Michel Roy 1929-2011 - Mort d'un spectateur intègre

Michel Roy<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Michel Roy

Il a été ambassadeur, professeur, président du Conseil de presse, mais Michel Roy aura d'abord et avant tout été un bon, un très bon, un excellent journaliste. Il exerça ce métier pendant des décennies, soit comme reporter ou éditorialiste, soit aux commandes des troupes, rédacteur en chef ou directeur de journal.

La large part de sa riche carrière se déroula ici même au Devoir, un quotidien où il était entré sous le régime de Duplessis et qu'il quitta à regret après le premier référendum sur la souveraineté.

L'Encyclopédie canadienne dit qu'il est «sans doute l'un des journalistes francophones les plus connus et respectés du Québec». Seulement voilà, Michel Roy n'est plus. Il est décédé hier des suites d'une maladie dégénérative, à la veille de ses 82 ans.

Natif d'Ottawa (1929), fils d'un militaire de carrière qui avait fait la Première Guerre mondiale, diplômé des collèges Stanislas et Jean-de-Brébeuf de Montréal, il poursuit sa formation en philosophie à l'Université de Montréal. Son mémoire de maîtrise (1952) porte sur «La notion d'absurde chez Albert Camus», lui-même philosophe et journaliste.

Le jeune homme a les idées nettes, le respect des faits et déjà la plume alerte, toutes qualités qui lui resteront sa carrière durant. Il collabore épisodiquement au journal étudiant Le Quartier latin puis assume sa vocation précoce, d'abord comme reporter au quotidien Le Canada (disparu en 1953), puis au service de nouvelles de CKAC et à La Presse canadienne.

Il peaufine son apprentissage du métier au Service international de Radio-Canada auprès d'un certain René Lévesque, qui lui enseigne «l'art de la communication et de l'interview», comme le résument des «notes biographiques» conservées aux archives du Devoir. Aujourd'hui, son fils Patrice Roy anime le journal télévisé de Radio-Canada diffusé à 18h dans la région montréalaise, perpétuant à son tour «l'art de la communication et de l'interview». Avec Monique Bernier-Roy, Michel Roy a eu deux autres enfants, Mathieu et Isabelle.

C'est donc au Devoir qu'il va connaître ses meilleures années dans le métier. Il commence à y travailler en 1957. Gérard Filion dirige le quotidien depuis une dizaine d'années et André Laurendeau en est le rédacteur en chef depuis peu.

«Quand mon père écoutait Laurendeau à la radio combattre la conscription [pendant la Deuxième Guerre], il grognait, raconte-t-il au Devoir en 1990 alors qu'il reçoit le prix Olivar-Asselin, décerné à un journaliste de prestige. Pourtant, c'est précisément André Laurendeau qui m'a influencé par sa vision des choses, dans ma connaissance du nationalisme. André Laurendeau est devenu pour moi une présence très forte.»

Le journal indépendant relaie et anime la lutte contre le duplessisme, qui culmine avec le dévoilement d'un scandale financier impliquant des membres du gouvernement de l'Union nationale. Michel Roy est dans la salle le jour où le quotidien publie sa manchette sulfureuse sur huit colonnes, en lettres rouges.

Il gravit ensuite un à un les échelons de la direction en devenant adjoint au directeur de l'information, puis directeur de l'information et rédacteur en chef, un poste que lui confie le grand patron Claude Ryan en 1975.

À la mort de son mentor, en 2004, il fait paraître dans nos pages un texte où il le décrit comme «un géant du métier, un éditorialiste qui s'imposait par le fond et la forme, par la cohérence de son propos et un remarquable pouvoir d'analyse politique». Quand Claude Ryan quitte Le Devoir pour la politique active, en 1978, Michel Roy assure un intérim qui durera près de trois ans, de 1978 à 1981, en pleine période référendaire.

Il est alors le seul éditorialiste du quotidien réputé nationaliste à recommander de voter «non» au référendum sur la souveraineté-association. Trois autres textes favorables à l'option souverainiste sont publiés en même temps.

Ce fut un intérim difficile qu'il dut assumer sans l'appui du conseil d'administration qui, dans son interminable recherche d'un successeur à Ryan, ignora la personne qui était pourtant tout naturellement destinée à ce poste.

