Gomery veut une loi pour forcer l'adhésion au Conseil de presse

Le président du Conseil de presse, John Gomery, demande au gouvernement du Québec d'adopter une loi pour contraindre les médias à adhérer à ce tribunal d'honneur de la profession.

Après la Fédération professionnelle des journalistes du Québec vendredi, c'était au tour hier du Conseil de presse de comparaître à Montréal devant la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, à l'occasion de la consultation qu'elle mène sur l'avenir de l'information au Québec.

Le Conseil de presse reçoit les plaintes du public. Il s'agit d'un système d'autorégulation, mais auquel l'adhésion est volontaire. Actuellement, plusieurs médias sont membres du Conseil de presse, mais Quebecor s'en est retiré à l'été 2010. «Les médias d'information jouent un rôle tellement important en démocratie; ils doivent jouir de libertés fondamentales et importantes, mais doivent aussi être imputables», a plaidé le secrétaire général du Conseil de presse, Guy Amyot, pour justifier la demande de son organisme d'adopter une loi pour obliger les médias à en être membres. «Un groupe important, Quebecor, s'est retiré des Conseils de presse un peu partout au Canada et refuse l'autorégulation des médias, alors il y a un problème. Un Conseil de presse qui ne supervise pas 40 % de l'information qui rentre dans la tête des Québécois, ça cause un problème. Et c'est la crédibilité du mécanisme d'autorégulation qui est en cause», a-t-il déploré.

L'ex-juge Gomery a toutefois prévenu la ministre St-Pierre qu'il y aurait probablement une contestation devant les tribunaux si elle devait suivre cette recommandation. Mais, selon lui, le gouvernement du Québec a pleine compétence pour le faire. «Si un membre du public se trouve affecté négativement par un article publié dans un journal qui n'est pas membre du Conseil de presse, il peut se plaindre, et nous entendrons la plainte. Mais est-ce que le niveau de satisfaction du membre du public affecté ne serait pas amélioré s'il savait que, si sa plainte est retenue, le journal en question sera obligé de publier [la décision] et sera obligé de reconnaître que le Conseil de presse est le forum approprié pour recevoir et entendre sa plainte? C'est rassurant pour le public, il n'y a pas d'autre façon, sauf une poursuite pour diffamation devant les tribunaux, qui coûte une fortune et qui est hors des possibilités pour la grande majorité des citoyens», a justifié l'ex-juge Gomery.

La question du statut de journaliste professionnel, qui avait était au coeur des échanges vendredi, a été ramenée sur la table par le président et éditeur de La Presse et président de Gesca, Guy Crevier. «On fait fausse route en voulant faire intervenir l'État par le biais d'une loi pour légiférer sur le statut de journaliste professionnel. De façon traditionnelle, les médias sont un chien de garde dans la société. Il paraît essentiel que, dans une saine démocratie, il y ait une séparation très nette entre l'État et les médias. Il y a un risque d'ouvrir une porte», a prévenu M. Crevier.

La tournée de consultation de la ministre St-Pierre se déroulera jusqu'au 16 décembre.