Newscorp au centre d'un nouveau scandale?

Melbourne — Déjà fragilisé par le scandale des écoutes téléphoniques clandestines en Grande-Bretagne, News Corp, le groupe de médias de Rupert Murdoch, est au centre de nouvelles accusations lancées en Grande-Bretagne et en Australie.

Cette nouvelle affaire porte sur les agissements présumés d'une filiale du groupe qui aurait eu pour mission de favoriser le piratage de chaînes de télévision payante concurrentes.

L'Australian Financial Review a écrit hier que News Corp s'est servi d'Operational Security, filiale créée au milieu des années 1990, pour saboter ses concurrents. L'émission Panorama, diffusée en Grande-Bretagne par la BBC, avait déjà fait état de soupçons similaires.

«Il s'agit d'allégations sérieuses, et toute allégation d'activité délictueuse doit être transmise à la police fédérale australienne», a déclaré à Reuters une porte-parole du ministre australien de la Communication, Stephen Conroy.

News Ltd, la branche australienne de News Corp, a condamné hier ces accusations. «Cette histoire est pleine d'inexactitudes factuelles, de références imparfaites, de conclusions fantaisistes et d'accusations sans fondement, qui ont été rejetées par des tribunaux étrangers», peut-on lire dans un communiqué.

Operational Security était une branche de NDS, filiale de News Corp spécialisée dans le cryptage des signaux, une activité cruciale pour les chaînes de télévision payante.

Depuis la diffusion du reportage de Panorama, NDS a démenti «avoir jamais été en possession de codes à des fins de promouvoir le piratage» et News Corp, qui l'a vendue ce mois-ci à Cisco Systems pour 5 milliards de dollars, a dit accepter «pleinement les assurances fournies par son ancienne filiale».

Mais, selon l'Australian Financial Review, les employés d'Operational Security, d'anciens policiers ou agents du renseignement, auraient recruté des pirates informatiques pour décrypter les codes des cartes d'accès fournies par des chaînes payantes concurrentes à leurs abonnés. Ces codes auraient ensuite été vendus sur le marché noir par l'entremise de «yes cards» permettant de suivre les programmes de chaînes cryptées sans débourser le moindre centime.

L'Australian Financial Review évoque un manque à gagner se chiffrant en millions de dollars et affirme que ces agissements ont réduit la valeur de concurrents, comme DirecTV aux États-Unis ou Telepiu en Italie, ancienne filiale de Canal Plus, facilitant leur rachat à bas coût par News Corp. Ces accusations font écho au reportage diffusé lundi par la BBC dans le cadre de son émission documentaire. Selon les journalistes de Panorama, NDS aurait recruté un consultant pour diffuser via son site Internet les codes d'accès à ITV Digital, une concurrente de Sky TV, chaîne qui appartenait alors à Murdoch. ITV Digital, qui a accumulé les difficultés dès son lancement (rivalités entre actionnaires, absence de programmes phares, guerre des prix avec BSkyB), a disparu en 2002.

«Ces allégations, si elles sont avérées, sont les plus graves à ce jour», a commenté le député britannique Tom Watson, qui a saisi l'Ofcom, l'autorité britannique de régulation des médias et de la communication.

L'Australian Financial Review, qui appartient à Fairfax Media, un rival de News Corp en Australie, dit s'appuyer notamment sur 14 400 courriers électroniques retrouvés sur le disque dur d'un ordinateur portable qu'utilisait Ray Adams, responsable pour l'Europe de NDS Operational Security de janvier 1996 à mai 2002.