#À_suivre sur Marie-Andrée Larivière - Une indignée branchée, avec le sourire

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	Marie-Andrée Larivière: «Twiter est un outil qui permet d’exprimer l’instant.»</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Marie-Andrée Larivière: «Twiter est un outil qui permet d’exprimer l’instant.»

Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leurs centaines, voire leurs milliers d’abonnés. Parfois divertissantes, parfois justes et informatives, parfois sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment ? Avec sa série #À_suivre publié chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.

C’est mathématique : un soir, la jeune Marie-Andrée Larivière s’est rendu compte que les mots « indignation » et « politisation » entraient plutôt bien dans un format de 140 caractères. C’était en septembre dernier. Il était 22 h 15. Une chaîne d’info en continu diffusait alors en boucle la grande nouvelle du jour : Québecor et la Ville de Québec venaient de signer une entente sur la construction d’un amphithéâtre. « À RDI, à LCN, on parlait de ça en s’en réjouissant, se souvient Marie-Andrée Larivière qui, jusqu’à ce jour, était une abonnée silencieuse sur Twitter. Il n’y avait pas de voix discordantes, personne pour nous dire que cela n’avait pas d’allure de faire d’un amphithéâtre un projet de société. Ça m’a mise en colère et à cette heure, comme je ne pouvais pas téléphoner à une amie pour me plaindre, alors j’ai tweeté. »


Le geste, porté par la colère, n’aurait pu être qu’isolé, mais pour cette jeune architecte de 30 ans, il a finalement fait plus, en coulant les fondations de son engagement dans le débat social, en format numérique, engagement qu’elle nourrit désormais, en avouant même ne plus trop pouvoir s’en passer. « Twitter, ça a contribué à me politiser, résume-t-elle. Avant, j’étais trop paresseuse pour le faire, mais là, avec cet outil qui fonctionne comme un fil de presse, je n’ai plus le choix. Chaque matin, 500 « amis »t’amènent 500 revues de presse juste pour toi. Ne reste qu’à consommer, et si tu sens le besoin de t’exprimer, tu peux le faire au même endroit. »


Indignée, Marie-Andrée Larivière, qui avoue s’être fait vendre une carte de membre au parti Québec solidaire par Amir Khadir, lui-même, et en pleine rue lors d’une manif, l’est sans l’ombre d’un doute. Elle l’est aussi avec le sourire, sans trop se prendre au sérieux et surtout avec son iPhone dans la main, prêt à porter son prochain micromessage qui généralement ne laisse pas ses abonnés indifférents. « Je suis intense sur le tweet et le retweet, dit-elle. Mais pour moi, Twitter, c’est un outil qui permet d’exprimer l’instant. Il faut qu’il soit dans la main. Tweeter, depuis un ordinateur, je ne comprends pas. »


 

Les quelque 5000 messages qu’elle a produits à ce jour donnent la mesure de sa dépendance, qu’elle admet. Paradoxalement, très peu de ces messages portent sur l’univers qui est le sien : celui de l’environnement bâti. « L’architecture occupe une place importante dans ma vie et dans les conversations que j’ai avec mes amis », dit cette Montréalaise, née de la fusion entre un Beauceron et une fille de la métropole, qui est passée par les arts, les lettres, puis par l’informatique avant de se rappeler ses rêves d’architecture. « Il m’arrive parfois d’en parler, mais globalement, j’apprécie que Twitter m’amène ailleurs. »


Où ? Dans les débats chauds sur la politique, sur les choix de société, sur le féminisme, sur la politisation de la sécurité… et parfois sur les arts, la culture et les livres qu’elle lit. « J’aime m’intéresser à tout en superficialité et à pas grand-chose en profondeur, dit-elle, ça fait que je colle parfaitement dans le moule Twitter », moule dans lequel elle aime aussi vilipender de temps à autre le manque de culture générale dans la société et ses conséquences sur la hauteur des débats sociaux en cours.


« On dirait qu’une partie de la population n’est juste pas outillée pour comprendre les nouvelles et prendre position, dit-elle. Ça donne des débats qui nivellent par le bas et toute une frange de la population qui laisse finalement à d’autres, pour cette raison, le soin de débattre pour eux. C’est plutôt désolant. »


Tweetant pour le bien de la démocratie, pour l’ego aussi - « comme dans la vraie vie, c’est bon de savoir que tu es écouté et que les gens sont d’accord avec toi » -, Marie-Andrée Larivière dit aussi se surprendre elle-même de la vitesse à laquelle l’outil est entré dans sa vie pour s’y installer durablement. « J’attends depuis des mois que la lune de miel passe, mais ça n’arrive pas. Pis, là, je pars en vacances, en bateau avec mon père, et je me dis : Super, ça va être la première fois que je vais tweeter mes vacances. »


Elle rigole, plonge la fraîcheur de son regard dans celui de son interlocuteur et dit : « C’est pathétique, hein ? Dans la manière dont tu vas l’écrire, mets juste une petite twist, s’il te plaît, pour pas qu’on me juge. » Pas de doute : elle se dit inspirée, outrée, lucide… au surplus, elle est également authentique et attachante.


 

 

 

Marie-Andrée Larivière sur Twitter


Adresse : @marilarivi


Elle se décrit comme : « Architecte inspirée, souvent outrée, toujours lucide. Éternelle optimiste »


Nombre d’abonnés : 841


Nombre d’abonnements : 848


Nombre de tweets produits (depuis 11 mois) : 5354


 

 

Photo de Jacques Nadeau.