Rorrrrrrry Tremblay au micro!

Rorrrrrrry Tremblay, figure mythique de la radio communautaire montréalaise, dans son studio de CIBL
Photo: François Pesant - Le Devoir Rorrrrrrry Tremblay, figure mythique de la radio communautaire montréalaise, dans son studio de CIBL

Quand je rencontre Rorrrrrrry Tremblay en amont de la millième livraison d’ETC Rock, sa mythique émission du mercredi soir à la station communautaire CIBL, c’est l’équipée du moment, la 999e, qu’il a en tête. « Une émission de ma série thématique consacrée au catalogue des disques Apple », précise-t-il. Au programme, Nicky Hopkins, Wishbone Ash, Chris Hodge, des raretés de l’un ou l’autre des Beatles (surtout en tant qu’accompagnateurs), etc. « C’est une de mes séries fétiches. C’est tellement riche, surtout quand on commence à explorer le secteur éditions de la compagnie, Apple Publishing, un secteur qui rapportait beaucoup d’argent, contrairement à la légende de mauvaise gestion générale que traîne Apple… Moi, ça fait des années que je me penche là-dessus ; longtemps, j’ai cherché le fameux 45-tours de Brute Force, c’est passionnant… »


Il est comme ça, Rorrrrrrry Tremblay. Passionné, le mot est tiède. Vingt ans d’immersion sans remonter à la surface, un Cousteau des profondeurs de l’histoire du rock, à la découverte de disques phosphorescents qu’il révèle avec délectation, mise en contexte, petite et grande histoires. Avec ce que ça suppose d’ivresse et d’hallucinations. « Ce qui m’intrigue, ces temps-ci, lance-t-il sans avertir, c’est l’étrange aversion qu’il y a eu en France par rapport au mouvement hippie. Si t’étais hippie en 1970, tu te faisais ramasser, les policiers pouvaient te changer de vêtements et te tondre. » J’ajoute : Dutronc s’en amusait avec son Hippie hippie hourra, Johnny récupérait l’affaire avec son Jésus-Christ est un hippie. Dix grosses minutes de jasette sur le sujet. Avec Rorrrrrrry, tout mène loin.


Précisons : il n’est pas né Rorrrrrrry Tremblay. Plutôt Roger Tanguay. « À mes débuts, à CHAA-MF, puis à CIBL à la grande époque de Capitaine Rock, je ne disais jamais mon nom en ondes. J’entretenais le mystère. Roger Tanguay, ça manquait de glamour. Et puis, j’ai essayé de me trouver un nom qui soit dans l’esprit de l’émission, un peu mon diapason. » Quelque chose d’aussi ronflant que Flipped Out, roi du Subterranean Jungle de CKUT. Mais avec du « pure laine ». « Rory Tremblay [avec roulement du « èrrrrrrr »], je trouve que ça me représente bien. À la fois référence au guitariste irlandais Rory Gallagher et à Rory Storm, chanteur des Hurricanes, le groupe beat où Ringo Starr jouait avant les Beatles. Et Tremblay parce que c’est le patronyme québécois par excellence. »


Rorrrrrrry est de la tribu des irréductibles. Il gagne sa vie « dans le milieu de l’éducation », l’idée même d’un ETC Rock ailleurs qu’à la radio communautaire lui semble absurde : « Souvent, on m’a dit, ce serait le fun que tu gagnes de l’argent avec ça. Non ! Question d’intégrité. D’absence de contraintes, aussi. » Si sa collectionnite aiguë est « dure pour le compte de banque », héraut du vinyle quand le vinyle n’était plus à la mode, vorace consommateur de rééditions augmentées et compilations pointues, il aura 1000 fois nourri la bête sans presque jamais répéter deux fois le même titre. « Rien que l’âge d’or, que je situe entre 1964 et 1973, constitue une mine inépuisable. Les thématiques s’imposent naturellement : une étiquette de disques, un genre, une ville… J’ai une série sur les instruments bizarres dans l’histoire du rock, une autre sur les légendes urbaines. Est-ce que Keith Moon est vraiment monté sur scène pour la première fois tout habillé en gingembre ? Que s’est-il vraiment passé ? Je raffole de ça. »


Et pour la millième du 10 avril ? « Je vais sûrement demander aux auditeurs de me suggérer des chansons marquantes… Peut-être une thématique par rapport au chiffre 1000. Pour la 666e, j’avais traité de la place du diable dans la musique… Tout est possible ! » Faudra écouter l’émission, Rorrrrrrry peut changer d’idée au dernier moment. « Je suis totalement libre. » Et heureux comme une aiguille dans son sillon.

1 commentaire
  • Michel Godin - Abonné 10 avril 2013 11 h 18

    La référence

    Bonjour,

    La référence est ainsi nommée dans cet article. Feu Rory Gallagher, puissant irlandais du blues qui innonda notre sous-sol des années '70 grâce à sa Strato amochée et sa voix pas trop loin non plus de l'état de sa guit., de toujours bonne musique.

    Yeah!