Scandale des écoutes téléphoniques - Le chef de Scotland Yard tombe

Le chef du Yard, Sir Paul Stephenson, est emporté par le scandale des écoutes. Récemment honoré par la reine Élisabeth II pour sa brillante carrière, il quitte son poste pour assurer la crédibilité de Scotland Yard, a-t-il déclaré à la télévision britannique. 
Photo: Agence Reuters Stephen Hird Le chef du Yard, Sir Paul Stephenson, est emporté par le scandale des écoutes. Récemment honoré par la reine Élisabeth II pour sa brillante carrière, il quitte son poste pour assurer la crédibilité de Scotland Yard, a-t-il déclaré à la télévision britannique. 

Deux nouveaux chapitres se sont ajoutés hier au scandale des écoutes téléphoniques du défunt journal britannique News of the World: le chef de la police de Londres a quitté ses fonctions, tandis que l'ex-éditrice au sein de l'empire médiatique News Corp, Rebekah Brooks, a été arrêtée puis relâchée sous caution, moins de deux jours après sa démission.

Le commissaire Paul Stephenson, récemment honoré par la reine Élisabeth II pour sa brillante carrière, quitte son poste pour assurer la crédibilité de Scotland Yard, a-t-il déclaré à la télévision britannique.

«J'ai pris cette décision en raison des supputations et des accusations sur les liens entre la Metropolitan Police et News International», la division britannique de News Corp, et «en particulier avec Neil Wallis», ancien rédacteur en chef adjoint de News of the World, journal où a eu lieu l'écoute de milliers de conversations téléphoniques de personnalités publiques, de familles de militaires, en plus des messages du portable d'une fillette disparue, effacés par la rédaction.

Neil Wallis est cet homme arrêté jeudi dernier parce que soupçonné «d'avoir conspiré en vue d'intercepter des communications», soit lors de son passage au journal entre 2003 et 2007. La police de Londres l'a embauché, après son mandat au journal, comme consultant en relations publiques pendant un an, jusqu'en septembre 2010.

Cette information, révélée la semaine dernière, a écorché la crédibilité de la police londonienne. Il faut rappeler que Scotland Yard avait fermé l'enquête en 2009, au moment même où Neil Wallis était conseiller, même si le quotidien The Guardian avait révélé plusieurs nouveaux cas de piratage de téléphone au tabloïd.

Le gouvernement britannique a d'ailleurs accusé Sir Paul Stephenson d'avoir «bâclé» le début de l'enquête.

Selon les médias britanniques, le chef de police a aussi passé cinq semaines en convalescence dans un hôtel de luxe où Neil Wallis est consultant et a rencontré à 18 reprises des dirigeants du groupe médiatique News Corp au cours des quatre dernières années.

Le journal News of the World aurait également versé de l'argent à des policiers pour obtenir des informations croustillantes.

Toujours en direct à la télévision hier, le commissaire Stephenson a toutefois assuré que son intégrité est «totale». «Je dormirai sur mes deux oreilles», a-t-il assuré. Patron de la police depuis 2008, il était connu pour son expérience en matière de lutte contre le terrorisme et la corruption.

Rebekah Brooks, ex-éditrice de News International, a quant à elle été convoquée au poste de police hier, où elle a finalement été arrêtée, puis relâchée sous caution vers minuit. La protégée du grand patron de News Corp, Rupert Murdoch, est soupçonnée «de participation à l'interception de communications» et de «corruption», ce qu'elle a toujours nié. Rebekah Brooks, qui était rédactrice en chef du News of the World lorsqu'une partie des écoutes téléphoniques ont été réalisées, devra comparaître à la fin d'octobre, selon le communiqué de Scotland Yard.

La vedette du monde des médias britanniques est la dixième personne arrêtée dans cette affaire, mais la première qui fréquente personnellement le baron de la presse qu'est Rupert Murdoch.

Le porte-parole de Rebekah Brooks, David Wilson, a indiqué hier qu'elle ignorait qu'elle serait arrêtée lorsqu'elle a quitté ses fonctions vendredi matin, de même que lorsqu'elle s'est présentée au commissariat. «C'était toute une surprise. Au cours des prochaines semaines, elle va continuer à défendre son innocence. Elle a l'intention de laver son honneur.»