Il quitte alors le média le média où il bosse depuis plus de vingt ans quand le conseil d'administration lui préfère un autre directeur. «Il m'apparaissait difficile de retirer mon tablier pour me mettre au service d'un nouveau chef», expliquera-t-il dix ans plus tard.

Dans son dernier éditorial, il écrit: «Il est une chose que je n'ai pas apprise, que ni Filion, ni Laurendeau, ni Ryan ne m'ont enseignée: comment quitter ce journal, s'arracher à une partie de sa vie!» Le journaliste Jean-Claude Leclerc se souvient de son ancien patron comme d'un homme qui arrivait à calmer toutes les tensions. «C'était le prince de la rédaction. Il avait une qualité professionnelle remarquable. S'il y avait des tensions entre le pupitre et les journalistes, il savait les calmer.»

Michel Roy passe ensuite à La Presse (1982-1988), où il devient éditorialiste en chef, éditeur adjoint et rédacteur en chef. Il démissionne sur des questions de principe concernant l'autonomie de la salle de rédaction.

Il devient ensuite conseiller spécial du premier ministre Bryan Mulroney. Il s'active particulièrement pendant les rondes de négociations autour de l'entente de Charlottetown. Pour le remercier, le gouvernement le nomme ambassadeur en Tunisie (1993 à 1996).

Sitôt rentré à Montréal, en même temps qu'il enseigne le journalisme à l'université, Michel Roy accepte de diriger le Conseil de presse du Québec. Il reçoit plusieurs distinctions prestigieuses, dont l'Ordre du Canada, durant sa longue carrière de journaliste, de professeur et de diplomate.

Patrice Roy a qualifié hier soir son père de «très grand journaliste», d'«homme de droit, humble et intègre» et d'«immense papa», sur le site de microblogage Twitter.

Michel Roy souffrait depuis plusieurs années d'une maladie dégénérative. Le détail des funérailles sera communiqué ultérieurement.
10 commentaires
  • flies - Inscrit 9 septembre 2011 05 h 02

    j ai de la peine

    en 1986 , moi pascaltalbot j etait etudiant a l universite concordia

    en communicaion studies a le professeur dont jai oublier le nom avait


    invvité plusieurs journalistes dont joan fraser de la gazette et alain dubuc de la presse en cour de session , j ai appris beaucoup d eux


    cet soif de lire et de lire entre les lignes tout les journaux sous la main


    avant mes etudes et apres.



    michel roy une grande perte



    j ai de la peine




    pascal talbot

  • Yvon Bureau - Abonné 9 septembre 2011 07 h 49

    Mon idole

    J'ai fait un certificat en journalisme, déjà. Vous étiez mon idole.

    Admiration et gratitude à vous.

    Sympathies à vos proches.

    Le Devoir a raison d'être en deuil.

  • Gaetan Turcot - Inscrit 9 septembre 2011 08 h 37

    «Il démissionne sur des questions de principe concernant l'autonomie de la salle de rédaction.

    euh... est-ce à dire que ce sont les Desmarais qui, à l'époque, dictaient les grandes lignes à la rédaction?

  • Andre Vallee - Abonné 9 septembre 2011 08 h 37

    Un vrai professionnel

    Il méritait plus de considération. Il méritait amplement de succéder à Claude Ryan au Devoir. Quant à son séjour à la Presse, il se termina par un refus d'obéissance. Aujourd'hui, à la Presse comme au Soleil, on obéit servilement.
    Loyal à sa conscience avant d'être loyal au CA, Un grand homme.

  • Pierre Samuel - Inscrit 9 septembre 2011 08 h 39

    De la race des pionniers...

    Les éloges de Patrice Roy envers son père sont partagés par beaucoup de gens qui l'ont connu, lu ou entendu un peu partout dans les médias.

    En effet, M. Michel Roy, fut de la trempe des René Lévesque, Jean-V. Dufresne, Louis Martin, eux-mêmes, dans la lignée de non moins illustres prédécesseurs tels Louis Francoeur, Jean-Charles Harvey, Jean-Louis Gagnon...