Cinq questions pour les médias en 2012

De la diffusion des Jeux olympiques au projet iPad de La Presse, l'an de grâce 2012 sera riche en propositions médiatiques. Voici cinq autres questions à se poser, devant l'année des médias qui commence.

Quel sort attend la Société Radio-Canada (SRC)?

Le média national est en bien mauvaise posture, face à un gouvernement qui ne l'aime pas et à une concurrence de plus en plus implacable. Les conservateurs ont annoncé des compressions de 10 % pour l'enveloppe de la société d'État dans le prochain budget fédéral. La radio perd du terrain par rapport aux radios parlées privées. Dans la grande région montréalaise, le 98,5 FM pourrait continuer de gruger des parts de marché au 95,1, déjà deux fois moins populaire à toute heure du jour, selon les relevés de décembre. La télévision peine aussi, globalement. D'une semaine à l'autre, l'an dernier, TVA triomphait avec 21 à 22 % des parts de marché, tandis que la généraliste d'État stagnait autour de quelque 11 ou 12 % des points. La chaîne V la talonne, avec près de 9 % des parts, et qui sait si, en continuant son impressionnante renaissance, l'autre chaîne privée ne va pas dépasser la vieille institution radio-canadienne dès cette année.

Quel avenir pour la télévision?

La fusion des écrans et le réseautage de la télé s'accentuent. À preuve, Apple prépare un nouveau gadget pour mieux fusionner les écrans d'ordinateur et de télévision, probablement une iTV, en fait. L'interconnectivité amplifie le phénomène du visionnement sur demande. En même temps, la «télé sociale» (comme dans «média social») permet aux téléspectateurs-internautes de réagir en direct aux diffusions d'émissions-événements. Tout le monde en parle ou Star académie ont encore un bel avenir devant elles...

Le déclin des journaux va-t-il se poursuivre?


Il faut vraiment beaucoup d'optimisme, jusqu'à l'aveuglement, pour croire que le déclin des revenus publicitaires et la fuite des lecteurs ne se poursuivront pas. Comme l'écrit Pascal Lapointe dans son blogue (sciencepresse.qc.ca), «le Québec, protégé un temps par la barrière linguistique, subira tôt ou tard le tsunami».

Le Huffington Post Québec va-t-il modifier le paysage médiatique?

Des experts, dont Martin Lessard dans le blogue Triplex de Radio-Canada, pensent que certains gros joueurs, comme Le Journal de Montréal, ont le plus à craindre de cette nouvelle concurrence. Le modèle d'affaires s'appuie sur un modèle éprouvé aux États-Unis, liant la production de quelques journalistes payés à des contenus fournis gratuitement par d'innombrables collaborateurs. En France, le pays européen comptant le plus de pure players (des sites sans support imprimé), les prévisions vont bon train pour la disparition d'un grand nouveau média cette année, voire de quelques-uns. Rue89, un des plus connus, vient de rejoindre le groupe Nouvel Observateur.

Quel est l'avenir de la bande AM?

La Presse posait la question hier, et un ancien vice-président du CRTC, Michel Arpin, répondait que les jours de cette bande sont comptés, puisque les stations du média quasi centenaire ne rapportent ni public ni profit. En 2006, le Canada comptait 177 stations de radio AM. Il en reste 141. Le cimetière des chaînes comprend notamment toutes les anciennes grandes chaînes montréalaises disparues ou transférées vers le FM depuis une quinzaine d'années, dont CKVL, CBF et CKAC. Il en reste une dizaine, et des observateurs moins pessimistes misent sur le développement des radios ethnoculturelles pour assurer la relève.
4 commentaires
  • Regine Pierre - Abonnée 10 janvier 2012 08 h 14

    Déprimant!

    Déprimant votre article, pas seulement parce qu'il présage mal pour Radio-Canada, mais parce qu'en dehors de Radio-Canada, l'offre médiatique est bien pauvre. La radio et la télé de Radio-Canada sont les seules que j'écoute. Je me réveille et je me couche en écoutant Radio-Canada. La seule idée que je sois limitée à V ou à TVA me fait envisager une bien triste viellesse et un bien triste avenir pour le Québec. Vivre dans une société à l'image de ces stations ce serait pour moi, comme si la seule nourriture disponible à l'avenir serait la poutine. Va-t-il falloir en passer par là pour que la jeune génération réalise que la pauvreté intellectuelle et culturelle rend la vie aussi triste que la pauvreté sociale et économique. Nous avons la chance de vivre dans une des sociétés les plus agréables où vivre mais les sociétés naissent et meurent si on en prend pas soin. L'histoire en a montré de nombreux exemple.

  • Gilbert Talbot - Abonné 10 janvier 2012 10 h 17

    Heureusement il y a Le Devoir.

    On a pas besoin d'être un gros média populiste pour vivre convenablement. Le Devoir en est un très bon exemple. Radio-canada, télévision surtout, cherche trop à ressembler aux télé populistes et devient lui-même moins attrayant. La publicité surtout prend de plus en plus de minutes dans une émission et la rend difficile même à suivre.

    Un sixième question me turlupine : Y aurai-t-il moyen de faire une publicité plus discrète, mieux intégrée aux émissions qu'elle commandite ? Facebook y réussit fort bien. Parfois certaines exclusivités y arrive aussi en créant des pubs propres à une émission, mais malheureusement ce n'est pas fréquent.

  • TomDem - Inscrit 10 janvier 2012 11 h 20

    Déprimant vous dîtes !

    @Regine Pierre

    Je crois que radio-canada se tire constamment dans le pied avec ses jeux questionnaires à l'infini. Le téléjournal est bien le journal télévisé qui m'apparaît le plus crédible à l'heure actuel, mais j'ai toujours une réticence à prendre ses nouvelles à la télé. Les problèmes n'y sont qu'abordés superficiellement et un temps abusivement long est accordé aux sports. Je crois que Radio-Canada s'est perdue avec le temps en voulant concurrencer TVA, oubliant que son public ciblé n'est pas du tout le même.
    Je trouve déprimant votre définition du Québec basée sur les émissions de télé qui y sont écoutées. Ce n'est pas à la télé qu'on trouve un bagage culturel solide mais bien en ouvrant des livres, en allant à l'école, en fouillant soi-même dans l'immensité de choix qui nous est maintenant offert avec internet en ce qui concerne toutes les formes d'art. Je ne pleure pas le déclin de Radio-Canada parce que c'est une station qui s'est perdue et qui n'assume plus son mandat de diffusion de la culture. L'offre médiatique est plus riche que jamais, c'est seulement la télé en soi qui est devenu un média caduc, abêtissant le peuple par pur désir de pouvoir. Les faits sont là, combien de personnes passent leurs soirées les yeux rivés sur leur(s) écran(s) de télé avec un regard bovin au Québec. La télé, en soi, est un médiat abêtissant. Et je crois que la jeune génération dont je fais partie, du moins en partie, est en train de s'en rendre compte. Nombre de mes amis et moi-même n'avons même plus la télé chez soi. Alors ne généralisez pas la jeunesse alors qu'elle est déjà ailleurs, plus loin, et n'oubliez jamais que la génération de 45 ans et plus est en majorité, et que tout ce qui est diffusé au Québec lui est généralement destiné.
    Sur ce, continuez de lire Le Devoir, c'est déjà un bon début.

  • Regine Pierre - Abonnée 10 janvier 2012 13 h 24

    Tomderm

    Merci pour la leçon de clichés et d'âgisme! Heureusement que les jeunes que je forme à l'université ont moins de prétention et plus d'ouverture d'esprit. Ça abrutit de passer trop de temps sur les médias sociaux!