Crise des médias: après les journaux, les journaux télévisés

Ça y est, la crise des médias qui saigne les journaux aux États-Unis comme ailleurs depuis des années atteint maintenant l’information des télévisions locales, château fort qui résistait jusqu’ici à la concurrence du Web et de la mobilité.

La télé demeure la principale source d’information des Américains, mais les signes de recul de l’auditoire des journaux télévisés se multiplient. Ainsi, les jeunes adultes (18 à 30 ans) ne composent plus que 28 % des fidèles de ces émissions en 2012 par rapport à 40 % en 2006.

Pire, le contenu qui les attire encore un peu là, essentiellement des infos sur le sport, la météo et la circulation routière qui totalisent maintenant 40 % des informations des chaînes de télé locales aux États-Unis, se trouve de plus en plus concurrencé par de très efficaces services en ligne.

Ces révélations se retrouvent dans The State of the News Media 2013 du Pew Research Center’s Project for Excellence in Journalism, un think tank de Washington. Il s’agit du rapport sur le sujet le plus attendu et le plus respecté aux États-Unis, un exemple malheureusement sans équivalent ici. Le Centre Pew a amorcé cette série annuelle il y a dix ans alors que le secteur de l’information, dopé par l’économie en ligne, semblait promis à un avenir radieux. Adieu postérité, plus rien ne va!

Voici d’autres conclusions centrales du bilan de santé alarmant :

- Moins de journalistes. Les mises à pied se poursuivent, les hommes et les journalistes les plus diplômés quittant plus rapidement la profession. Le recul de 2012 ramène le nombre des employés à temps plein sous la barre des 40 000 pour la première fois depuis 1978. Et ça continue. Time, le seul survivant des grands hebdomadaires américains du XXe siècle, a réduit ses effectifs de 5 % au début de l’année. Le magazine Forbes, comme d’autres publications, utilise maintenant des algorithmes pour générer certaines informations de base.

- Plus de relations publiques.
Les médias semblent plus fragiles à la pression commerciale ou partisane. Les reporters sont quotidiennement bombardés de demandes plus ou moins camouflées des relationnistes. En 1980, la société américaine comptait 1,2 professionnel des relations publiques par journaliste. Le rapport est passé à 3,6 pour un en 2008. La fusion entre les deux mondes se pointe. Depuis un an, la branche TOC (Trusted Original Content) du magazine Fortune produit à demande du contenu «journalistique» pour des clients qui utilisent ensuite le matériel dans leurs publicités. «Pour les médias, en cette période de difficultés économiques, il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre l’information de qualité essentielle au public et l’information contrôlée par des intérêts particuliers», résume le rapport.

- Moins de critiques
. L’analyse de la couverture de la dernière campagne présidentielle révèle que les médias ont en quelque sorte agi comme des mégaphones de la propagande partisane en relayant leurs points de vue sans prendre suffisamment le temps de les contextualiser et de les critiquer. Le filtre médiatique opère d’autant moins que les grands partis ont de plus en plus tendance à utiliser les réseaux sociaux pour rejoindre les électeurs.

- Moins de revenus.
La dématérialisation en ligne ne génère pas assez de revenus pour les médias afin de couvrir leurs frais tout en enrichissant de plus en plus six grandes compagnies du Web. Facebook est du lot. Comme Google, elle réussit depuis quelques mois à gruger des parts du marché local de la publicité grâce à la géolocalisation de ses utilisateurs. «Encore une fois, il semble que dans un domaine névralgique, l’industrie de l’information se fait contourner par les géants de la technologie», dit le rapport.

- Moins de gratuit. Après des années de débats qualifiés de «théologiques» autour de la gratuité en ligne, de plus en plus de médias érigent des murs autour de leurs sites. Au total, 450 des quelque 1380 quotidiens américains ont commencé à monnayer l’accès à une partie de leur contenu ou ont l’intention de le faire bientôt. Le Washington Post a annoncé hier qu’il ferait payer les usagers fréquents à partir de cet été. Les patrons de presse espèrent que les souscriptions compenseront pour la chute des revenus publicitaires. Pour l’instant le rapport est à quatre dollars de pub pour un dollar d’abonnement. Les éditeurs souhaitent équilibrer ces comptes. Pour y arriver, ils devront offrir un maximum d’informations originales de qualité. Le conseil du rapport aux médias: «Investissez là où vous pouvez devenir le meilleur du monde».

- Plus et moins d’info. Le public n’est pas dupe et constate bien la baisse tendancielle du taux de qualité. Par contre, le même public prend de plus en plus goût à la recherche en ligne d’information.
5 commentaires
  • jacques gelineau - Abonné 18 mars 2013 18 h 34

    Voila ce qui arrive aux medias de propagande

    Au Quebec la concentration des medias est encore pire avec l'Empire de Québécor et de Power Corporation (Gesca) qui y vont de tout leur influence pour devenir des outils aux services de leurs maitres. Il n'est pas rare de voir un porte parole de l'association Gasière et pétrolière en grande page venir mettre en garde les gouvernements de ne pas embarquer dans la filière du gaz ou du pétrole quand l'on sait que ce même journal appartient a l'Empire Desmarais et qu'ils donnent dans les sable bitumineux de l'ouest ou encore dans Gaz Métro ou suncor etc etc.
    Le même sort attend les journalistes qui se lient a ses petits jeux de propagandes.
    Et c'est bien fait

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 18 mars 2013 20 h 56

      ça fait 4-5 jours de suite que le journal de Québec nous vante le maire Labeaume pour absolument rien.....

      ah oui, c'est vrai que Québécors se fait payer un colisée public avec des font public...

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 mars 2013 14 h 39

      Lorsque nos finances publiques nous le permettrons, il me semble que ce serait une bonne idée de doter Télé-Québec d'un journal télévisé avec de l'information nationale et internationale de qualité.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 18 mars 2013 18 h 45

    Le portrait doit être identique au Québec

    Je ne sais si cette recherche est disponible pour le Québec, mais je crois que l'on arriverait à des constats identiques.

    Tout comme aux États-unis, nous avons assisté et assistons au Québec à:
    -diminution des journalistes et de contenus d'origines
    -utilisations phlétoriques de commentateurs
    -baisses de l'analyse politique aux dépens de commentateurs partisans et de personnes issues du monde des conseillers en communications
    - revenus en baisse pour ce qui est de l'écrit et apparition de barrières à l'entrée sous formes pécuniaires pour avoir accès à du contenu.

    Comme l'étude l'indique, plusieurs d'entre nous ont modifié leurs habitudes non seulement en raison de la technologie, mais également en raison du tableau assez sombres des médias actuels.

    Il faut alors aller en ligne pour trouver cette information.

    Cela devient de plus en plus difficile de trouver du contenu et de voir et lire des journalistes à l'oeuvre.

    Nous ne pouvons espèrer que le domaine ainsi que les professionnels de l'information réussissent à vaincre la médiocrité ambiante.

    Je crois que Le Devoir cherche à faire son devoir de nous informer.

    Est-ce que l'étude est disponible en ligne ?

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 18 mars 2013 20 h 59

      C'est très bien par contre d'aller chercher nous-mêmes notre information et de voir le biais de certain journaux ou poste de télévision. Déjà qu'au Québec on a peu de sources d'information et c'est facile de manipuler les gens.