Radio-Canada: le changement de nom suscite la grogne

Maxime Bernier
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Maxime Bernier

Le changement de nom des plateformes de Radio-Canada (RC) suscite de vives réactions négatives. Le principal syndicat des employés la refuse fermement. Un ministre du gouvernement fédéral aussi.


Le ministre du Patrimoine canadien, responsable du diffuseur, adopte une position plus ambiguë, que RC interprète comme favorable à sa mutation. James Moore réaffirme que la société d’État comme telle ne doit pas changer de nom (ce qu’elle ne fait pas) sans jamais se prononcer sur les nouvelles appellations des plateformes.


« La Société Radio-Canada est le télédiffuseur public de tous les Canadiens, a répondu le ministre James Moore, jeudi, en Chambre. Elle doit diffuser un contenu clairement canadien, dans les deux langues officielles du Canada, et ce, dans chaque coin de notre pays. Elle doit diffuser fièrement le contenu canadien et porter un nom canadien, point final. »


Cette position ne dit rien contre le changement de dénomination des plateformes (la télé, la radio, les sites…). D’ailleurs, en début de soirée jeudi, le service de presse de RC écrivait au Devoir que M. Moore et le président du conseil du diffuseur, Hubert T. Lacroix, s’étaient parlé dans la journée et « compris ».


« Nous avons lu attentivement la déclaration de monsieur Moore et nous sommes d’accord que Radio-Canada doit rester Radio-Canada à travers tout le pays, écrit au Devoir Marc Pichette, directeur des Relations publiques, promotions et partenariats de Radio-Canada. Ça ne nous empêche pas d’ajouter ICI à notre branding pour le rendre plus rassembleur. »


Radio-Canada a annoncé mercredi que sa dizaine de chaînes télé ou radio et de sites Internet serait regroupée sous la nouvelle appellation ICI (ICI Première, ICI.ca, ICI TOU.TV, etc.). La société d’État conserve donc sa dénomination traditionnelle (Radio-Canada). Ce nom disparaît tout de même des ondes et des sites au profit d’ICI.

 

Bernier insulté


Le ministre Maxime Bernier ne fait pas cette différence entre le nouveau nom des plateformes et l’ancien nom du diffuseur. « Ici, à Ottawa, je suis insulté et outragé par la décision unilatérale de la Société Radio-Canada de changer de nom, a dit aux journalistes le ministre d’État (Petite entreprise et Tourisme). La Société Radio-Canada est une société financée par les contribuables canadiens qui relève du gouvernement du Canada et son nom est inscrit dans la législation canadienne, et comme le dit le ministre [Moore], la société ne devrait pas changer de nom et j’espère que les gens à Radio-Canada vont réviser leur décision. »


Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) s’oppose aussi au changement. « En période de réduction de postes et de compressions budgétaires, cette décision est tout simplement malvenue et inappropriée », déclare l’organisation qui représente quelque 1600 membres du Québec et de Moncton. Le SCRC juge « astronomiques » les coûts de plus de 400 000 $ associés à « cette opération de marketing ». Il rappelle que depuis cinq ans, CBC/Radio-Canada a congédié 1400 employés et vu ses crédits parlementaires fondre de plus de 400 millions.


Le ministère est le principal fournisseur de fonds du diffuseur public, fondé en 1936. CBC/RC reçoit environ 1,1 milliard de subventions par année. Dans la tradition britannique, certaines sociétés d’État intervenant dans des secteurs sensibles (le Conseil des arts pour la culture et RC en information, notamment) sont placées à un « bras de distance » (arm’s length) du gouvernement afin de conserver leur indépendance et une liberté d’action.


