Soins en fin de vie - Le Collège des médecins veut élargir la portée du projet de loi

La première journée d’étude du projet de loi 52 sur les soins de fin de vie a été marquée mardi d’une divergence d’opinions, dans la communauté médicale, sur qui devrait accéder à l’aide médicale à mourir et quand.

 

Le Collège des médecins propose d’élargir la portée du projet de loi pour que les personnes inaptes puissent avoir accès à l’aide médicale à mourir. « Cela fait craindre les dérives », concède le président du Collège, le Dr Charles Bernard. « Mais on peut imaginer une autre solution que de fermer la porte. »

 

Le secrétaire du collège, le Dr Yves Robert, a proposé à la ministre Véronique Hivon deux mécanismes : le consentement substitué, accordé à une personne de confiance, et les directives anticipées. Le Collège a par ailleurs déposé à l’Assemblée nationale le rapport du Groupe de travail conjoint sur l’aide médicale à mourir. Ce document, rédigé par les différents ordres professionnels concernés - notaires, avocats, médecins, infirmières, travailleurs sociaux -, n’avait jamais été rendu public.

 

Le comité arrive à la conclusion qu’une personne « doit pouvoir rédiger des directives anticipées, dont une demande d’aide médicale à mourir » tant qu’elle est apte. Si une démence survient, on devrait pouvoir se référer à ces directives anticipées pour, si toutes les autres conditions sont remplies et que la personne est en fin de vie, accéder à son souhait de mettre fin à sa vie.

 

Aptes et majeures

 

Mais les médecins ne parlent pas d’une seule voix. La Fédération des médecins omnipraticiens ne va pas aussi loin que le Collège. Pour le Dr Louis Godin, « on doit à ce stade se limiter aux personnes aptes et majeures ».

 

Tant le Collège que la FMOQ et l’Association médicale du Québec (AMQ) ont demandé que soit clarifiée la notion de « fin de vie ». L’aide médicale à mourir doit être accessible en cas de « mort imminente », dit le Dr Robert, secrétaire du Collège. « En Belgique, l’absence de précision sur la phase terminale a pu mener à certaines dérives », selon lui. « On doit être rendus au bout de ce qu’on peut offrir [comme soins] et ça doit être exceptionnel », renchérit le Dr Godin.

 

Ces discussions ont fait bondir le Dr Gaétan Barrette, qui craint qu’on restreigne trop l’accès à l’aide médicale à mourir. « Si on met toutes ces restrictions et que finalement, ça n’est accessible que dans les trois derniers jours de vie, aussi bien abandonner le projet de loi tout de suite », a dit le président de l’Association des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) en entrevue au Devoir, peu avant son audience. Devant la commission, le Dr Barrette a salué le projet de loi, « qui est en synchronisme avec la population ».

 

Pharmaciens

 

Les pharmaciens ont fait savoir que certains d’entre eux pourraient, en raison de leurs valeurs, refuser de préparer une ordonnance destinée à mettre fin à la vie. L’Ordre des pharmaciens demande que ses membres puissent eux aussi faire valoir une objection de conscience. L’Ordre demande également à Québec d’envisager la possibilité de faire évaluer les demandes d’aide médicale à mourir par une équipe multidisciplinaire comprenant un psychologue et un pharmacien. Fait à noter, l’Ordre des psychologues ne participera pas aux consultations en cours.

 

En ouvrant la consultation, la ministre Véronique Hivon a précisé qu’elle recevrait les commentaires avec « ouverture ». Les consultations se poursuivent jusqu’au 10 octobre.

9 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 septembre 2013 07 h 58

    Non !

    C'est là où je met le holà ! Personne d'autre ne peux signer en bas de la page pour les soins à la fin de vie. Si vous voulez échapper à la possibilité de dérapage, arrêtez ça drèt là !

    Même si ce ne sont peut-être que des légendes urbaines, on en a tous entendu parlé de ces vautours qui tournent autour du 'tit vieux ou la 'tite vieille qui n'attendent qu'ils ou elle trépasse pour empocher le pactole !

    STOP ! Réfléchissez !!!

  • Christian Bédard - Inscrit 18 septembre 2013 08 h 36

    Sagesse et compassion...

    Pour avoir accompagné des proches et amis en fin de vie, et parce que je suis contre l'acharnement médical pour moi-même, je suis heureux du débat actuel et suis confiant qu'on trouvera un consensus qui soit sage et humaniste. Ceci, pourvu qu'aucune tendance corporatiste vienne réduire le débat à des chicanes de basse-cour ou que les bondieusards s'en mêlent...

  • Yvon Bureau - Abonné 18 septembre 2013 08 h 40

    Apolitique et respectueux de tous et chacun

    Ce fut une très bonne et belle journée. Soignants et établissements et organismes concernés par la fin de vie, la place majeure et centrale est donnée à la personne en fin de vie. Dr Barrette a bien fait d'y insister énergétiquement. Le système au service de la persone en fin de vie, et non l'inverse.

    Excellente et encourageante, cette 1e journée, par l'accueil des plus favorables à ce Projet de loi. Que de qualités ! Et bien sûr, place à la bonification.

    Dès l'ouverture, il fut remarquable et remarquée le désir commun de garder le même esprit de non partisannerie. Remarquable fut la même volonté de servir la population en fin d vie avec beaucoup de compassion, de respect et de solidarité.

    L'expression Soins de fin de vie est centrale et rassembleuse.

    Oui aux Directives médicales anticipées accompagnées si possible de mandataires de confiance. L'important, chez les inaptes, est de se demander si ces personnes, de retour à l'aptitude pour une trentaine de minutes, diraient la même chose. Bref, se centrer sur la personne en fin de vie et ses valeurs et son histoire. Souvent le mourir est simple; parfois plus complexe, de là l'utilité du travail iterdisciplinaire.

    Le Projet de loi 52 est inclusif et des plus respectueux. Le libre-choix tant pour le soigné que pour le soignant. En plus il est rassurant.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 18 septembre 2013 10 h 33

    La campagne publicitaire se poursuit...

    Des députés de l'« opposition » discute de modalités avec le gouvernement : devrait-on euthanasier les personnes démentes au début ou à la fin de leur maladie. Les opinions divergent...

    Personne ne veut y voir de pente glissante dans ce meilleur des mondes en préparation...

  • Yvon Bureau - Abonné 18 septembre 2013 11 h 27

    Oui, la Loi

    La meilleure façon de diminuer au maximum les dérives, c'est l'adoption d'une loi sur les soins de fin de vie.

    La pire façon d'ouvrir la porte aux dérives, ce serait l'absence de l'adoption d'une telle loi.

    Maintenant, bonifions. Ensemble.

    OTSTCFQ se prononcera aujourd'hui'hui. Hâte.