Une consultation sur le rapport Payette

Selon les informations obtenues par Le Devoir, avant de s'engager dans des réformes, si jamais il y arrive, le gouvernement veut s'assurer d'un vaste consensus autour de certaines propositions centrales du rapport déposé en janvier. Le document intitulé L'information au Québec: un intérêt public a été dirigé par la professeure de journalisme Dominique Payette de l'Université Laval.

La convocation à la conférence de presse, à la Grande Bibliothèque, annonce d'ail-leurs le dévoilement de mesures «à court terme», sans plus. Les réformes fondamentales attendront.

Le groupe de travail de Dominique Payette a déposé son rapport après un an de travail. Le document présente 31 propositions de restructuration pour soutenir le journalisme, les médias et l'information dans le contexte de la crise engendrée par un ensemble de facteurs, dont la révolution numérique et la concentration de la presse, encore plus prononcée au Québec qu'ailleurs en Amérique du Nord.

Pas de consensus sur les propositions

La réforme envisagée par l'équipe universitaire oscille autour de la mise en place d'un titre de journaliste professionnel comme il en existe dans plusieurs pays européens. Le modèle belge semble avoir les faveurs. Tout en balisant le travail journalistique par un code éthique, ce nouveau titre permettrait de distribuer des avantages aux médias qui embauchent des professionnels accrédités.

Le groupe-conseil veut par exemple que l'accès aux publicités gouvernementales soit réservé aux médias qui emploient des titulaires d'une carte de presse dont la distribution serait fermement régie. Les entreprises seraient aussi tenues de participer aux travaux du Conseil de presse, le tribunal d'honneur de la profession rendu moribond par les médias de Quebecor, de loin le plus gros joueur du secteur.

Ces idées sont loin de susciter l'unanimité. Des patrons de presse rechignent à la perspective de voir l'État s'immiscer dans leur libre marché, par exemple pour les forcer à signer des ententes collectives avec les pigistes. L'identité de l'éventuel organisme gardien de la carte pose aussi problème. S'agirait-il du Conseil de presse, de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) ou d'une autre instance? Des représentants de la FPJQ et du Conseil seront sur place ce matin, à la conférence de presse.

D'autres mesures suggérées par le rapport Payette soulèvent des problèmes encore plus fondamentaux. Faut-il distinguer les journalistes dits professionnels des autres fournisseurs de contenus, blogueurs et autres? Qui peut empêcher quoi que ce soit à n'importe qui?

La semaine dernière, Beryl Wajsman, vice-président de l'Association canadienne des journalistes, a décrit le rapport comme «le plus grand affront à la liberté d'expression depuis les lois linguistiques [qui, en ce sens,] mérite un rejet retentissant». Il voit dans certaines recommandations une puissante menace de censure. Il s'insurge aussi de cette volonté apparente de séparer les «vrais» journalistes accrédités des autres alors que la liberté de parole ne devrait souffrir aucune exception.

Bref, le consensus n'existe pas autour des propositions. D'où, vraisemblablement, l'idée de poursuivre la consultation qui serait annoncée ce matin.