardins » qui « nous fait entrer par le trou de la serrure dans un temps suspendu », note le justificatif, qui parle aussi d’« un petit bijou ». C’est l’année d’Isabelle Hachey. La reporter de La Presse remporte deux prix Judith-Jasmin, dans deux catégories différentes, soit le Grand Reportage (pour « La guerre aux fillettes ») et la Nouvelle pour un média national (pour « Le bouchon saute à Bordeaux »). Mme Hachey s’était déjà démarquée en se faufilant comme finalistes dans trois catégories des prix Judith-Jasmin, du jamais vu dans l’histoire des plus prestigieuses récompenses du journalisme québécois. Le dossier « La guerre aux fillettes », sur la sexo-sélection en Inde et en Chine, permet un autre doublé magique puisque Martin Leblanc reçoit le prix Antoine-Desilets dans la catégorie Multimédia pour son travail dans ce cadre réalisé pour La Presse +. Les prix Judith-Jasmin honorent « les meilleures œuvres journalistiques de l’année au Québec, tous médias confondus ». Le prix Antoine-Desilets reconnaît les meilleures images (photo ou vidéo) de presse de l’année. Les récompenses sont distribuées dans le cadre d’un gala organisé en marge du congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Celui de 2013 se tenait à Québec ce week-end.
4 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 25 novembre 2013 07 h 49

    Ambiance bon enfant dans les coulisses du 4e pouvoir

    Ha ha ha, Chose!

    On se regroupe en atelier comme à l'école, on compare ses copies, on se coiffe de couronnes ou de bonnets d'âne en avalant des canapés...

    Qui dirait qu'on est dans l'antre du 4e pouvoir où on a les moyens de faire ou défaire l'opinion, de faire ou défaire des idéologies?

  • Normand Murray - Inscrit 25 novembre 2013 11 h 11

    Une réflexion qui fait peur.

    La réalité je ne suis pas là pour juger mais j'ai un sérieux questionnement face aux médias télévisuelle vu le taux d'anaphabetisme au Québec soit 40+% tous ces personnes on comme seule source d'information politiques et sociales la télévision et de bien faire bien paraitre certaines personnes à des but strictement électoral et de ce fait mème de faire des cadrages digne des plus grandes productions pour disons le franchement l'élitisme Libéral et Caquiste pour projeté l'image du "Regarde comme il parait bien le monsieur".Un exemple frappant est lorsqu'une manifestation a lieu bien une vue en plongé des caméras de RC et de L'hélico de TVA n'est jamais au rendez vous pour apprécié l'amplitude du mouvement de foule réel.La censure imposé lors des interviews en direct lors de la diffusion et le faire valoir évident de tout ces pauvres percécutés de la charte comparé le temps d'antenne avec un chrono faites en la somme et vous verrez.L'analphabetisme est un plus value pour la classe dirigeante et le 4Ième pouvoir en connait que trop bien la porté sociale...

    • André Nadon - Abonné 25 novembre 2013 13 h 06

      Je souscrits à votre commentaire et me demande comment contrer l'influence malsaine de ceux qui contrôlent ces médias par l'intermédiaire de la classe politique au plus haut niveau.
      Je souligne les efforts de l'équipe du Devoir pour bien nous informer.

  • Gilles Théberge - Abonné 25 novembre 2013 18 h 15

    Gros doutes en vue...

    Est-ce que la candidate a eu des frère rides ou pas importe peu. Mais en revanche, le fait que les journalistes soient restés beaucoup sur la manchette sans aller plus en profondeur sur les positions des candidats à certainement joué sur l'indécision des électeurs.

    Ce dont Montréal avait besoin, c'est soit de Rihard Bergeron, soit de Marcel Côté.