De La facture à l’investiture

« Je suis vice-président de la Fédération depuis un an et, quand on t’offre un poste à la FPJQ, tu ne peux pas le refuser », commente Pierre Craig.
Photo: Radio-Canada « Je suis vice-président de la Fédération depuis un an et, quand on t’offre un poste à la FPJQ, tu ne peux pas le refuser », commente Pierre Craig.

Le journaliste Pierre Craig de Radio-Canada veut devenir le prochain président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

 

Pour l’instant, toujours selon les informations obtenues par Le Devoir, il demeure le seul candidat déclaré à la succession de Brian Myles, en poste depuis quatre ans. Le second mandat du président Myles se termine dans quelques semaines.

 

Le nouveau président sera désigné au prochain congrès annuel de la Fédération, à Québec, fin novembre. Habituellement, un seul candidat d’envergure se manifeste, après des démarches en coulisses de la part de l’équipe de direction.

 

Les membres intéressés par les postes au conseil de direction, y compris la présidence, ont jusqu’au 23 novembre à midi pour se faire connaître.

 

« Je suis vice-président de la Fédération depuis un an et, quand on t’offre un poste à la FPJQ, tu ne peux pas le refuser », commente Pierre Craig, 61 ans, animateur très respecté de l’émission d’affaires publiques La facture, diffusée à ICI Radio-Canada Télévision. « Nous, les journalistes, nous défendons la vérité, la démocratie. Nous sommes des idéalistes, peut-être pas tous, mais en bonne partie. Nous défendons des causes qu’on pourrait qualifier de nobles. Alors, quand on te demande de t’impliquer, au-delà des paroles, en donnant de ton temps et de ton énergie, tu réfléchis, mais c’est bien difficile de refuser ça. […] Et je tiens à le dire : on ne m’a pas tordu le bras. »

 

L’élection de Brian Myles au congrès de 2009 a constitué une exception notable dans l’histoire de l’organisation créée en 1969. Le milieu journalistique se divisait alors autour du conflit de travail au Journal de Montréal. Le collègue du Devoir l’avait remporté contre l’éditorialiste François Cardinal de La Presse, adoubé par le président sortant, le chroniqueur François Bourque du Soleil.

 

Le nouveau président potentiel annonce un programme en quatre points essentiels.

 

L’accès à l’information. « Ce sera mon cheval de bataille principal, annonce Pierre Craig. Depuis 10 ou 15 ans a été créé un nouveau culte, le culte du secret. Je suis au troisième étage de Radio- Canada. J’ai devant moi le palais de justice, l’hôtel de ville de Montréal, le chantier du CHUM : il n’y a pas une brique, un crayon, un siège qui n’a pas été payé par les deniers publics. Le citoyen paye tout et il ne sait rien parce qu’on lui cache les choses. Il y a un manque là-dedans d’une profondeur insondable. Depuis que la Loi sur l’accès à l’information existe, on dit au journaliste que, s’il veut l’info, il va payer pour, en temps et en énergie. […] On vit dans le culte du secret et il faut se battre contre ça. »

 

La protection des sources.« On va faire un exercice. On va éliminer Ma Chouette [la source du scandale des commandites]. On va éliminer les sources d’Alain Gravel, de Marie-Maude Denis, de Fabrice de Pierrebourg, de l’agence QMI et de tous les autres journalistes d’enquête. Mme Charbonneau serait encore au palais de justice et le juge Gomery n’aurait pas dirigé la commission qui a porté son nom. Si on n’a pas de sources journalistiques, dans quelle société on vit ? Les gouvernements ne veulent pas comprendre ça. […] Il faut donc qu’on se penche sur la protection des sources journalistiques comme société. »

 

L’information en région. « Nous avons rencontré le ministre des Affaires municipales. Beaucoup de journalistes nous appellent pour dénoncer des situations inacceptables. On les empêche de filmer des conseils municipaux. Des municipalités se comportent en dictatrices par rapport à l’information. Elles mettent tous les bâtons dans les roues pour empêcher les journalistes de faire leur travail. Une collègue m’a aussi dit que les gens ne savent même pas pour qui voter aux élections tellement il y a peu d’infos qui circulent en région. C’est donc une situation qui me préoccupe. »

 

Le Conseil de presse du Québec (CPQ). « Les coches mal taillées existent dans notre métier. Il peut arriver que des gens se fassent faire du tort par un média. Ça prend donc un accès à la justice. Cet accès, c’est le Conseil de presse du Québec, qui doit se concentrer sur son rôle, celui d’être le tribunal d’honneur des médias du Québec. Il y a un problème : Québecor en est sorti. Je pense donc que le CPQ doit travailler à ramener Québecor en son sein. Je pense que ça peut se faire, mais je suis convaincu que ça ne doit pas se faire par une loi qui obligerait l’adhésion. »

 

La FPJQ est la plus grande association professionnelle de journalistes au Canada. Elle rassemble près de 2000 membres. Il ne s’agit toutefois pas d’un ordre professionnel au sens légal du terme.

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