#À_suivre : Véronique Matteau - Une timide qui se soigne sur Twitter

Timide viscérale, Véronique Matteau a trouvé un espace incroyable pour parler avec un vaste auditoire tout en surmontant sa timidité, mais aussi, avoue-t-elle, pour partager des informations avec des gens qui ont les mêmes intérêts qu’elle.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Timide viscérale, Véronique Matteau a trouvé un espace incroyable pour parler avec un vaste auditoire tout en surmontant sa timidité, mais aussi, avoue-t-elle, pour partager des informations avec des gens qui ont les mêmes intérêts qu’elle.

Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leurs centaines, voire leurs milliers d’abonnés. Divertissantes, justes et informatives, sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment ? Avec sa série #À_suivre publiée chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.

 

Dans les univers numériques, les apparences sont souvent trompeuses et Véronique Matteau, abonnée du réseau de microclavardage Twitter depuis bientôt trois ans, en fait chaque jour l’étonnante démonstration.


Active - elle rédige en moyenne 12 messages par jour -, en prise directe sur la modernité, sur les événements culturels du moment, les débats sociaux chauds, en conversation parfois avec la jeunesse branchée, celle qui ne s’expose en ligne que derrière l’abréviation de son prénom, Véro, en usurpant l’identité visuelle d’une jeunesse surannée - en ce moment, c’est celle d’Arletty dans Les enfants du paradis -, a, à la regarder tweeter, tous les attributs de la génération Y, frénétique, passionnée, engagée et surtout accro à cet outil de communication à l’adoption épidémique. Mais, bien sûr, tout ça n’est qu’illusion.


Timide viscérale, étonnée que l’on s’intéresse à elle en dehors de son compte Twitter, à près de 50 ans, Véronique est surtout une mère de quatre enfants nouvellement urbaine, elle qui a passé le plus clair de sa vie en région. Elle a débarqué sur ce réseau en 2010 après en avoir entendu parler à la radio. Par simple curiosité. Et finalement, elle y a trouvé un espace incroyable pour parler avec un vaste auditoire tout en surmontant sa timidité, mais aussi, avoue-t-elle, pour partager des informations avec des gens qui ont les mêmes intérêts qu’elle. Chose qu’elle croyait pourtant, avant son arrivée sur ce réseau, socialement impossible.


« J’ai toujours été dans la marge et j’ai toujours travaillé dans des milieux qui ne l’étaient pas, explique cette ex-infirmière rencontrée il y a quelques jours dans un resto du Plateau nord, non loin de La Petite-Patrie, à Montréal, où elle a élu domicile il y a à peine un an. Mes opinions, mes intérêts pour l’art et la culture ont toujours passé dans le beurre, et au travail, pendant les pauses, je finissais toujours par me retrouver toute seule dans mon coin. Sur Twitter, je suis étonnée. Pour la première fois, en étant simplement moi-même, je suscite de l’intérêt, des interactions, et j’aime ça. »


À ce jour, plus de 1500 personnes se sont accrochées à son compte qu’elle agrémente chaque jour d’une dizaine de messages, tant pour faire circuler de l’information que dans le but de faire des découvertes auprès de ses abonnés, résume celle qui vient de retourner aux études, en sociologie, « comme auditrice libre pour le moment ». « Je ne me suis pas donné de mission particulière sur Twitter, mais il est vrai que j’y milite, dit-elle. Depuis toujours, je me bats pour défendre la justice sociale. Ce réseau me permet de prolonger ce combat ailleurs, sans chercher à influencer, sans être partisane non plus. » Et elle ajoute : « D’ailleurs, en ce moment, je fuis un peu ceux qui le sont trop. »


Le projet est simple. À l’image de cette femme, « rebelle depuis l’âge de 8 ans », dit-elle, dont la gêne et la petite voix tranchent radicalement avec la volubilité de son compte Twitter. « J’ai conscience d’être dans un espace public où l’écrit facilite l’interaction sociale. C’est agréable et valorisant. Sans cet outil, c’est sûr, je ne pourrais pas avoir ce genre de contact. » Des contacts qui rendent cette Véronique atypique un peu moins sauvage, virtuellement, et pertinente, autrement.

1 commentaire
  • Jean-François Couture - Inscrit 23 juillet 2012 12 h 40

    N'influencer que ceux qui nous ressemblent?

    Twitter! Twitter! Et encore Twitter! Plus capable.

    D'où vient la «célébrité» des «Twitteurs»? Pourquoi pas des médias traditionnels qui s'ébaubissent devant le «phénomène» et qui reprennent certaines de ces «micro pensées» pour les relayer au plus grand nombre?

    Ensuite, pour faire bonne mesure et un peu comme d'autres machins dits de «télé réalité», on repêche certains «Twitteurs» et on les expose au grand soleil, les transformant en «vedettes» plus ou moins éphémères, à l'image de cette Madame Paillé de la dernière campagne électorale fédérale.

    Partant du principe qui veut que «qui se ressemble s'assemble», je doute fort que Twitter serve à autre chose qu'à rassembler des gens qui pensent comme soi. Dès lors, peut-on vraiment parler «d'influenceurs»?

    En effet, mis à part la presse traditionnelle qui, pour des raisons d'audimat, fait semblant de s'intéresser sincèrement à la chose, soit pour publiciser les «gaffes», réelles ou prétendues, ou pour «vedettiser» Pierre, Jean, Jacques ou Germaine, qui donc peut se laisser vraiment influuencer par la sédimentation de micro commentaires?

    Moi, en tout cas, je passe mon tour. Mais je suis ouvert à me laisser convaincre, mais pas en 140 espaces/caractères. J'ai besoin d'un peu plus de substance.