CBC/Radio-Canada a versé 43,3 millions d’indemnités en deux ans

Le recul des revenus publicitaires combiné à la diminution des subventions gouvernementales ont forcé CBC/RC à annoncer la suppression de quelque 800 postes en mars 2009 et de 650 postes supplémentaires en avril 2012.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le recul des revenus publicitaires combiné à la diminution des subventions gouvernementales ont forcé CBC/RC à annoncer la suppression de quelque 800 postes en mars 2009 et de 650 postes supplémentaires en avril 2012.
La société CBC/Radio-Canada a versé plus de 43 millions de dollars en deux ans en indemnités de cessation d’emploi. À eux seuls, les cadres ont reçu près de 12 millions, pour une moyenne d’environ 63 000 $ par personne. Les employés syndiqués ont bénéficié de primes à peu près deux fois moins généreuses.
 
Ces données, obtenues par Le Devoir, permettent de mesurer certains effets pervers des réductions budgétaires du diffuseur public au cours des dernières années. Le recul des revenus publicitaires combiné à la diminution des subventions gouvernementales ont forcé CBC/RC à annoncer la suppression de quelque 800 postes en mars 2009 et de 650 postes supplémentaires en avril 2012.
 
À contexte exceptionnel, chiffres exceptionnels

« Ce sont des chiffres exceptionnels étant donné le contexte exceptionnel des réductions budgétaires », résume Angus McKinnon, directeur du service des communications, porte-parole institutionnel de CBC/RC. Il ajoute qu’une élimination massive d’emplois s’étend généralement sur plusieurs années.
 
M. McKinnon ne fournit pas les données comparatives pour les années qui ont précédé les deux vagues de congédiements. « Mais c’était certainement beaucoup moins, puisqu’il n’y avait pas de compressions budgétaires à absorber », dit-il.
 
Le versement d’une indemnité de cessation d’emploi peut découler d’une mise à pied, d’un licenciement, du non-renouvellement d’un contrat ou du départ à la retraite. Pour les syndiqués, les sommes découlent de conditions de la convention collective (deux ou trois semaines de paye par année de service, par exemple), mais aussi de politiques ou de programmes de retraite volontaire.
 
« Nous utilisons une matrice pour calculer les versements dans chaque cas, dit le directeur McKinnon. Dans le cas des cadres, ces conditions dépendent du salaire de base, du niveau de l’emploi, de l’âge et des années de service. »
 
En 2011-2012, 92 cadres (ou membres du personnel de soutien de cette catégorie d’emploi) ont été remerciés moyennant des primes de 5,7 millions de dollars. En 2012-2013 (l’année comptable se termine au 31 mars), encore 92 personnes ont été congédiées pour un total de 5,9 millions en versements.
 
« L’écart avec les primes versées aux syndiqués s’explique par les salaires des cadres normalement plus élevés, dit le porte-parole institutionnel. Le deuxième facteur explicatif concerne le processus de supplantation [bumping]. En fin de compte, les employés avec le moins d’années de service et les plus bas salaires sont licenciés en premier, ce qui fait aussi baisser la moyenne des primes. »
 
L’explication syndicale

Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) propose une autre lecture. L’organisation souligne que l’élimination des postes a été réalisée en partie avec un Programme incitatif de retraite volontaire (PIRV) doublant les indemnités de départ pour les employés avec une longue ancienneté. « Sans ce programme, les plus jeunes seraient partis massivement », juge Alex Levasseur, président du SCRC.

En plus, selon la perspective syndicale, les emplois de syndiqués n’ont pas été remplacés, tandis que les postes de cadres le seraient en bonne partie. « Quelque 200 cadres sont partis en empochant des millions en primes, mais de nouveaux cadres les ont remplacés aux mêmes postes, ou de nouveaux postes de cadres ont été créés », dit M. Levasseur.
 
Le président fournit des exemples concrets : la vice-présidence des services français passée de Sylvain Lafrance à Louis Lalande, la direction de l’information arrachée à Alain Saulnier pour la remettre à Michel Cormier, les départs récents de Patrick Beauduin et Anne Sérode de la radio suivis d’une mutation de l’organigramme, etc. M. Levasseur ajoute que ces cadres congédiés d’une compagnie des communications vont souvent se faire embaucher dans une autre où ils bénéficient à nouveau de conditions exceptionnelles, y compris d’indemnités de départ avantageuses en cas de congédiement.
 
« Il n’y a pas 200 cadres de moins à Radio-Canada, dit Alex Levasseur. Cela fait partie des problèmes que l’on dénonce régulièrement, comme nous déplorons les primes annuelles aux rendements d’environ 10 millions de dollars encore versées aux membres de la direction dans le contexte de ces années très difficiles. »
 
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Des centaines de départs, des millions de dollars

En 2011-2012, 535 personnes (dont 92 cadres) ont reçu des indemnités de cessation d’emploi de la part de CBC/RC, pour un total de 20,5 millions de dollars.
 
En 2012-2013, 640 personnes (dont 92 cadres) ont reçu des indemnités de cessation d’emploi de la part de CBC/RC, pour un total de 22,8 millions de dollars.

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