ledevoir.com piraté - Ne rien banaliser

L'histoire a été largement répercutée hier, et la direction du Devoir a pu profiter d'une foule de tribunes pour faire le point, mais le piratage informatique dont notre site Internet a été victime appelle encore quelques mots à l'endroit de nos lecteurs. 

Le premier ministre Jean Charest, dont notre site a annoncé le décès dans la nuit de lundi à hier, a su dédramatiser une histoire qui, à l'ère des réseaux sociaux et de l'information continue, avait réussi à se développer en un rien de temps. Nous le remercions d'ailleurs de sa compréhension en ce qui concerne cette affaire, qui a entraîné son lot de remous nocturnes pour son cabinet comme pour la rédaction du Devoir. Inutile de dire que nous regrettons les inconvénients causés au premier ministre, à sa famille et à son entourage politique. Nous nous en excusons.

Mais dédramatiser ne signifie pas banaliser. Nous prenons très au sérieux cette intrusion dans notre site Internet et avons convenu rapidement qu'outre nos recherches internes pour en connaître l'origine, il fallait que l'affaire relève d'une enquête policière. Nous avons contacté à cet effet le Service de police de la Ville de Montréal, qui s'est aussitôt mis à pied d'oeuvre.

Nous avons également immédiatement resserré certaines mesures de protection de notre site et travaillons à revoir les balises de sécurité de l'ensemble de celui-ci. Il nous importe toutefois de rassurer tant nos abonnés que nos annonceurs: jamais les données personnelles ou financières qu'ils nous ont fournies n'ont été touchées par le piratage que nous avons subi. La gestion de la partie rédaction de notre site Internet se fait à partir d'un système distinct de celui touchant la facturation.

Il nous importe aussi de préciser que nous nous refusons à participer à l'élaboration de scénarios comme nous en avons vu, ou entendu, circuler depuis hier matin. Une enquête est en cours, elle exige plusieurs vérifications; attendons les résultats. Et s'il y a eu des défaillances dans le système de protection de notre site, il faut souligner que ce système était néanmoins protégé: il est faux de laisser entendre que les journalistes du Devoir y ont accès sans contrôle et qu'ils sont en mesure d'y entrer leurs articles à leur guise. Ce n'est pas ainsi qu'un média sérieux travaille, et Le Devoir est un média sérieux.

Mais comme d'autres grands médias — ne mentionnons que le New York Times ou Fox News —, Le Devoir peut être victime de ce nouveau type d'attaques que sont les intrusions informatiques illégales. La crédibilité du média est ici prise au piège et sert les intérêts des malfaiteurs. Ce type de délit se doit d'être dénoncé aussi sérieusement qu'un vol, car vol il y a.

Cet événement, qui serait une première pour un média au Québec, nous rappelle enfin ce qui doit, encore et toujours, être le b.a.-ba de notre métier: vérifier, vérifier, vérifier, même si l'information continue, sur toutes les plateformes, incite à suivre le mouvement d'une nouvelle qui se répand. Durant la nuit de lundi à hier, bien des journalistes ont cherché d'abord à valider la nouvelle; d'autres en ont fait état en ondes, mais en mettant des gants blancs. C'était tout à leur honneur en plein coeur de la nuit. Mais nous sommes tous, dans cette profession, susceptibles d'accorder automatiquement foi à une nouvelle surprenante quand elle émane d'un grand média. Il ne faut pourtant pas relâcher notre vigilance.

Les réseaux sociaux ont certes alimenté la tempête. Mais en faisant rapidement circuler notre démenti, ils nous ont aussi permis de la gérer, contre-balançant le fait que notre site est resté bloqué jusque vers 4h30 du matin (moment où nous avons pu y mettre notre démenti), puis à différents moments de la journée d'hier.

Il y a donc un aspect positif à retenir de cette folle nuit, et de la journée mouvementée qui l'a suivie. Mais c'est bien le seul! Et nous ferons tout pour ne pas revivre de tels moments.

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Josée Boileau - Rédactrice en chef
9 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 août 2011 03 h 16

    Pour ma part...

