Les journalistes pigistes veulent négocier

Les journalistes pigistes misent sur la négociation collective pour bonifier leurs conditions de travail.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les journalistes pigistes misent sur la négociation collective pour bonifier leurs conditions de travail.

Les journalistes pigistes misent sur la négociation collective pour bonifier leurs conditions de travail. Un large consensus en ce sens syndical se dégage des états généraux du journalisme indépendant tenus ce week-end à Montréal.

 

Cette volonté ferme interpelle directement l’État. Seul le gouvernement pourrait forcer, par loi, l’adoption de conventions de groupe avec ces travailleurs indépendants de l’information.

 

Différents milieux des arts fournissent des modèles pouvant inspirer le secteur des communications. L’Union des artistes, plus vieux et plus grand syndicat des arts du pays, négocie des conditions d’embauche minimales pour les arts de la scène.

 

« Nos membres sont en grande majorité pour la négociation collective », résume au Devoir Mariève Paradis, présidente reconduite de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ). La rencontre du week-end a attiré une centaine de participants. Les pigistes professionnels seraient environ 600 au Québec.

 

« Il est prévu que le cabinet du ministre [Maka] Kotto rencontre l’AJIQ dès la semaine prochaine, écrit au Devoir Marc-André de Blois, attaché de presse du cabinet du ministère de la Culture et des Communications. On suit ce dossier de très près. » Le ministère du Travail est également interpellé dans ce dossier.

 

Le consensus autour de la négociation a germé des discussions en ateliers, mais aussi des réponses à un sondage mené auprès des membres. La solution négociée envisagée depuis de nombreuses années est défendue par la direction de l’AJIQ, sans en exclure d’autres, dont l’entrepreneuriat médiatique.

 

Et alors ? Et maintenant ? La présidente résume le plan d’action autour de trois axes : l’éducation, la mobilisation et la négociation.

 

Éducation. « Il faut continuer à expliquer aux journalistes ce qu’est la négociation collective, dit Mme Paradis. Il y a tellement de roulement dans le milieu qu’il faut constamment recommencer ce travail pédagogique. Il faut aussi renseigner le public sur les conditions de travail des journalistes indépendants. » Le sondage dévoilé ce week-end a mis en évidence une chute de 40 % des revenus des pigistes depuis trois décennies.

 

Mobilisation. « On veut aller chercher tous les journalistes, dit Mme Paradis en rappelant que la fragilité économique peut entraîner des compromis éthiques. La qualité de l’information concerne tous les professionnels. » La présidente redemande maintenant à ses membres d’envoyer une lettre type à leurs députés, mais aussi aux ministères du Travail et de la Culture pour leur demander d’intervenir. La pression par la communication a débuté cet été.

 

Négociations. « Cet axe est plus individuel, dit Mariève Paradis. On recommande à chaque pigiste de négocier des conditions d’embauche à la hausse. Il faut demander 3 % de plus par année au moins pour briser le statu quo des tarifs. Il faut oser. Au pire, le patron va dire non. »

 

Le sondage a également mis en évidence une étonnante discrimination sexiste entre pigistes. En moyenne, les femmes gagnent 14 % de moins que les hommes. Leurs revenus tirés du journalisme indépendant, eux, s’avèrent 25 % moins élevés.

2 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 1 octobre 2013 13 h 30

    Déjà qu’il y a une bien trop grosse mainmise du syndicalisme sur les médias.

    Ce qui tout de go déforme l’image de notre société que les médias nous renvoient par une lourde complaisance envers l’institution syndicale. Le sens critique est par le fait exclu de bien des zones sous protection syndicale et gare a ceux qui osent ne pas être «solidaire » avec cette complaisance.

    Ce qui est recherché ici depuis plusieurs années c’est le monopole total, c’est à dire l’interdiction de prétendre au titre de journaliste sans être obligatoirement cotisant à une centrale syndicale et d’y être membre. Et bonjour l’indépendance et le sens critique, bonjour l’équilibre des forces …

    Si les politiciens plient a cette demande faudra sérieusement penser à retirer le crucifie de l’Assemblé Nationale pour le remplacer par une armoirie composée des sigles de la CSN, CSQ, FTQ et autres …

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 octobre 2013 11 h 24

      "crucifiX" évidement, le mot porte sa propre croix !