Mme Brooks devait se présenter demain en commission parlementaire, aux côtés de Rupert Murdoch et de son fils, James, pour répondre aux questions des députés. On ignore si elle sera présente.

Rebekah Brooks est aussi une proche du premier ministre David Cameron; elle a passé le dernier Noël avec lui. Les médias britanniques estiment d'ailleurs que Cameron est dans le pétrin plus que jamais. Le premier ministre a décidé d'écourter à deux jours son voyage en Afrique débutant aujourd'hui, pour rentrer au pays au plus tôt, annulant ses visites au Rwanda et au Soudan.

M. Cameron, qui a lui aussi été mis dans l'embarras dans cette affaire pour avoir embauché un ancien rédacteur en chef de News of the World comme conseiller en communication, a salué hier la carrière de Sir Paul Stephenson, disant toutefois «comprendre» sa décision. «Ce qui compte le plus maintenant, c'est que la Metropolitan Police et la Metropolitan Police Authority fassent tout ce qu'elles peuvent pour s'assurer que les enquêtes sur les écoutes téléphoniques et la présumée corruption policière se fassent le plus rapidement possible, avec toute la confiance du public.»

Samedi, l'empire médiatique News Corp a publié des excuses dans sept journaux britanniques. «Nous sommes profondément désolés pour les souffrances subies par les personnes concernées, pouvait-on lire. Nous regrettons de ne pas avoir agi plus vite pour réparer les dégâts.» Il s'agit d'une nouvelle stratégie de News Corp, qui jusqu'à présent tentait plutôt de limiter ses interventions sur cette histoire, qui a coûté la vie à un journal fondé en 1843.

D'autres annonces de l'empire de Rupert Murdoch devraient suivre dans les journaux au cours des prochains jours.

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D'après l'AFP, Reuters et Associated Press
7 commentaires
  • Roger Lapointe - Abonné 18 juillet 2011 04 h 53

    Le plus grand coupable de toute cette fraude toujours en liberté.

    Murdoch qui rêve d'imposer sa vision mafieuse au monde entier va comme d'habitude s'en tirer avec une pirouette.Cet individu dénué de toute forme de scrupule figure de proue de la droite internationale dans le style des Républicains du Tea Party qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins.Ce genre d'individus dont les ambitions n'ont pas de limites manipulent des subalternes qui paient à leur place pour les crimes commis contre les citoyens et leurs institutions.

  • Jacques Morissette - Abonné 18 juillet 2011 07 h 44

    Petite histoire croustillante de la rouquine, du chef et du requin.

    Dans certains pays, en rapport avec l'attitude du chef du Yard, on dirait que les choses se passent plus noblement. Je n'en dirais pas autant de Rupert Murdoch. Je n'entre pas dans les détails de cette affaire, mais pas sûr que la rouquine a les mains propres dans tout ça. Au Canada et/ou au États-Unis, me semble que j'ai vu Ropert Murdoch quelque part dans les diagrammes des médias.

  • Sanzalure - Inscrit 18 juillet 2011 08 h 43

    C'est quoi le rapport

    En principe, le chef assume la responsabilité pour ses subalternes. En démissionnant, on dirait plutôt qu'il tente d'échapper à ses responsabilités.

    Serge Grenier

  • youpi - Inscrit 18 juillet 2011 08 h 53

    Et Murd

    Je suis entièrement d accord avec Roger Lapointe. Qui va inquiéter celui qui a été le propulseur des carrières politiques de bon nombre de politiciens de plusieurs pays même. Au fait, lui personne ne va l'inquiéter parce que ce personnage s'invite même dans les alcôves des politiciens, il n'avait pas besoins de mouchards pour savoir ce qui se décodait sur l'avenir du monde. C'est lui même qui fait et défait les gouvernements, alors il tient bien gardés des secrets qui lui assurent l'immunité...

  • André Michaud - Inscrit 18 juillet 2011 09 h 11

    News of The World et Wikileaks

    News of the World, comme Wikileaks sont des organisme affecté par le syndrome "big brother" , on se permet d'espionner au nom de la liberté de presse et de la transparence...