Médias - CIBL est en ville et la ville est dans CIBL

La crise des médias? Quelle crise? Pas chez CIBL en tout cas. La radio communautaire de Montréal ne s'est à vrai dire jamais mieux portée. Le 101,5 FM a presque triplé ses budgets en cinq ans, pour les faire passer à 800 000 $. La station vient d'embaucher des stars du secteur à la direction. Elle offre des stages à la douzaine, reçoit des centaines de C.V. et des propositions de collaboration à ne plus savoir qu'en faire.

Pour couronner le tout, CIBL vient de déménager dans un bel immeuble d'architectes en plein coeur du Quartier des spectacles (QDS), le plus en vue de Montréal en ce moment. D'ailleurs, ceci s'arrime à tout cela.

«On se donne des outils pour permettre de rêver», résume fièrement Éric Lefebvre, rencontré sur place cette semaine. Les ouvriers s'activent encore sur le chantier, notamment sur la grande vitrine en pointe de l'intersection Saint-Laurent-Sainte-Catherine, une des signatures de l'immeuble de quelque 16 millions de dollars. La firme Aedifica (qui a plutôt raté son coup avec la coquille de la Maison symphonique voisine), a finalement conçu l'ouvrage après le retrait du Français Paul Andreu. «Ce déménagement nous ouvre toutes sortes de possibilités, poursuit le directeur. Si un groupe prépare un spectacle au Métropolis voisin, on peut maintenant l'inviter pour une prestation dans nos studios.»

La fonction crée l'organisme

Le 2.22 (du nom des anciennes adresses de la rue Sainte-Catherine) abrite plusieurs autres organismes communautaires et culturels, dont le quartier général de l'Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires, comptant 4000 membres, une autre initiative du dynamique directeur. Il reste à trouver un locataire pour le bar du dernier étage, dont la magnifique terrasse risque de devenir un point très couru de la ville.

Les propositions et les solutions architecturales donnent corps à la vitalité renouvelée de CIBL. La radio occupe tout un niveau avec sa salle de nouvelles, ses bureaux et cinq studios. Le sixième studio, assez grand pour contenir un beau piano à queue offert par Yamaha, s'expose au rez-de-chaussée, à côté d'un restaurant et de la Vitrine culturelle, le guichet central du QDS.

Tous ces espaces s'ouvrent sur la ville parfois en couches successives de verre. CIBL est en ville et la ville est dans CIBL. «Beaucoup de gens qui ne retournaient pas mes appels avant viennent voir maintenant ce qui se passe ici», dit le directeur, qui confie qu'un grand groupe de presse québécois est passé en début de semaine pour examiner la manière cibélienne de suivre l'actualité des quartiers. «Dans nos anciens locaux du boulevard Pie-IX, on manquait cruellement d'espace. Le corridor servait de centre névralgique. C'est là que se tenaient les réunions. L'architecte a donc reproduit cet espace de circulation dans l'aménagement pour ne pas nous éloigner de nos bonnes vieilles habitudes.»

Un média libre

CIBL devient plus attrayante que jamais. Lorraine Pintal, directrice du Théâtre du Nouveau Monde voisin, a perdu son micro à la Première chaîne et en a trouvé un autre sur Radio Montréal. Robert Blondin, ancien pilier de Radio-Canada, y arrivera en janvier. «Mais on a un souci d'équilibre entre les voix, dit le directeur. Si Robert Blondin vient chez nous, ce n'est pas parce qu'il a été 40 ans à Radio-Canada, mais bien parce qu'il veut mettre en ondes des gens qui n'ont jamais pris la parole publiquement. Notre mission reste la même à la base: susciter la réflexion, l'action, la parole et l'engagement.»

Hochelaga-Maisonneuve, le quartier des origines et de résidence depuis 1980, demeure prioritaire. Trois employés y travaillent toujours, notamment pour le projet Perspective Radio d'utilisation de ce média comme outil pédagogique à l'école Eulalie-Durocher, dans l'Est. Un journaliste, le seul payé de la station, couvre le quartier à temps plein. «De plus en plus, notre priorité, c'est l'info locale, dit le directeur. La communauté change et la radio communautaire doit s'adapter. En tout cas, on ne peut pas juste être au service de ceux qui font de la radio.»

D'où, par exemple, l'excellente idée du bulletin des déplacements alternatifs insérés dans les émissions de soir et du matin. Les chroniqueurs se concentrent sur le transport en commun, à pied ou à vélo, au lieu de se plaindre constamment des bouchons sur les ponts.

«Le défi des prochaines années, c'est aussi la cohérence, dit Éric Lefebvre. Nous avons 74 équipes de production en ondes, pour ainsi dire 74 médias de niche. Comment on fait pour trouver de la cohérence entre une émission sur le metal et une autre sur l'opéra? Il faut peut-être travailler le type d'animation ou l'enrobage.»

La station aura sa ritournelle distinctive d'ici février. CIBL vient d'embaucher le vétéran Jean-Richard Lefebvre, un ancien de Galaxie et de Bande à part, pour redéfinir le son musical ou en tout cas lui fournir des balises claires. L'an dernier, des pros des autres médias ont offert pro bono plus de 70 leçons de maîtres aux bénévoles, des cours en lecture de nouvelles, en entrevue ou en pose de voix.

Et quoi encore? Le projet Défi Montréal permet l'intégration de trois douzaines de stagiaires néo-québécois dans les émissions comme chroniqueurs ou recherchistes notamment. Marie-Êve Pineault dirige ce volet en plus de réaliser Le 4 à 6.

«CIBL, c'est un espace de liberté et de proximité, dit-elle, assise dans le petit lounge de la chaîne, un autre bel ajout architectural. Le déménagement nous permet d'affirmer ces valeurs fondamentales en nous rapprochant encore plus de la communauté montréalaise.»