Merci de ne pas éteindre vos cellulaires !

À quand des sièges pour tweeter dans la nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal?<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À quand des sièges pour tweeter dans la nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal?

Les temps changent et le monde de la musique classique, de l'opéra et du théâtre en fait une étonnante démonstration par les temps qui courent. Comment? En faisant apparaître dans plusieurs théâtres et salles de spectacles aux États-Unis des «tweet seats». Ces fauteuils sont réservés exclusivement aux adeptes du réseau social Twitter à qui l'on demande de ne surtout pas éteindre leur téléphone intelligent pour mieux parler à l'ensemble de leur communauté numérique et même interagir avec la production, pendant le spectacle, par l'entremise des réseaux sociaux.

Phénomène étrange? Le «tweet seat» — que l'on pourrait traduire par «le fauteuil du tweeteux» — est en train de devenir un «phénomène national» au pays de Barack Obama où le National Symphony Orchestra de Washington a été un des premiers à faire apparaître ce genre de sièges lors de la représentation de la 6e symphonie de Beethoven, dirigée par Emil de Cou. C'était en juillet 2009, a rappelé la semaine dernière le USA Today dans ses pages numériques.

«D'une côte à l'autre, les théâtres sont en train d'apprivoiser ce concept de fauteuils du tweeteux, résume Rick Didline, directeur du Festival Shakespeare de Saint-Louis au Missouri. Les arts sont actuellement en mutation. Ils sont plus participatifs, et les réseaux sociaux encouragent cette participation. Nous n'avons pas de raison d'avoir peur d'expérimenter ces choses-là.»

Appel entendu

L'appel semble d'ailleurs avoir été entendu, si l'on se fie à l'harmonie qui se dégage de la partition sociale en cours d'écriture: le Lyric Opera de Kansas City a offert 100 fauteuils de tweeteux lors de la représentation de l'opéra comique The Lass that Loved a Sailor (La fille qui aimait un marin) de Gilbert et Sullivan. Le Cincinnati Symphony Orchestra lui a emboîté le pas en septembre dernier en réservant des sièges aux accros des réseaux sociaux. Tout comme le Carolina Ballet de Raleigh, le Dayton Opera de l'Ohio et le Goodspeed Opera House d'East Haddam au Connecticut.

Seuls le Carnegie Hall de New York et le Kennedy Center de Washington résistent encore et toujours à l'envahisseur numérique en maintenant l'interdiction de sortir son téléphone pendant les spectacles. Pour le moment...

C'est que le fauteuil de tweeteux est visiblement très apprécié par ceux qui y succombent, comme Elisa Hale du Goodspeed Opera House qui a alimenté une conversation par l'entremise des réseaux sociaux et de «tweet seats» en novembre lors de la dernière représentation de la comédie musicale Hello! My Baby (voir YouTube pour la ligne mélodique).

«C'est une façon d'améliorer le rapport à une oeuvre en permettant des interactions pendant un spectacle», dit-elle tout en ajoutant que les fauteuils de tweeteux n'ont pas, à ce jour, induit de «commentaires négatifs» chez les spectateurs, puisqu'ils sont situés dans les rangées du fond de la salle pour que les écrans lumineux des téléphones intelligents ne dérangent pas les non-branchés de l'assistance.

«C'est fantastique de suivre en direct les réactions du public face à l'orchestre, à la direction de l'orchestre et aux confidences qu'on leur envoie des coulisses», dit Chris Pinelo, du Cincinnati Symphony Orchestra qui a déplié des «tweet seats» dans sa salle. «Des spectateurs reviennent par la suite à cause de ça parce qu'ils ont aimé ces interactions.» Et bien sûr, l'institution compte sur ce drôle de concept pour attirer vers elle une nouvelle clientèle d'amateurs d'art qui ne peuvent désormais plus se passer de leurs outils de communication, même pendant un spectacle.

Le comportement laisse toutefois perplexe le Los Angeles Times: «L'existence des fauteuils de tweeteux était pour le moment une des choses les plus inattendues. Le fait qu'ils deviennent un phénomène en croissance l'est encore plus», résume Deborah Netburn dans les pages du quotidien de la côte ouest.