BuzzFeed, la machine à rumeurs

Sur BuzzFeed, le léger côtoie le lourd.
Photo: www.buzzfeed.com Sur BuzzFeed, le léger côtoie le lourd.

Montréal organise un grand séminaire cette semaine sur les enjeux des médias. Une vingtaine de théoriciens et de praticiens d’ici et d’ailleurs viennent y partager leurs observations. Dans le beau lot : Jonah Peretti, président fondateur du site BuzzFeed, en croissance exponentielle et maintenant plus bourré d’ambition que jamais.

 

Commençons par une liste des listes. Ce week-end, le site buzzfeed.com en proposait encore et toujours. Il était notamment question des vingt-trois plus belles plages désertes du Royaume-Uni ; des huit séries Web avec lesbiennes à surveiller ; de vingt et une leçons de mode à tirer des patates (sic) ; de quarante photos qui montrent que le monde a vraiment changé.

 

Des listes et encore des listes. BuzzFeed ne relaie que ça. Enfin, souvent. Et ça marche. Beaucoup, énormément. À tel point que le site américain de traitement de l’information par les best of, les inventaires les répertoires et les litanies arrive en tête de liste des entreprises du Net ayant le plus progressé depuis le début de la décennie.

 

Miracle

 

Voilà donc un autre miracle du Web interactif. Le public aide les employés à produire les articles en s’alimentant à la popularité virale de certains sujets. Le résultat prétend fournir une sorte de polaroïd de ce qui intéresse les internautes. Le contenu est gratuit.

 

Le fondateur de BuzzFeed, Jonah Peretti va causer de ce miracle mercredi dans le cadre des incontournables RDV Infopresse et Grafika dont il est la tête d’affiche 2013. La journée de conférences se tient cette année sur le thème de « l’innovation média à l’ère de la performance ». Une formulation très HEC-gestion-bling-bling, très buzz word en fait. Des centaines de « professionnels des médias » devraient se pointer même si l’inscription coûte bonbon : plus de 500 $.

 

Que va leur raconter M. Peretti ? Le programme annonce qu’il va démontrer que « le modèle BuzzFeed a toutes les chances de devenir une référence, spécialement à l’ère de la performance ». Il devrait aussi partager « son analyse des vagues d’innovations à venir dans l’univers des médias, ainsi que sa vision des enjeux et des opportunités qui se dressent devant l’industrie ».

 

Une liste comme mise à jour

 

On peut déjà avoir un sérieux aperçu de ce que risque de raconter M. Peretti en consultant la note de service destinée à ses employés et publiée la semaine dernière sur le réseau social Linkedln, autre miracle avec 200 millions de membres. Il s’agit évidemment d’une liste, en neuf points celle-là, avec pour chacun des développements un coup de chapeau aux employés comme aux dirigeants de l’entreprise interpellés par leurs prénoms.

 

Voici l’essentiel de la note :

 

Des profits. L’entreprise qui emploie 300 personnes serait profitable. Mais le patron ne fournit pas de chiffres. Beaucoup de médias d’information cherchent un modèle d’affaires pour assurer la transition vers le Web, et BuzzFeed pense l’avoir prouvé avec son mélange de contenu viral lourd et léger.

 

Du contenu. BuzzFeed veut maintenant devenir un joueur majeur des médias en produisant de l’information originale de qualité. « Les contenus générés par les utilisateurs seuls ne suffisent pas à remplir le vide laissé par le déclin continu de la presse quotidienne et magazine », écrit le webentrepreneur dans sa note. Il annonce que son entreprise va se lancer dans le journalisme d’enquête, les longs reportages, bref les formes traditionnellement les plus prestigieuses de l’info. Pour ce travail, le site va embaucher des journalistes professionnels « les plus talentueux au monde ». Le président affirme que si les « marques » traditionnelles ont mis un siècle pour développer leur crédibilité et gagner la confiance du public, sa propre entreprise ne prendra pas tout ce temps pour arriver au même résultat.

 

Des contenants. M. Peretti souligne du même coup que les vieilles entreprises de presse ne proposent pas assez de contenus intéressants pour les natifs d’Internet. Sa propre mutation informationnelle, BuzzFeed entend la mener en mettant l’accent sur des formats réinventés, une webtélé sociale et des technologies mobiles encore plus performantes.

 

Des revenus. Le noeud de l’affaire repose évidemment sur la publicité qui permet d’offrir le produit gratuitement. Un peu comme La Presse +, BuzzFeed prend les devants en développant des publicités avec ses clients, en visant les plus gros et les plus fortunés. L’entreprise a même une BuzzFeed University pour former marques et agences à la « BuzzFeed Way ». Le site vient d’ouvrir un studio de tournage à Los Angeles.

 

Des refus. En terminant, Jonah Peretti annonce tout ce que son entreprise ne fera pas. Il avertit donc que BuzzFeed ne se déclinera pas en émission de télé, station de radio, service câblé ou long métrage. Il assure que le site ne développera pas son propre réseau social, BuzzFeed étant d’ailleurs la preuve imparable de la capacité à utiliser les réseaux existant pour faire mousser sa propre expansion. Il n’y aura pas non plus de version papier de BuzzFeed ni de déclinaison nationale du site, sur le modèle du Huffington Post, un autre mégasuccès du Web que M. Peretti a d’ailleurs aidé à fonder. « Nous devons demeurer patients et concentrés », écrit-il.

 

Les listes resteront

 

Et les listes ? Le fondateur trouve toujours que c’est une excellente façon de présenter l’information. Il cite les Dix commandements comme modèle d’efficacité… Par contre, le site ne s’y limite déjà plus et M. Peretti en fournit la preuve en listant d’autres formats utilisés, dont le texte court ou long, l’illustration, la photo, la vidéo ou les applications mobiles.

 

« Nous construisons la parfaite compagnie de nouvelles et de divertissement pour l’ère des réseaux et de la mobilité, conclut Peretti. Ce ne sera pas facile. Nous devons demeurer humbles, travailler fort et nous amuser. Nous devons continuer à expérimenter… »