Le communiqué syndical ajoute : « Le problème de RC ne trouve pas sa source dans un superficiel ICI. La racine du vrai problème se trouve au niveau du manque de financement public qui impose une privatisation en douce, jusque dans l’image. En ce sens, nous demandons l’abandon immédiat de cette opération coûteuse et inutile. »


Le porte-parole de l’opposition en matière culturelle se demande si le gouvernement ne trouve pas là un prétexte pour agiter des menaces de compressions. « Est-ce que c’est du arm’s length ? demande Pierre Nantel, député du NPD. Est-ce que c’est vraiment indépendant du gouvernement ou ça ne l’est pas ? Il faut arrêter de jouer entre les deux, là. La réalité, c’est que ces gens-là font un choix. Ils font une tentative. C’est sûr que j’ai un peu peur du syndrome “on se souviendra du Coke et du nouveau Coke et de l’ancien Coke”. Ça a créé beaucoup de confusion. »


Louis Lalande, vice-président principal de Radio-Canada depuis un peu plus d’une année, a réagi à son tour devant le tollé de réactions négatives. Sa courte lettre ouverte, publiée par Le Devoir, répète qu’il ne s’agit pas d’un changement de nom de l’entreprise qui continue de s’appeler Radio-Canada, mais du choix d’un « nouveau dénominateur commun à toutes les plateformes […] pour assurer la place du diffuseur public et des contenus qui le distinguent, pour témoigner de l’amplitude et de la diversité des véhicules avec lesquels il dessert ses auditoires d’un océan à l’autre. »


Histoire d’un choix


La chronologie de la décision se précise. La direction jongle avec le projet depuis l’an dernier en l’arrimant au plan Recréer Radio-Canada, comprenant l’utilisation massive des nouvelles technologies numériques de production et de diffusion.


Le projet a été présenté au Conseil d’administration de la société d’État le 20 février 2013. Le Devoir a relayé l’information le 27 mars. Le lendemain, en Chambre, James Moore déclarait déjà que « le nom de CBC/Radio-Canada ne changera[it] pas ». Il ajoutait : « Le nom est enchâssé dans la section 35 de la Loi sur la radiodiffusion et nous n’avons aucune intention de la modifier. »


Ce nom n’a pas été modifié. Radio-Canada reste Radio-Canada. Ce sont ses plateformes qui changent de nom et deviennent ICI Télé ou ICI Première.


Le même jour, le 28 mars, selon les informations obtenues, la direction de Radio-Canada envoyait au cabinet du Patrimoine canadien le communiqué réagissant à l’article du Devoir qui en confirmait le contenu. Ce fut le seul avertissement au ministère concernant les intentions de changement de nom de la société d’État.


 

Avec Hélène Buzzetti

27 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 juin 2013 00 h 37

    Sois belle et tait-toi

    Bernier est la dernière version des dinosaures canadiens : "Beaucorus incongnitus".

    Là où on agit il ne peut que réagir.

  • Franklin Bernard - Inscrit 7 juin 2013 01 h 18

    Ce changement de nom est tout simplement grotesque

    Ici ICI?

    Je travaille à ICI?

    Les nouvelles d'ICI (mais pas d'ailleurs?)

    La programmation d'été d'ICI?

    Sommes-nous si crétins que ça? D'une bêtise à pleurer.

  • Paul Laurendeau - Inscrit 7 juin 2013 05 h 45

    ICI - BEE - CEE

    [La traduction française suit]
    Ladies and gentleman of English Canada, I must urgently point out to you that the « separatist » interpretation of the rebranding of Radio-Canada under the handle ICI is a regrettable misunderstanding. While ICI indeed means “here", it does not at all imply "here in Quebec”. In fact, there is no reference to Quebec whatsoever in this new designation. It is crucial to understand that while the tagline for the English language service is: “This is CBC” we, on the other side of the Corn Flakes box, say: “Ici Radio-Canada” and whereas you folks exclaim on air: “This is Paul Laurendeau”, we announce: “Ici Paul Laurendeau”. This particular phrasing finds it origins in the early days of radio. ICI is the archetypical point of localization of the anchor and/or the station in French speaking culture and has been so since the very inception of broadcasting. Furthermore, any narrow-minded tory pronouncing that a Canadian designation ought to be included in the name of our public broadcaster would be advised to brush up on his history instead of attempting to rewrite it. The name CBC was selected to monkey the BBC… and Radio-Canada to monkey Radio-France. So much for the essential Canadian-ness of these designations. ICI, at the minimum, has the merit of being unique to Canada. If we are to debate this new designation, we must at least do so within the parameters of minimal descriptive accuracy.

