Saint-Jean : le candidat et son média

Ce n’est jamais simple de se couvrir soi-même. L’entrepreneur Khaled Kalille, candidat indépendant à la mairie de Saint-Jean-sur-Richelieu et propriétaire du journal Le Courrier du Haut-Richelieu, pense avoir trouvé le moyen de contourner le conflit d’intérêts potentiel. M. Kalille a tout simplement interdit à son média de couvrir la présente campagne électorale municipale.

 

Aucun des huit autres candidats, aucune des six équipes en lice ne fera donc l’objet de reportages ou de chroniques dans les pages du Courrier et sur le site journallecourrier.ca. Tous aux oubliettes. Tous, sauf M. Kalille lui-même, président du Groupe Valeur Média qui possède deux autres bihebdomadaires en Montérégie.

 

Il a eu droit à un seul article, signé Yves Rivard, pour expliquer ses promesses électorales dans l’avant-dernière édition, celle du 9 octobre dernier, histoire de mettre les choses au clair, précise-t-il.

 

La version dématérialisée établissait aussi un hyperlien vers le site partisan du candidat-propriétaire jusqu’à mardi après-midi.

 

Des journalistes voient la situation d’un oeil plus critique du point de vue éthique. « Lorsque l’on clique sur la version en ligne de l’article du journal qui porte sur M. Kalille, on est automatiquement redirigé vers le site officiel du candidat, note un communiqué publié mardi par la section montérégienne de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. La FPJQ Montérégie ne se prononce ni sur la pertinence ni sur le contenu de l’article, mais s’inquiète en constatant que la version en ligne du reportage confond nouvelle et promotion électorale. »

 

Le principal intéressé balaye ces reproches. « Je suis propriétaire du journal et je suis en campagne,dit-il en entrevue téléphonique au Devoir. Je ne pense pas avoir enfreint de lois. » Il dit que ses adversaires ont retiré leurs publicités de propagande dans son journal. Il trouve que l’hyperlien vers sa page de campagne ne peut pas davantage choquer qu’une adresse fournie à la fin d’un article.

 

D’ailleurs, après l’entrevue et à la suite du communiqué, ce lien, créé automatiquement par le système de mise en page, a finalement été retiré en même temps que toute la page litigieuse, en fait. La nouvelle édition du Courrier est parue mardi soir.

 

Annonce à sa clientèle

 

Le directeur de campagne de M. Kalille en rajoute. « Tout journal, que ce soit ici, au Québec, ou en Occident, quand son propriétaire se lance en politique ou dans un projet particulier, doit nécessairement l’annoncer à sa clientèle par un communiqué ou un article, explique Philippe Bastos. C’est légitime. Khaled, sur mon conseil, a décidé dès le départ de ne pas parler de la campagne. On neutralise les problèmes. On a aussi demandé à notre chroniqueur politique Myroslaw Smereka, un ancien maire lui-même, d’arrêter d’écrire pendant la campagne. […] Mais n’importe qui peut acheter de la pub dans le journal. »

 

La dernière chronique traitant de politique régionale est parue le 9 octobre. Elle ne parle pas de M. Kalille. Le Courrier couvre par contre les élections de Napierville.

 

D’ailleurs, M. Bastos souligne que la campagne de son ami Khaled Kalille n’utilise pas beaucoup l’imprimé pour se concentrer sur les médias sociaux. « On essaie de faire les choses autrement, dit-il. Notre campagne plus “ nouveau genre ” essaie de rejoindre les gens en utilisant Facebook le plus possible. On peut mieux cibler l’auditoire par ce moyen. »