Information: l’ère du consommé-jeté

Même si le hockey perd de la glace il conserve une place domimante, et <br />
14 des 25 personnalités les plus médiatisées au Québec proviennent du hockey. (sur la photo: Carey Price) 
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Même si le hockey perd de la glace il conserve une place domimante, et
14 des 25 personnalités les plus médiatisées au Québec proviennent du hockey. (sur la photo: Carey Price) 

Le hamster trotte de plus en plus vite dans la grande roue de l’information. Environ 85 % des nouvelles survivent moins de 24 heures dans les médias. Une information chasse l’autre, et les réseaux sociaux ne font qu’accélérer la cadence puisque 95 % des mots clés y disparaissent en 120 minutes et moins.

La donnée sur l’accélération du temps médiatique se retrouve dans L’état des médias de l’année 2011, un bilan de quelque 140 pages diffusé depuis ce matin sur le site du courtier en informations Influence Communication. La firme fête son dixième anniversaire en publiant ce rapport annuel, le plus complet jusqu’à maintenant, avec une version canadienne et une version internationale ajoutées à la mouture québécoise habituelle.

«On connaît de plus en plus de nouvelles, mais on a de moins en moins de temps pour les comprendre», résume Jean-François Dumas, président fondateur de la firme. M. Dumas a accepté de présenter au Devoir son travail synthétique avant sa diffusion en ligne sur influencecommunication.com. «On surfe sur l’actualité. On vit plus que jamais à l’époque du consommé-jeté en information. Un client m’expliquait récemment qu’il développe un plan de réaction quand se pointe une mauvaise nouvelle le concernant sur les médias sociaux. Je lui ai répliqué que le temps de rédiger sa stratégie, le problème aurait disparu de lui-même...»

Le réchauffement laisse froid

Le grand bilan passe au crible des millions de données pour multiplier les révélations éclairantes ou intrigantes.

Ici, les nouvelles les plus médiatisées de l’année se rapportent à l’élection du 2 mai, la formation d’un gouvernement majoritaire conservateur, le triomphe du NPD au Québec, la quasi-euthanasie du Bloc. Suivent ensuite le décès de Jack Layton, la commémoration du 11-Septembre et le tsunami au Japon.

Du point de vue médiatique, l’année 2011 au Québec se résume à quatre mots clés: politique, sports, faits divers et nouvelles locales. Ces quatre thèmes cumulent 58 % de l’actualité.

En ajoutant les informations internationales, on frise le seuil des deux tiers de l’information. Ce qui laisse donc la part congrue à tout le reste.

«Au Québec normalement, les nouvelles internationales n’intéressent pas les médias québécois, dit alors M. Dumas. Avec 2010, 2011 est une exception de ce point de vue. C’est conjoncturel, à cause du Printemps arabe, du tsunami au Japon, du tremblement de terre en Haïti, de l’arrivée d’Obama, etc. Généralement, les deux thèmes qui nous intéressent le moins concernent ce qui se passe ailleurs au Canada et ailleurs dans le monde.»

La société québécoise se désintéresse par contre des sujets planétaires environnementaux. Le palmarès mondial place le réchauffement climatique en deuxième position des nouvelles les plus traitées dans 160 pays alors qu’il n’arrive pas dans les 5000 premières places ici. On répète: 5000!

Le hockey perd de la glace

Le hockey offre une autre surprise en perdant plus du tiers (37 %) de son poids médias par rapport à 2010, sa plus forte chute d’intérêt en six ans. Le sujet conserve tout de même une place dominante, à vrai dire exceptionnelle à l’échelle internationale.

Quatorze des vingt-cinq personnalités les plus médiatisées au Québec proviennent du hockey. De même, en raison du dossier de l’amphithéâtre de Québec, Pierre Karl Péladeau, le grand patron de Quebecor, arrive au premier rang des personnalités du monde des affaires les plus présentes dans les médias, devant Steve Jobs, cofondateur de Apple décédé cette année.

