#À_suivre Ianik Marcil - Un «5 à 7» à l’ère du numérique

Ianik Marcil est actif sur Twitter depuis trois ans.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ianik Marcil est actif sur Twitter depuis trois ans.

Influents, mais discrets. Le réseau Twitter a fait naître des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus et critiqués, en 140 caractères, par leurs milliers d’abonnés. Mais qui sont-ils vraiment ? Avec sa série #À_suivre, publiée chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.


Soleil. Terrasse et vin rosé. L’analogie ne pouvait pas espérer mieux pour faire son apparition :


Dans les années90, l’économiste Ianik Marcil a été un adepte des 5à7 improvisés sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. Au Shed Café, pour le nommer. Il y avait là, chaque semaine, de la diversité, des gens qui parlaient fort, d’autres qui écoutaient discrètement. On apprenait des choses. On y cancanait, de manière ludique, sans trop se prendre au sérieux, sans savoir non plus qui allait être là avant d’avoir passé la porte de l’établissement. Et forcément, quand l’homme a débarqué sur Twitter, il y a trois ans, c’est un peu de cette ambiance passée qu’il a retrouvée, en format numérique.


« Cela explique sans doute pourquoi je suis accro à la chose », résume celui qui se présente en ligne comme un punk à cravate et qui distille chaque jour sur ce réseau ses découvertes touchant autant le monde du chiffre que celui de l’art, qui y parle du vivre ensemble, des phénomènes sociaux, mais aussi de Michel Foucault. « Twitter, pour moi, c’est comme un bar au temps de ces 5à7. Pas besoin de prévoir. Pas besoin de planifier. Tu trouves là les gens qui y sont quand tu arrives, qui partagent leur point de vue, leurs découvertes, et avec qui tu fais la même chose. » Sans plus.


À le voir tweeter, parfois avec frénésie, on aurait pu croire que ce spécialiste des transformations sociales et économiques, formé à l’économie et à la science politique, aborderait son outil avec un peu plus de sérieux. Que non ! Et tout le monde, à commencer par les médias de masse, devrait en faire autant, selon lui, en cessant d’accorder une importance démesurée à certaines petites phrases qui circulent en ces lieux et aux épiphénomènes que peuvent générer parfois quelques grandes gueules2.0. « Est-ce qu’un journaliste aurait fait un papier sur la base d’une conversation entre cinq personnes entendue dans un bar ? demande-t-il. On est ici dans un cadre qui ressemble à la machine à café et aux discussions qui naissent autour », avec un petit plus toutefois : « les discussions sont plus intéressantes, en raison de la diversité des personnes qui y convergent ».


Pas de doute, Ianik Marcil aime appliquer sur Twitter ce qu’il y met dedans : de la nuance. « J’aime faire la part des choses », dit-il. Entre autres choses. C’est que l’homme est un drôle d’animal pensant aux intérêts multiples qui expose forcément sur ce réseau sa personnalité composite en espérant apporter un petit quelque chose dans cet espace de débat social en mutation.


« Il y a une nouvelle profondeur qui s’installe dans les échanges, dit-il. Une nouvelle politisation naît dans cet environnement. L’information est désormais sujette à une nouvelle évaluation. C’est très intéressant de s’exposer à ça et de prendre part également à cette transformation », même si cela s’accompagne de quelques effets pervers : la rumeur s’y développerait, selon lui, parfois très vite, et de manière détestable, d’ailleurs. « Le café du commerce et la machine à café ont toujours été les meilleurs vecteurs au monde pour ce genre de chose », ajoute l’homme qui partage sa vie avec l’artiste Karine Turcot, dont il évoque régulièrement le travail sur son compte. « Turcot, comme l’échangeur, précise Ianik Marcil. Mais elle est plus jolie et ne n’affaisse pas. »


Il sourit, puis revient sur l’objet de la rencontre : lui et Twitter. Il dit : « On est dans la communication humaine, avec ses bons et mauvais côtés. » Il dit : « J’y vais tôt le matin, j’y suis tard le soir, mais j’essaye de faire attention. » Il dit : « Comme pour la gang au bar, j’aime y aller pour savoir de quoi on parle. C’est une drogue douce et agréable. » Oui, l’animal est sociable. Et le réseau le lui rend bien.

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