À l’école des nouveaux médias

Des dizaines de milliers de postes de journalistes ont disparu des salles de rédaction occidentales depuis deux décennies, mais l’impact sur l’affluence des cours de journalisme n’a pas été très grand.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des dizaines de milliers de postes de journalistes ont disparu des salles de rédaction occidentales depuis deux décennies, mais l’impact sur l’affluence des cours de journalisme n’a pas été très grand.

C’est la fin d’une époque et le début d’un temps nouveau. Mercredi, L’Exemplaire imprimera son dernier numéro. L’hebdomadaire des étudiants en journalisme de l’Université Laval, fondé en 1993, renaîtra à l’automne sous une forme entièrement dématérialisée, un site Internet quoi, où se concentreront des reportages par le texte, le son ou l’image. Bienvenue dans le XXIe siècle dématérialisé.

« Notre version numérique va ressembler, en plus modeste, à ce que proposent les sites professionnels », explique le professeur de journalisme Jean-Claude Picard éditeur du journal-école. « On va continuer de mettre l’accent sur des nouvelles locales. La version multimédia sera encore laissée aux étudiants, encadrés par des professeurs et des assistants. »


Retour aux fondamentaux


Cette mutation s’arrime à une autre tout aussi essentielle concernant le programme universitaire. Le Département d’information et de communication de l’Université Laval travaille depuis trois ans à cette grande réforme. Elle vise un retour aux sources, aux « fondamentaux » du métier, la culture générale, l’esprit critique, les capacités de recherche, les techniques d’entrevue, la vérification des faits et la vulgarisation, notamment.


« On n’invente pas la roue avec ce retour à la base du métier », ajoute M. Picard qui copilote la refonte du programme. « L’autre jour, la nouvelle directrice du journal Le Monde, Natalie Nougayrède, donnait une entrevue à l’animatrice Anne-Marie Dussault de Radio-Canada et parlait justement de ce courant qui traverse les écoles de journalisme. C’est ce qui va distinguer le travail professionnel du babillage qu’on retrouve un peu partout dans les médias sociaux. »


Tradition et hypermodernité


Toutes les grandes écoles se repositionnent dans ce sens pour mieux lier la tradition et hypermodernité, le retour aux sources et le virage technologique. En passant, pour survivre, beaucoup de médias s’imposent une métamorphose semblable du contenant et du contenu, les mêmes maux appelant les mêmes remèdes.


L’Université de Montréal (UdeM) a créé un nouveau diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en journalisme il y a un an, au printemps 2012. L’équipe de l’émission Enquête de Radio-Canada était associée en partie à la formation de la première cohorte. La refonte du « vieux » certificat en journalisme de l’UdeM est en cours.


« Nous offrons une formation beaucoup plus polyvalente, plus multiplateforme, sans négliger pour autant les éléments fondamentaux du métier, explique Robert Maltais, responsable du programme de premier cycle. Il n’y a pas que la technologie, mais nous n’avons pas le choix d’initier les étudiants aux différents médias puisque les employeurs les veulent ainsi maintenant. »


L’École des médias de l’UQAM s’y met aussi. « C’est cliché, mais je dis souvent qu’il nous faut des têtes bien faites et des têtes bien pleines, commente Antoine Char, professeur de journalisme de cette École et collègue du Devoir. Il faut toujours naviguer entre le savoir-faire et le savoir-penser. Notre programme offre à la fois des cours théoriques et des cours pratiques. Le multiplateforme est en train d’avoir préséance. Il faut faire attention et s’adapter. Nous avons embauché récemment Jean-Hugues Roy, spécialiste des nouvelles techniques. C’est très bien. Mais nous ne voulons pas uniquement être une école technique. Il faut que le questionnement demeure important. Nous voulons former des futurs journalistes qui doutent constamment. »


Les Français débarquent


Cela dit, la crise des médias entraîne-t-elle une baisse des inscriptions ? Des dizaines de milliers de postes de journalistes ont disparu des salles de rédaction occidentales depuis deux décennies. Le Québec n’échappe pas à la tendance ne serait-ce que par la réduction des conditions de travail. Alors, pourquoi se former pour un emploi menacé ?


Vérification faite, la baisse d’affluence ne se confirme pas, en tout cas pas de manière significative.


L’UdeM enregistre un léger recul des inscriptions au certificat en journalisme depuis trois ans, pour un total d’environ 105 nouveaux étudiants maintenant par rapport à 130 au temps plus faste. « Il faut être prudent, précise Robert Maltais, responsable de ce programme. Le certificat subit une légère perte de popularité tandis que le nouveau DESS s’avère déjà très populaire. On y attendait une trentaine d’étudiants la première année et on en a eu une cinquantaine finalement. »


L’École des médias de l’UQAM maintient une moyenne d’environ 435 inscriptions depuis six ans, avec un creux à 369 en 2008 et une hausse à 461 dossiers en 2013. Les examens et les entrevues de quelque 300 candidats se dérouleront samedi prochain. Le programme contingenté continue d’admettre entre 60 et 65 recrues, pour un ratio de sélection darwinienne d’un appelé pour quatre refusés.


À Laval, les inscriptions fluctuent, mais se maintiennent. Comme ses collègues des universités montréalaises, le professeur Picard note l’arrivée de plus en plus significative d’étudiants étrangers, surtout des Français en fait. Ils bénéficient des mêmes droits de scolarité que les Québécois et de campus autrement mieux équipés.


« On reçoit une dizaine de ces étudiants de la francophonie par année, sur un total d’environ 80 admissions, dit le professeur Picard. Il y a vingt ou trente ans, on en avait un ou deux par année. Mais ce qui compte plus pour moi, c’est le taux de placement. Nos étudiants travaillent partout à Radio-Canada ou La Presse, dans les radios ou les hebdos. Tous ne deviennent pas journalistes évidemment. Mais ce qu’ils ont appris et ce qu’ils vont apprendre chez nous peut servir dans toutes sortes de métiers des communications. »

1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 22 avril 2013 19 h 46

    L'ennemi no 1

    La directrice du journal Le Monde «parlait justement de ce courant qui traverse les écoles de journalisme. C’est ce qui va distinguer le travail professionnel du babillage qu’on retrouve un peu partout dans les médias sociaux. »

    Les babilleux, eux, n'ont pas l'autorité que confère la tribune officielle du 4e pouvoir pour discréditer leurs concurrents; d'ailleurs ils aiment bien les journalistes.

    Et il y a toute sorte de babilleux, il y en a même de très sages, plus sages que de brillants étudiants sans grand vécu. Mais qui s'y intéresse de près?