#À_suivre : Hossein Jamali - Tweeter pour ne pas perdre le droit de le faire

Parler pour convaincre. Parler pour informer. Parler pour faire avancer les choses. Hossein Jamali dit aimer tout ça.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Parler pour convaincre. Parler pour informer. Parler pour faire avancer les choses. Hossein Jamali dit aimer tout ça.

Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires et avis sont désormais suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leurs centaines, voire leurs milliers d’abonnés. Parfois divertissantes, parfois justes et informatives, parfois sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment? Avec sa série #À_suivre publiée chaque semaine, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.

Les raccourcis sont parfois amusants et font rire, depuis quelques semaines, Hossein Jamali, qui, sur le réseau Twitter, est exposé par moments à une drôle de question : «Êtes-vous le frère d’Amir Khadir, coporte-parole du parti de gauche Québec solidaire?»


« Ma femme, qui me connaît bien, trouve ça très drôle, lance l’homme dans la quarantaine assis devant une salade César et un verre d’eau sur une terrasse bordant la rue Sherbrooke loin dans l’est de la ville. Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré, je ne partage pas toujours son point de vue, mais c’est vrai qu’il peut y avoir quelques coïncidences trompeuses. » Des points de similitude, en gros : tout comme Amir Khadir, M. Jamali, une tête pensante en ascension sur le réseau Twitter, est d’origine iranienne, il est aussi médecin, hémato-oncologue pour être précis, et peine lui aussi à garder la langue dans sa poche, surtout quand il est question de corruption, d’injustice, de dérives et parfois de soccer. Ce que semblent d’ailleurs apprécier les centaines d’abonnés qu’il a attirés vers lui sur Twitter depuis quatre mois à peine. Mais là s’arrêtent les rapprochements entre les deux hommes.


Longtemps abonné silencieux de ce service de microclavardage, le médecin dit avoir été forcé de prendre la parole par le conflit social qui a battu le rythme avec ses casseroles d’un printemps que l’on a dit érable. « Ç’a été le point de départ, dit-il. Le premier tweet que j’ai produit portait, je crois, sur la rhétorique de Jean Charest dans laquelle je disais retrouver des dérives démagogiques qui n’étaient pas sans me rappeler l’époque où je vivais en Iran. » Soit 140 caractères ciselés et percutants qui, bien sûr, dans ce monde qui carbure au bruit, aux cris d’indignation et à la controverse ne sont pas passés inaperçus.

 

Maladif, mais contrôlé


Comparer l’Iran, sa révolution et son régime répressif qui a fait fuir Hossein Jamali en 1999 vers la France, puis vers le Québec en 2008, au régime libéral démocratique de Jean Charest, la chose était bien sûr audacieuse. « J’exagère un peu, c’est vrai », reconnaît-il en souriant. Elle a aussi fait entrer avec force le médecin dans le débat public auquel il prend désormais part de manière un peu maladive, mais contrôlée, avoue-t-il.


« La première chose que je fais le matin en me levant, c’est de regarder mon fil Twitter. Comme je tweete en passant par mon téléphone intelligent, ça peut devenir effectivement un peu intrusif dans ma vie. Ma femme me fait d’ailleurs quelques commentaires. Je suis conscient qu’il y a un risque, mais j’essaye de le maîtriser ».


En effet, l’homme, qui a connu la révolution iranienne, celle qui a posé, fin 70 et début 80, les bases d’un environnement social et politique dans lequel Mahmoud Ahmadinejad semble se plaire comme un poisson dans l’eau, a forcément la liberté d’expression qui le démange et a aussi trouvé l’outil redoutable pour soigner cette démangeaison. Avec une posologie simple : dix micromessages chaque jour, autant de retweets - le transfert des messages des autres à ses abonnés - et un nombre indéfini de conversations en format 2.0 avec des complices idéologiques tout comme avec ceux qui ne le sont pas. « Sur Twitter, on a tendance à se rapprocher des gens qui pensent comme nous. Moi, j’aime aussi parler avec ceux qui ont d’autres points de vue, dit-il. L’ensemble est très interactif, c’est très grisant. Quand on parle, les réactions sont immédiates. Les idées s’échangent comme dans une partie de ping-pong. »

 

Bon pour l’ego


Parler pour convaincre. Parler pour informer. Parler pour faire avancer les choses. Hossein Jamali dit aimer tout ça. « Sur Twitter, la diversité de l’auditoire est très intéressante », mais elle donne aussi une fausse impression d’influence. « Il y a quelque chose dans cet outil qui flatte notre ego, il faut l’avouer. Bien sûr, je ne pense pas que mes commentaires ont une portée énorme. Mais j’aime le croire. »


Pourtant, portée il y a parfois, et de manière imprévue, comme il a pu le constater en s’exposant à des commentaires plutôt xénophobes quand il remet en question des dérives autoritaires du gouvernement ou se met à décrier les atteintes à la démocratie au Québec. « Je me sens à l’aise de prendre part au débat public dans ma société d’accueil, mais il y a sur le réseau des gens qui ne semblent pas être de cet avis, dit-il. Ces commentaires sont heureusement très, très rares et ne vont certainement pas me faire taire. » Parce que, dit-il, les entraves à la liberté d’expression, « je sais où cela peut conduire ».


Consciencieux dans sa prise de parole - « je réfléchis toujours avant de tweeter, puisque je sais que je suis dans un espace public » -, Hossein Jamali a, pendant plusieurs semaines, affiché ses couleurs dans la description de son compte en se présentant comme quelqu’un d’allergique « aux politiciens pourris ». Une formule qu’il a désormais atténuée en parlant plutôt de démocratie. « Je ne suis pas quelqu’un qui se prend très au sérieux. Alors, j’essaye toujours de mettre un brin d’humour dans mes messages. Je ne veux pas avoir l’air de celui qui fait la leçon », dit-il en reconnaissant toutefois que la rapidité des échanges et des réactions qui se jouent en ces lieux peut parfois induire quelques dérapages.


« Ça m’est arrivé de déraper », dit-il, par exemple quand il a comparé certains politiciens à Chipeur, le renard fourbe et voleur de Dora l’exploratrice - série culte pour enfants -, ou encore en présentant simplement une image de laxatif pour commenter des déclarations du maire Labeaume.


Quand on lui rappelle ces faits d’armes, l’homme rit avec l’espièglerie d’un garnement qui vient de sonner à une porte avant de partir en courant. Et il dit : « Twitter, c’est un peu comme un médicament. Il y a des effets positifs et des effets secondaires. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’en servir ».

1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 4 juillet 2012 09 h 10

    Question de gazon

    J'aurais aimé savoir: à partir de quoi M.Jamali fait-il ses commentaires à part son vécu, ses expériences personnelles, ses connaissances?
    Il dit par ailleurs: « Sur Twitter, on a tendance à se rapprocher des gens qui pensent comme nous. Moi, j’aime aussi parler avec ceux qui ont d’autres points de vue...».

    Excusez ma franchise, mais il me semble que Le Devoir a tout près de lui, dans son giron si je peux dire, des gens qui se prêtent à un exercice civique beaucoup plus exigeant, difficile, ouvert à la diversité d'opinions: commenter l'actualité à partir des écrits des professionnels de l'actualité et pas n'importe lesquels...

    Mais Le Devoir ne semble pas s'y intéresser outre mesure, à part qu'en en tolérant la présence, forum des médias oblige.

    Je ne parle pas de moi bien sûr, moi je me brûle en vous le disant, mais il me semble que des commentateurs mériteraient votre attention.

    La richesse n'est pas toujours ailleurs, comme l'herbe verte...