    Pour ma part, cette malheureuse histoire n'entachera en rien la confiance que je porte dans mon journal, ses journalistes, enquêteurs de faits et chroniqueurs, depuis plus de trente cinq ans...

  • P. Boutet - Inscrit 17 août 2011 06 h 28

    L'argumentaire

    Il est toujours plus facile d'utiliser le pouvoir plutôt que l'argumentaire.

    Le journal Le Devoir nous a toujours servi un argumentaire crédible et ce n'est certainement pas un malheureux pirate qui changera notre confiance envers ce média... appartenant à ses lecteurs et indépendant, faut-il le rappeler?

  • Gaston Bourdages - Abonné 17 août 2011 08 h 22

    De nouveaux visages à la criminalité...?

    ...ou ces nouveaux visages de comportements dits criminels? Vraiment de très mauvais goûts cette intrusion dans votre système. Je suis à me demander POURQUOI un ou des individus posent de tels gestes ? Et COMMENT, dans leur(s) vie(s), en sont-ils venus à se comporter de la sorte?
    Il est vrai que nous vivons une époque où l'exploit a revêtu des habits dont nous nous passerions des couleurs et formes.
    Votre....«notre» mésaventure, une autre «douloureuse» preuve que l'être humain est aussi capable de failles...dont celle de voir «son» système informatique piraté. Dommages pour vous.
    Avec mon humble sympathie.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com
    P.S. J'ai omis de mentionner l'aspect de comportements totalement irresponsables de la part de(s) l'auteur(s)

  • Frédéric Jeanbart - Abonné 17 août 2011 08 h 48

    Cesser d'attirer le renard...

    Les hackers sont des « stars ». Du moins c'est ainsi qu'ils se voient et se considèrent entre eux. Mais d'où provient cette « fierté » d'avoir pu briser les mesures de sécurité ou d'entrer par effraction (car c'est de cela dont il s'agit, une entrés par effraction), vol de biens ne leur appartenant pas (de données), vandalisme (ce qui est le cas de Le Devoir)?

    Le gros problème, c'est que les entreprises n'ont aucun scrupule à engager ceux qui "réussissent" dans ces crimes énoncés plus haut! Microsoft est un exemple, avec ce jeune de hacker de 14 ans de GB qu'ils récompensent pour leur propre incurie en l'engageant (Pas parce que ce dernier a montré quelque connaissance ou intelligence supérieure à la norme adulte, mais parce que ce dernier à simplement hacké des serveurs Microsoft, quand on sait que l'OS de Microsoft est le plus perméable des OS... Belle éducation, quelle société! hum...).

    Pourquoi? BEAUCOUP d'informaticiens peuvent offrir la même qualité de travail (sinon mieux en ne laissant pas de portes ouvertes pour eux, contrairement aux hackers à l'esprit tordu - à moins d'être admin principal ce qui est normal). La seule différence c'est que beaucoup de ces informaticiens compétents mais qu'on laisse de côté aux profits des bandits, n'ont pas été éduqués de la sorte, ils ne vont pas verser dans le CRIME pour se mettre de l'avant, ils ne dépensent pas leurs énergies à cela... Mais cela ne veut pas dire que "donc" ils ne peuvent pas faire le travail adéquatement! Or on engage tout de même les bandits. Comme quoi l'ignorance fait prendre des décisions bizarres aux administrateurs et RH...

  • Claude Kamps - Inscrit 17 août 2011 09 h 16

    Faite tout mais...

    tant qu'une nouvelle, surtout de cette importance n'est pas confirmée par d'autre réseaux il me semble que les lecteurs doivent se méfier, pas de vous, mais du net.

    Même le réseau le plus sophistiqué et défendu par moultes portes, peu avoir une faille que des systèmes de piratage du monde entier essayent de trouver...

    Faite votre devoir, mais pas au détriment de la bonne collaboration avec les lecteurs ou du haut niveau de votre information... Toute sécurité a un coût et souvent la plus simple est aussi bonne que la plus chère...