Montréal Campus en crise

Montréal campus, réputé journal étudiant de l’UQAM, traverse une crise majeure qui menace son existence. Une cinquantaine de professionnels des médias formés à cette école pratique signent une lettre adressée au recteur pour lui demander de « faire plus » pour aider le média « à se relever ».

L’UQAM n’a pas l’intention d’intervenir financièrement. L’université recommande au journal de chercher du soutien auprès des associations étudiantes.


L’animateur Guy A. Lepage et Brian Myles, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, appuient la pétition pro-Campus. La lettre ouverte est également signée par des employés des salles de rédaction du Devoir, de La Presse, de L’actualité ou de Radio- Canada, qui ont tous commencé dans le métier au sein de la publication universitaire.


« L’UQAM vante la réputation de son programme en journalisme, dit la lettre publique qui se trouve sur le site montrealcampus.ca. Sans l’attrait de pouvoir écrire dans Montréal Campus, l’UQAM perdrait un pilier de sa Faculté de communication, un pan entier de ce qui faisait sa différence. »


Les revenus manquent


La mauvaise posture du journal fondé il y a plus de 30 ans découle de la chute radicale des revenus publicitaires au cours des dernières années. Le conflit étudiant du printemps a amplifié le problème.


« Il y a quatre ou cinq ans, notre budget annuel oscillait autour de 200 000 $, explique Catherine Lévesque, rédactrice en chef de Montréal Campus. Cette année, nos revenus devraient atteindre 40 000 ou 50 000 $. »


Un déficit de 35 000 $ se pointait et la direction a donc comprimé ses dépenses, comme n’importe quel autre média en crise. Le 19 novembre, le conseil d’administration s’est résigné à réduire le nombre d’éditions de 16 à 4 numéros répartis sur deux sessions. Les responsables de la publication, dont les chefs de pupitre et la rédactrice en chef, ne sont plus rémunérés. « On a coupé partout », résume Mme Lévesque.


Pour compenser, le journal se transforme en média dématérialisé. Seulement, comme bien d’autres entreprises médiatiques, celle-là ne réussit pas à rentabiliser cette présence sur le Web par la vente massive de publicités payantes.


D’où l’idée d’obtenir de l’aide directe de l’administration universitaire. Après la demande formulée il y a plus d’un an, l’UQAM a fait vérifier les comptes du journal par un professeur comptable. L’examen n’aurait révélé aucune faille.


La requête reformulée le 2 novembre a tout de même été rejetée. « On n’en est pas là, dit Jenny Desrochers, porte-parole de l’UQAM. La tendance n’est pas au financement des associations. »


Mme Desrochers explique qu’une trentaine d’associations présentes et reconnues au sein de l’université ont le même statut que le journal, des regroupements d’étudiants étrangers par exemple. La solution que suggère l’administration passe par un changement de statut pour se faire reconnaître comme « groupe d’envergure ». Cette position enviable et rare, détenue par COOP UQAM par exemple, permet d’obtenir du soutien substantiel des associations étudiantes. La formule viable existe pour d’autres publications universitaires au Québec.


Conflit d’intérêts


« Changer de statut implique des procédures très longues qui vont prendre un an et demi ou deux ans, explique la rédactrice en chef. Il y a une urgence pour nous. »


La solution du financement associatif pose aussi des problèmes éthiques, un des nerfs de l’activité journalistique. Mme Lévesque rappelle qu’il existe déjà des tensions entre certaines associations étudiantes et Montréal Campus, qui les couvre parfois de manière critique. Le média universitaire pourrait-il continuer à mordre cette main si elle commençait à le nourrir ?


Mme Desrochers note que le conflit d’intérêts potentiel ne serait pas moins évident si l’UQAM devenait le principal bâilleur de fonds. Elle ajoute que Montréal Campus reçoit déjà un peu d’argent de l’université, moins de 4000 $ par année.


« Pour Montréal Campus, c’est terrible, et les étudiants se démènent comme des diables dans l’eau bénite pour sauver le journal, commente Chantal Francoeur, professeure à l’École des médias. Mes étudiants participant au journal sont tous meilleurs, et de loin, que ceux qui n’y travaillent pas : participer à Montréal Campus, c’est très formateur. »


Sur ce, elle s’interroge sur l’appui de la communauté économique environnante. « Ma question : il y a mille et un commerces, restaurants, cafés, autour de l’UQAM qui vivent grâce aux étudiants de l’UQAM, écrit-elle au Devoir. Est-ce trop leur demander de redonner à cette communauté en achetant de la pub dans leur Montréal Campus ? »