    Mesdames et messieurs du Canada anglais, je dois, de toute urgence, vous faire observer que l’interprétation « séparatiste » de la nouvelle désignation ICI pour Radio-Canada est un malentendu regrettable. Bien sûr, ICI signifie « here » mais il ne s’agit en rien de dire « ici au Québec ». De fait, il n’y a pas la moindre référence au Québec dans cette désignation. Il est absolument crucial que vous compreniez que, quand le service de diffusion anglophone dit: “This is CBC”, nous, de l’autre côté de la boite de Corn Flakes, on dit: “Ici Radio-Canada”

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 7 juin 2013 14 h 28

      Je dois toujours m'émerveiller à la capacité du cerveau de trouver tous les arguments de rationalisation pour éviter de mettre le doigt dans le pot de miel oû il y a déjà des abeilles....

      Mr Laurendeau, vous n'avez qu'à écouter les protestations venant des communautés francophones du reste du pays...Elles ne se sentent absolument pas concernées par ICI....

      S'il s'agissait seulement de trouver une abréviation, on aurait pû innover avec R.C. (Radio-Canada)...Mais malheureusement, le seul but de cette malheureuse pirouette est d'éliminer le mot"CANADA" des airs...

      Comme je l'ai déjà mentionné sur un autre commentaire, Harper ne s'y est pas opposé car son intention est de saborder la CBC....profondément anti-Harper et son idéologie...

  • Loraine King - Abonnée 7 juin 2013 05 h 58

    On cherche des puces!

    Il y a quelque chose qui cloche dans "ici la télévision de radio....

    ICI-Musique, ICI-Télé, j'aime bien.

    Où est le mot Canada dans CBC? Si c'est le C, bien il y a un C dans ICI. Quant aux 'i', il faudra leur donner un sens... Irrésistibe, Infeste, enfin, selon le cas.

    • Louka Paradis - Inscrit 7 juin 2013 12 h 51

      Ce n'est pas une question d'inclure ou non le mot «Canada». C'est tout simplement que la dénomination «ici» est insignifiante = dépourvue de signification. Pourquoi enlever les racines de cet arbre si fertile et risquer qu'il ne s'étiole ? Il faut tenir compte qu'au-delà des mots, se déploie tout un univers de connotations, de souvenirs, d'émotions. Bref, un héritage historique et culturel porté par le nom lui-même. Un peu comme celui d'une ville où l'on a grandi.
      Il ne s'agit pas d'une marque de savon, de voiture, d'un restaurant ou d'un groupe pop à la mode. Cette initiative est carrément ridicule et improductive, en plus d'entraîner des dépenses inutiles. ICI l'incompétence !

      Louka Paradis, Gatineau

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 7 juin 2013 14 h 32

      Excepté, Mr Paradis, que la connotation ICI, vue de l'extérieur résonne fortement comme ultra-nationaliste et ne satisfaira qu'un petit cercle de gens...

  • Roger Lapointe - Abonné 7 juin 2013 06 h 11

    Beaucoup de bruit pour pas grand'chose.

    C'est l'absence du mot Canada qui dérange les promoteurs de la société canadienne dans son plus immobile statuquo,bien plus que le mot ICI qui désignerra dorénavant les palteformes de la divine société.Pour d'autres,l'indicatif Radio-Canada sonne comme un slogan politique répété adnauseam.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 7 juin 2013 14 h 41

      Un pays est fait de symboles et La CBC est un de ces symboles...Et que je sache, le Qc est encore à l'intérieur du CANADA qui produit les fonds pour une radio-télévision francophone au service de toutes les communautés francophones du pays- mission pan-canadienne et pas seulement québécoise!!!!
      Et , à mon sens, Radio-Canada fait un travail fantastique....et cela est l'avis de tous les Tweeters francophones qui, en majorité, ont ridiculisé cette initiative...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 7 juin 2013 19 h 06

      ...et selon le dernier sondage de La Presse, 77% des répondants sont contre l'initiative...Seulement 13% pour...