Radio-Canada congédie son directeur de l'information, Alain Saulnier

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Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Alain Saulnier (à gauche)

La Société Radio-Canada (SRC) est habituée à subir des attaques de l'extérieur, contre ses budgets, sa transparence, voire sa raison d'être à titre de service public. Hier, une autre onde de choc a profondément ébranlé l'institution: le congédiement d'Alain Saulnier, directeur général de l'information (radio, télé et Web).

Ce dernier rebondissement semble venu de l'intérieur. Mais est-ce bien le cas?

Entré à la SRC en 1984, patron à l'enviable réputation éthique et professionnelle, M. Saulnier a contribué à mettre sur pied le service des émissions d'enquêtes, en plus de copiloter l'intégration des différentes plateformes de diffusion. Il a aussi dirigé la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) dans les années 1990. Il a alors fait adopter un guide de déontologie, toujours en vigueur.

Fait rare, son départ a été souligné en direct à RDI, vers 15h22, quand les employés de la salle des nouvelles ont interrompu une diffusion pour applaudir leur directeur.

Alain Saulnier quittera ses fonctions le 16 mars. Son départ a été obtenu mercredi soir par Louis Lalande, lui-même nouveau vice-président principal du service français arrivé en poste à la mi-janvier.

«C'est une décision mûrie de la direction, confirme Marc Pichette, directeur des relations publiques de la SRC. M. Lalande désire effectuer des changements à la direction de l'information.»

Au moins deux autres hypothèses s'affrontent pour expliquer cette décision. Elles ne s'excluent pas nécessairement.

La première parle d'une rivalité tenace entre les deux dirigeants. Elle repose donc sur une explication «interne». M. Lalande, un réalisateur, a perdu son poste de directeur de l'information télé en 2006 à la faveur d'une réforme intégratrice qui a alors profité à M. Saulnier. L'année précédente, M. Lalande avait notamment déplacé le Téléjournal de 18h à 17h pour le remplacer par une émission de variétés animée par Véronique Cloutier. «Louis Lalande est rancunier, dit un haut gradé de la SRC qui ne veut pas être identifié publiquement. Maintenant, il se venge.»

Il n'empêche que dans le communiqué officiel annonçant le départ, le vice-président loue le travail du directeur. «Alain Saulnier jouit d'un très grand respect dans la communauté journalistique, affirme M. Lalande. [...] Je tiens d'ailleurs à remercier Alain pour sa contribution au service du diffuseur public.»

La seconde hypothèse pointe vers des pressions politiques. Un communiqué de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) évoque clairement ce lien de causalité impliquant des ennemis en dehors de l'institution.

«Sa mise à la porte, présentée officiellement [hier] comme un «départ", prend les allures d'une première salve des conservateurs dans leur bataille pour réduire la taille, l'influence et le budget de Radio-Canada, dit le texte. À la veille de compressions importantes à la SRC, la FPJQ craint plus que jamais qu'on saborde le mandat d'information du diffuseur public. La FPJQ se demande d'ailleurs si les attaques incessantes des conservateurs au pouvoir à Ottawa contre Radio-

Canada, qu'ils tiennent responsable en partie de leurs insuccès électoraux au Québec, n'auraient pas un lien avec le départ forcé d'un défenseur de l'indépendance de la société d'État.»

Sur ce, M. Pichette réplique que «la décision ne découle ni de pressions internes, ni de pressions externes». Le directeur des relations publiques rappelle aussi «la tradition d'indépendance de Radio-Canada».

Alain Saulnier n'a pas accordé d'entrevue aux médias. Il a cependant envoyé un message à ses collègues, où il écrit: «Je regrette de vous laisser dans une telle tourmente, mais sachez que ce n'est pas mon choix.»
23 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 24 février 2012 05 h 36

    Téléquébec devrait l'engager

    Il serait temps que Téléquébec se dote d'un service d'information indépendant des dictats du gouvernement fédéral. Alain Saunier serait certainement l'homme de la situation pour remplir ce mandat.
    En autant que je sache, pour des raison obscure, le CRTC a toujours refusé d'accorder la possibilité de créer un tel service à Téléquébec. Il serait peut-être temps de le confronter à ce sujet.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 24 février 2012 06 h 34

    Quelle bonne idée!

    Remplacer les Nouvelles par un show de variétés, quelle bonne idée! Une fois parti, pourquoi ne pas envoyer Alain Gravel et Marie-Maud Denis à la section des sports? «L'indépendance de radio-Canada», dites-vous? Elle est morte depuis longtemps, sous Pierre Elliott. Souvenez-vous de la «couverture» de la Crise d'octobre.

    Desrosiers
    Val David

  • oracle - Inscrit 24 février 2012 06 h 56

    À une condition.

    La thèse des assauts des conservateurs contre les services français de Radio-Canada ne me paraît guère fantaisiste. Dans quel cas, seule la mobilisation des auditeurs et téléspectateurs pourra aider le réseau à tenir le coup, à une condition néanmoins, que Radio-Canada recommence sans délai à privilégier la substance sur le spectacle.

    Pierre-Michel Sajous

  • Gael - Inscrit 24 février 2012 07 h 20

    facho au pouvoir

    l'institutionnalisation de la dictature la pensée unique des valeurs d extrême droite alors un des moyens est de contrôler l information et de tasser ceux qui pourraient nuire a la cause
    on est pas sortie du bois avec ces tawins au pouvoir

  • Airdutemps - Inscrite 24 février 2012 07 h 26

    Quel intérêt ...

    ... les Conservateurs auraient-ils d'empêcher et de nuire à la propagande unitariste canadienne mise en place par le PLC, et ce, depuis des décennies ? La mission de la SRC n'est-elle pas canadienne d'un océan à l'autre ? Trop facile d'accuser les Conservateurs.

    Vraiment, je crois plutôt à une chicane interne; une guerre d'égos.

    On verra... bien.