Décès de l'animatrice Andréanne Lafond

Andréanne Lafond a travaillé trois décennies à Radio-Canada.<br />
Photo: Source Radio-Canada Andréanne Lafond a travaillé trois décennies à Radio-Canada.

Carrefour, Aujourd'hui, Format 30, Format 60, Le 60, La vie quotidienne: il faut avoir un certain âge pour se souvenir de ces émissions de Radio-Canada, animées par la curieuse et cultivée Andréanne Lafond, une des grandes dames de l'âge d'or de la télévision publique «pédagogique», décédée le 29 janvier. La journaliste d'origine française, à la voix et à l'accent marqués, avait 91 ans.

Née à Lyon, arrivée au Québec en 1948, elle entre à la grande maison presque immédiatement pour y rester plus de trois décennies. Elle travaille d'abord sous la protection de Judith Jasmin et de René Lévesque, figures légendaires du journalisme à la québécoise.

Elle s'intègre ensuite à des équipes de rêve d'émissions d'information ou de magazines d'actualité au côté de Louis Martin, Jacques Languirand, Raymond Charette ou Lizette Gervais. Elle s'y spécialise de plus en plus dans le journalisme culturel, menant des entrevues de fond avec des créateurs d'ici et d'ailleurs.

Andréanne Lafond a la réputation d'une intervieweuse attentive et touche-à-tout. Le site des archives de Radio-Canada la montre à l'oeuvre autour de sujets aussi variés que l'histoire des poupées, les Forces canadiennes stationnées en Europe ou la censure dans la culture. On peut aussi y voir un extrait d'une entrevue avec l'homme de musique Léo Ferré diffusée à la télévision le 5 février 1970. Andréanne Lafond questionne son invité misogyne dans le cadre du Sel de la semaine, en remplacement de Fernand Séguin. («Ce qui me gêne chez la femme, c'est la culture. La femme cultivée, je ne peux plus supporter.»)

L'animatrice prend aussi le temps de fonder et de codiriger, avec Solange Chaput-Rolland, le magazine Points de vue qui paraît de 1955 à 1961. La publication qui tire à environ 5000 exemplaires se déclare «plus près de la gauche de Mauriac que de l'étouffante droite de Rumilly». Elle propose aussi «un pancanadianisme fondé sur le dialogue».

La journaliste s'essaie à la fiction, signant une trentaine de contes radiophoniques et plusieurs adaptations de dramatiques pour la télévision. Après son arrivée au Québec, au début des années 1950, comme elle a touché au cinéma en Europe, elle devient aussi scripte adjointe pour quelques films d'ici bien datés, La petite Aurore l'enfant martyr, Le curé du village, Séraphin, Le rossignol et les cloches.

Andréanne Lafond reçoit le Prix des communications du Québec en 1983, puis le prix de journalisme Olivar-Asselin en 1989.