#À_suivre Brigitte Campeau - À la défense du patrimoine

Brigitte Campeau, une Montréalaise qui se présente sous le nom de Passion Patrimoine.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Brigitte Campeau, une Montréalaise qui se présente sous le nom de Passion Patrimoine.

Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leurs centaines, voire leurs milliers d’abonnés. Parfois divertissantes, parfois justes et informatives, parfois sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment ? Avec sa série #À_suivre publié chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.


La démolition s’est faite en douce, et forcément, elle ne pouvait que soulever l’ire des défenseurs du patrimoine. C’était en juin dernier. Sans consultation ni trompette, le ministère des Transports du Québec décide de jeter à terre l’ancienne tonnellerie de la St. Lawrence Sugar, sur la rue Notre-Dame, pièce marquante du patrimoine industriel de l’est de Montréal datant de 1887. Des voix s’élèvent alors pour dénoncer ce nouveau cas flagrant de déni de mémoire, dans une province qui aime mieux prétendre se souvenir que le faire. Parmi elles, se trouvait celle de Brigitte Campeau, qui, sur le réseau de microclavardage Twitter, s’insurge en reprenant les mots d’Héritage Montréal : « Les bulldozers passent avant les consultations ». Triste.


Elle a toujours eu une cause. Elle a désormais un outil pour la faire avancer. À 37 ans, cette jeune passionnée d’histoire, de muséologie, de patrimoine bâti et d’archives a décidé de prendre, il y a deux ans, sa place dans les univers numériques pour poursuivre là ce qu’elle faisait avant dans des cercles un peu plus restreints : se porter à la défense du patrimoine. Et régulièrement, qu’un ministère décide d’effacer un fragment d’histoire ou qu’un gouvernement ferme un lieu de conservation, elle donne corps à cette mission, 140 caractères à la fois.


« C’est un outil incroyable pour faire circuler de l’information, mais également pour sensibiliser, pour mobiliser les gens autour de toutes sortes de sujets, y compris ceux touchant la mémoire collective », résume cette Montréalaise qui se présente sur ce réseau sous le nom de Passion Patrimoine lié à une adresse sans équivoque : @jmlepatrimoine. « J’avoue être arrivée là par curiosité, sans trop comprendre l’utilité ni la pertinence de Twitter. Mais là, je suis conquise en plus d’être presque chaque jour surprise des résultats que tout ça donne. »

 

Rouler sa bosse


Partager. Informer. Convaincre. La travailleuse du patrimoine, qui a roulé sa bosse tant au Musée canadien des civilisation de Gatineau qu’au Planétarium de Montréal en passant par différents musées régionaux un peu partout au pays, alimente surtout sur « fil » comme une sorte de revue de presse instantanée visant à combler ce vide mémoriel dont semblent atteintes la plupart des sociétés développées à travers le monde.


« On ne parle pas assez des questions liées au patrimoine et c’est très triste », dit la jeune fille qui a decidé de reprendre ses études en septembre, cette fois à Toronto, pour y amorcer une maîtrise en muséologie. « La mémoire du passé ne préoccupe qu’une infime partie de la population, parce que les autres n’ont pas encore compris que cette mémoire est intimement liée à notre identité, à notre histoire et à notre capacité à nous situer dans le présent et le futur. Et bien sûr, au profit de tous, cette tendance gagnerait à être renversée. »


L’édifice à construire est vaste et Brigitte Campeau y apporte modestement sa pierre, en reconnaissant toutefois prêcher pour le moment à un groupe de convertis.


« Il est vrai que les gens qui me suivent sont déjà vendus à la cause du patrimoine », dit cette timide invétérée qui surmonte facilement son introversion dans un tel environnement social qui passe par l’écran et l’écrit. « Je vois toutefois apparaître dans mes abonnés de plus en plus de gens qui sont extérieurs à ce milieu, et ça me conforte dans ma démarche », soit faire circuler, de parler des bons coups aussi du milieu de la conservation, d’éveiller les consciences, mais également d’enrayer au passage une logique implacable en matière de patrimoine : « Chaque année, des centaines de bâtiments, marqueurs importants de notre histoire, sont démolis dans la plus grande indifférence, dit-elle. On s’en rend compte une fois que cela est fait. Avec Twitter, on a désormais un outil pour rapprocher les citoyens du patrimoine. » Et même si cela n’empêche pas toujours les bulldozers de rendre une société amnésique, ce n’est pas une raison pour s’en passer, selon elle.

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