La Presse devient locataire

Le montant de la transaction n’a pas été révélé. L’immeuble du 7 au 21 de la rue Saint-Jacques, à l’intersection du boulevard Saint-Laurent, est évalué à un peu plus de 4 millions selon le rôle municipal.

La Presse appartient à l’éditeur de journaux Gesca qui appartient lui-même au Groupe de communications Square Victoria. Le bras médiatique de Power Corporation possède aussi une maison d’édition, une entreprise de production de télé et six autres quotidiens du Québec, dont Le Soleil.

Le mot annonçant la transaction, signé par Guy Crevier, président-directeur général et président de Gesca, a été envoyé jeudi à tous les employés. «À compter d’aujourd’hui, La Presse devient locataire», résume M. Crevier qui ajoute que la transaction n’aura «aucun impact» sur les opérations courantes.

Il a été impossible d’obtenir une explication de la direction ou des syndicats de l’entreprise. Par cette transaction immobilière, en devenant locataire, l’entreprise cherche peut-être tout simplement à activer des mécaniques comptables lui permettant d’économiser de l’impôt.

Par contre l’immeuble nécessiterait «des rénovations majeures qui seront assumées par le nouveau propriétaire», selon la note Internet. Il y est finalement précisé que «le montant de la transaction contribuera à la réalisation et au développement de La Presse +».

Ce projet, en développement depuis près de trois ans, doit aboutir le mois prochain. Il vise la mutation complète du journal et de son site Internet, qui deviendront alors un multimédia entièrement repensé pour les écrans fixes ou mobiles. Les employés en parlent comme du «projet iPad».

À terme, les plans visent l’élimination des versions papiers, d’abord de tous les journaux satellites de Gesca en régions et à Québec, puis finalement du vaisseau amiral de Montréal. En devenant locataire de son propre immeuble, La Presse + sera donc encore plus dématérialisée qu’on le pensait.

Des dizaines de millions de dollars ont été injectés dans cette mutation, environ 40 millions selon certaines sources. Plus de 150 nouveaux employés, contractuels ou permanents, ont été embauchés depuis le début de la décennie, dont au moins une centaine d’ingénieurs, d’informaticiens et de designers de site travaillant en secret dans de nouveaux locaux aménagés rue Saint-Jacques. La Presse + s’appuie sur le développement de prototypes brevetés que l’entreprise espère ensuite vendre à d’autres médias dans le monde pour faciliter leur propre transition vers le tout-au-Web.

L’hypothèse de la revente éventuelle pour délocaliser l’entreprise ne semble pas tenir à court et moyen terme, le projet iPad n’étant pas encore lancé, après d’énormes efforts d’investissements et de logistique. La tendance lourde du secteur est pourtant à la réduction des effectifs et des espaces de travail. Le Journal de Montréal a quitté son grand immeuble du Plateau Mont-Royal pour de plus petits locaux dans le Vieux-Montréal après le long conflit du tournant de la décennie. The Gazette n’est plus la voisine de La Presse. Le Devoir a vendu son immeuble historique dans le vieux quartier il y a 20 ans, pour devenir locataire.

La Presse a renouvelé les conventions collectives de ses quelque 700 employés le mois dernier. Selon les informations du Devoir, les syndicats et la direction ont notamment convenu de renflouer le régime de pension déficitaire des employés. La direction se serait engagée pour étirer les délais de correction de 10 à 15 ans.

Les documents du registre foncier montrent que l’immeuble de la rue Saint-Jacques est lié à une hypothèque de 60 millions contractée en juin 2011 auprès de Trust Banque Nationale. Cet emprunt pourrait être en partie lié aux investissements nécessaires pour soutenir le très coûteux projet iPad.

Par ailleurs, le même immeuble et l’entreprise qu’elle abrite ont servi à lever une première hypothèque de 200 millions en septembre 2002. Cet autre emprunt découle peut-être de l’acquisition par Gesca-Power des trois quotidiens du groupe Hollinger, Le Droit, Le Quotidien et Le Soleil, ce dernier ayant été payé environ 150 millions au début du siècle.

Le groupe montréalais Power Corporation et sa Financière Power ont dévoilé cette semaine des résultats de fin d’exercice décevants aux yeux des analystes et des investisseurs boursiers. L’action a chuté de presque 3 % à la Bourse de Toronto mercredi. Les résultats ont été plombés par une «charge de dépréciation» de 56 millions pour les actifs en médias au quatrième trimestre.

La direction des communications de Gesca n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Devoir. Le Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse n’a pas voulu émettre de commentaire.

Ce texte a été modifié après publication

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