«Si les Nordiques revivent à Québec, il faudra bien faire de la place pour cette équipe dans les médias, commente alors M. Dumas. Quels secteurs vont en faire les frais?»
Le sport, et en particulier le Canadien de Montréal (79 % des nouvelles sportives au Québec), monopolise en fait encore tellement d’espace que la firme se sert de cet étalon pour comparer le poids relatif d’autres sujets.

On apprend par exemple que les aînés, les autochtones et la pauvreté équivalent au poids médias sur une année du joueur David Desharnais.

On découvre aussi que le livre, la danse, le théâtre, la peinture, la photographie, la poésie et la sculpture représentent l’équivalent de la couverture de 2,4 minutes d’un match des Glorieux.

La cuisine au menu

Le rapport montre que les médias traitent surtout de sujets culturels le samedi, qui rassemble alors le tiers (37 %) de la production hebdomadaire. Céline Dion est détrônée pour la première fois en une décennie comme personnalité culturelle la plus couverte. La place au sommet est occupée par une autre chanteuse, Lady Gaga.

Les tableaux prouvent aussi que la cuisine bat maintenant l’espace consacré à la culture dans les médias. Le secteur culinaire sous toutes ses formes a augmenté son poids médias de 37 % cette année par rapport à 2010.

Les préférences sectorielles changent comme la lune. Il y a cinq ans, le thème de la sécurité publique dominait le bilan, alors que maintenant les expressions «corruption» (+ 154 %) et «collusion» (+ 770 %) grimpent dans les mentions. De même, les médias se passionnent désormais pour le prix de l’essence, les infrastructures routières et le transport automobile, trois sujets qui mis ensemble comptent plus que l’intérêt pour l’économie.

Influence communication se permet finalement de distribuer le prix Bug de l’année, le seul jugement qui ne soit pas quantitatif dans son bilan. Cette fois, la récompense revient au traitement des prétendues exclusivités par les médias du Québec. En moyenne, il y a 279 mentions quotidiennes de nouvelles exclusives au Québec! Le Canada anglais ne sort cette pommade que 120 fois par jour, et encore en produisant quatre fois plus d’informations.

Une mention honorable est accordée au piratage du site Internet du Devoir. Un pirate informatique a utilisé ledevoir.com, une nuit d’août, pour diffuser la fausse nouvelle du décès de Jean Charest. «En plus, c’est le seul pirate qui a réussi à écrire sans fautes, dit en riant M. Dumas. C’est probablement parce que c’est un lecteur du Devoir...»
Le Devoir
4 commentaires
  • Francis Boudreau - Inscrit 13 décembre 2011 11 h 18

    Ça porte à réfléchir

    Ce qui me fait penser: « peut-être que mon cercle d'amis n'est pas un échantillon représentatif de la population québécoise... »

    Lorsque je lis les statistiques concernant l'environnement et la culture, je me demande même si je souhaite toujours que le Québec devienne un pays. Disons que je suis plus souverainiste que nationaliste.

    Francis B.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 13 décembre 2011 13 h 28

    Société vs médias

    Faut pas confondre la société québécoise et ce que ses médias de masse veulent bien publier.

  • Martin Gauthier - Inscrit 13 décembre 2011 14 h 42

    Pauvres petits média du divertissement :-(

    Un hamster qui court dans sa cage, peut importe la vitesse à laquelle il le fait, ne va nulle part. Il peut compter le nombre de mots, faire des statistiques, mais ça reste une petite affaire placée dans le salon qui ne mène absolument nulle part.

    Si je veux être diverti, juste diverti, je vais regarder le coureur de la cage. Si je veux être informé, là c'est une autre paire de manches puisque je vais devoir aller sur plusieurs sources, je vais devoir lire plus que deux lignes sur un sujet, et le faire avec plusieurs points de vue différents. Le divertissement n'informe pas, il diverti.

    Cours mon petit hamster, cours...

  • Nasboum - Abonné 13 décembre 2011 21 h 40

    solution

    Lisez moins mais lisez mieux. Le Devoir, tôt le matin ou tard le soir, car mon journal préféré ne fait rien entre les deux.