L'éditeur du quotidien The Gazette tire à boulets rouges sur le Conseil de presse

The Gazette engagera «des poursuites judiciaires immédiates» si une loi est adoptée au Québec pour créer «différentes classes de personnes en ce qui concerne le journalisme ou l’accès à l’information», affirme Alan Allnutt.
Photo: Agence Reuters Shaun Best The Gazette engagera «des poursuites judiciaires immédiates» si une loi est adoptée au Québec pour créer «différentes classes de personnes en ce qui concerne le journalisme ou l’accès à l’information», affirme Alan Allnutt.

L'éditeur et rédacteur en chef de The Gazette dénonce «certaines positions» prises par le Conseil de presse du Québec (CPQ), notamment la proposition de forcer l'adhésion des médias à ce tribunal d'honneur de la profession. Alan Allnutt se dit tellement décu par «l'orientation de l'organisme» qu'il envisage «sérieusement de le quitter».

Cette position ferme et critique se retrouve dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie que M. Allnutt, publisher and editor in chief du quotidien anglophone de Montréal, a envoyée à John Gomery, président du CPQ. La missive est datée du 19 décembre dernier.

La démarche s'inscrit dans le contexte des travaux gouvernementaux sur la crise des médias. Québec a commandé un rapport sur «l'avenir du journalisme» à la professeure Dominique Payette de l'Université Laval. La ministre de la Culture et des Communications a mené des consultations cet automne sur des recommandations de l'étude, notamment sur la possibilité de créer un titre professionnel de journaliste et sur le rôle redéfini du Conseil de presse.

«En premier lieu, The Gazette a été stupéfaite de voir que le CPQ [...] encourageait le gouvernement à considérer une appartenance forcée au Conseil de presse, une position prise par ce dernier sans l'approbation préalable de son conseil d'administration, écrit l'éditeur. Nous considérons ceci comme ayant été la violation d'une bonne gouvernance d'entreprise. De même, nous sommes d'avis que vous avez outrepassé vos pouvoirs en promouvant l'idée d'une appartenance forcée.»

L'éditeur et rédacteur en chef trouve imprudent que le Conseil appuie la création d'un statut de journaliste professionnel «en l'absence d'un consensus démontrable» dans le milieu. Il écrit que la résolution en la faveur du titre a été adoptée le 16 décembre par seulement 7 des 12 membres (sur 21) du conseil d'administration du CPQ. La lettre au président Gomery observe aussi que le Conseil de presse «essaie activement de renforcer son rôle» au détriment de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, un organisme qui rassemble quelque 2000 membres et distribue la carte de presse depuis des décennies.

Le pilonnage ne ménage aucune position. M. Allnutt avertit que The Gazette engagera «des poursuites judiciaires immédiates» si une loi est adoptée au Québec pour créer «différentes classes de personnes en ce qui concerne le journalisme ou l'accès à l'information». Cette possibilité a été envisagée dans la foulée du rapport Payette pour rattacher des privilèges au statut de journaliste professionnel, par exemple un traitement accéléré des demandes d'accès à l'information par rapport aux simples citoyens.

La lettre déplore également que le Conseil de presse tente de «délégitimer le droit de Quebecor de choisir librement comment exploiter ses entreprises». Quebecor s'est retirée du CPQ comme de tous les tribunaux d'honneur du Canada. M. Allnutt propose même alors une interprétation idéologico-politique des tensions en jeu.

«Il me semble, écrit-il, qu'une certaine partie (sinon une bonne partie) de la motivation pour les changements dont il est question provient non pas d'un besoin de société ou d'un problème clairement identifié, mais d'un désir de contrôler ou punir Quebecor pour son refus de se conformer au consensus historique (et peut-être désuet) de l'élite libérale du Québec.»

L'éditeur exige finalement que ces questions soient abordées pleinement à la prochaine rencontre du conseil d'administration du CPQ en janvier avec l'idée de «revoir l'orientation prise» par l'organisme. «À défaut de quoi, The Gazette n'aura le choix que de quitter le Conseil», conclut M. Allnutt.

Le signataire a refusé de commenter davantage le contenu de sa lettre. «Je pense qu'elle parle par elle-même», a-t-il écrit laconiquement au Devoir après la demande d'entrevue. Le directeur du CPQ, Guy Amyot, s'est contenté de répondre que le conseil d'administration allait discuter «de tout ça» à sa prochaine rencontre en janvier.

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