Radio-Canada et CBC éliminent 650 postes

Entre 1350 et 1400 emplois ont disparu de CBC/Radio-Canada depuis mars 2009.
Photo: - Le Devoir Entre 1350 et 1400 emplois ont disparu de CBC/Radio-Canada depuis mars 2009.

La grande saignée se poursuit. La société CBC/Radio-Canada élimine des centaines de postes, met Radio-Canada International (RCI) hors d'ondes, introduit la publicité sur ses deux chaînes musicales (Radio 2 et Espace musique) et entame les démarches pour la vente des terrains et de la grande tour de l'est de Montréal.

Ces mesures d'austérité ont été expliquées hier aux employés. Elles découlent des compressions exigées par Ottawa, soit 27,8 millions en 2012-2013, puis 69,6 millions l'an prochain pour finalement atteindre les 115 millions en 2013-2014.

Au total, la direction annonce la disparition de quelque 650 postes à temps plein, dont 10 % de cadres. L'élimination se fera à égalité de parts entre les services français et anglais. Environ 473 postes disparaîtront dès cette année, dont 215 à la CBC, 153 à Radio-Canada (RC) et 105 dans les services institutionnels.

D'ici trois ans, RC perdra 243 emplois. La société bicéphale et bilingue emploie près de 9000 personnes, dont beaucoup de contractuels.

Cette immense tuile s'ajoute aux contrecoups de la crise des marchés publicitaires en 2009. Un manque à gagner de 171 millions avait déjà entraîné la suppression de centaines de postes.

«C'est difficile de dire si une situation est plus pénible que l'autre, a déclaré Hubert T. Lacroix, président-directeur général de CBC/Radio-Canada en conférence de presse téléphonique. Chose certaine, entre 1350 et 1400 jobs ont disparu de CBC/Radio-Canada depuis mars 2009.»

RCI est particulièrement dénaturée. La chaîne cessera la transmission par ondes courtes et par satellite pour se concentrer sur le Web. Elle va aussi arrêter la diffusion de bulletins d'information en portugais et en russe pour favoriser le français, l'anglais, l'espagnol, l'arabe et le mandarin. Au bout de la restructuration, RCI perdra 10 de ses 12 millions de budget et 41 postes.

«Le mandat de RC n'est plus respecté, dit Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada. Il perdra 91 membres dans la saignée. Il y a un affaiblissement, en quantité et en qualité, des services que RC sera capable d'offrir, sur toutes ses plateformes, que ce soit à la radio ou à la télé, en régions ou au réseau. On s'afflige particulièrement de la quasi-fermeture de RCI, une des dernières vitrines de visibilité du Canada dans le monde. On réduit ce service à presque plus rien.»

La Première Chaîne annulera ses émissions de nuit et Espace musique réduira les budgets de ses productions musicales. À la télévision, certaines émissions ou séries produiront moins d'épisodes et les devis de production seront revus à la baisse.

«On fait tout pour continuer à offrir aux téléspectateurs des grilles performantes, qui soient intéressantes, captivantes et tout à fait distinctives en fonction du mandat», a dit à la conférence de presse Louis Lalande, le vice-président principal des services français. La direction a ajouté qu'elle maintenait ses offres pour devenir le diffuseur des Jeux olympiques de 2014 et de 2016 dans un consortium comprenant Bell, RDS, TSN et CTV. Le Comité international olympique a rejeté deux premières propositions et les négociations se poursuivent.

Les chaînes musicales diffuseront bientôt de la publicité. Des demandes d'autorisation sont déjà déposées auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). La commercialisation publicitaire épargnera la Première Chaîne et Radio One afin de «préserver leur distinction».

Toutes ces mesures rendent encore plus logique la vente d'une bonne part du domaine de l'est de Montréal, maintenant sous-utilisé. «RC/CBC occupe 1,2 ou 1,3 million de pieds carrés dans la tour, a expliqué M. Lacroix. L'objectif, c'est de se réinventer dans plus petit, soit 400 000 pieds carrés de moins. Un promoteur achèterait le quadrilatère, nous replacerait dans 800 ou 900 000 pieds carrés et bâtirait un projet résidentiel et commercial [sur le reste].»

Un «appel d'intérêt» sera donc lancé au milieu de l'été. «On se demande dans quoi on pourrait se réinstaller en fonction d'un environnement de production tout à fait différent de ce qu'il a été quand la Maison a été pensée dans les années 1960 et construite dans les années 1970», a ajouté M. Lalande.

La direction affirme que 81 % des compressions proviendront des services centraux et 19 % des régions. Dans les faits, les compressions s'avèrent bien supérieures aux 115 millions annoncés. Les indemnités de départ pourraient coûter au moins 25 millions.

Le président Lacroix évalue qu'au total, RC/CBC doit s'arracher environ 225 millions sur trois ans. De ce total, 64 millions seront retranchés au budget de RC, 150 millions à la CBC, le reste provenant de RCI et d'autres services.

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