L'anti-Cool!

Un nouveau magazine québécois réalisé par et pour les adolescents de 12 à 17 ans est en gestation. La publication sur le bon vieux support papier, d'une cinquantaine de pages, paraîtra quatre fois l'an. Le premier numéro devrait arriver en kiosque en février 2012, selon les informations obtenues par Le Devoir.

«Ce sont vraiment les jeunes qui vont décider du contenu et qui vont le réaliser en déterminant les sujets, en conduisant les entrevues et en écrivant les textes», explique Geneviève Morand, directrice générale de l'organisme Étincelles Médias, qu'elle a fondé en 2009 pour «développer l'intelligence médiatique des jeunes», comme elle le précise. «Nous voulons lancer des médias par et pour les jeunes et en même temps, à travers ce processus, développer leur esprit critique sur les productions médiatiques», poursuit-elle.

Wow! Présenté ainsi, on dirait l'anti-Cool!, cette publication se concentrant plutôt sur les vedettes favorites, les tendances vestimentaires et les dossiers psycho-pop. «Sans nommer aucun magazine, j'espère que ce sera un modèle différent et je l'espère rafraîchissant dans le monde de l'édition», dit Mme Morand, bonne joueuse.

Le nouveau magazine «alternatif et citoyen», qui n'a pas encore de nom officiel, se voudra aussi «très professionnel». Mme Morand a déjà participé à la réalisation de la publication communautaire Authentik (2007-2010), faite par et pour les adolescentes. Elles sont réputées bonnes lectrices, contrairement aux adolescents qui sont donc maintenant ajoutés aux publics cibles. «Les gars nous ont dit qu'ils s'intéresseraient aux magazines si les textes ne sont ni longs, ni "plates"...», résume la directrice générale, elle-même âgée de 27 ans.

Authentik est paru quatre fois en explorant les thématiques de l'hypersexualisation, des agressions sexuelles, de l'amitié et de la consommation. On peut consulter ses versions dématérialisées sur le site magauthentilk.com.

Mme Morand précise que le choix du papier, en apparence incongru quand on s'adresse à un public collé aux écrans, découle d'un souhait exprimé par les ados consultés. «Les jeunes interrogés nous ont dit que le Web est intéressant pour les ajouts vidéo par exemple, mais que le papier marche encore très bien pour eux. Nous avons donc carrément abandonné notre première idée de publier un webzine.»

De toute façon, le magazine aura évidemment son site Web, ne serait-ce que pour stimuler le réseautage des fans. Étincelles Médias offrira aussi, en complément, des ateliers d'initiation critique aux médias et de créations médiatiques.

La jeune entrepreneure ne trouve pas si aventureux de lancer une publication alors que des empires de presse vacillent et perdent pied. Elle mise sur la niche et la qualité pour assurer la survie de son futur bébé. «On se dit qu'il y a un marché pour du contenu intelligent. Les jeunes, mais aussi les parents et les enseignants vont y trouver de la matière intéressante. En plus, un magazine généraliste qui s'adresse aux gars et aux filles, il n'en existe pas. On va vraiment créer quelque chose d'unique.» Elle cite alors en exemple le magazine américain Teen Voices, publié depuis 1989 par et pour les adolescentes.

Deux employées travaillent avec la directrice générale, une rédactrice en chef (Sarah Lalonde, transfuge du studio ambulant Wapikoni mobile), une gestionnaire de projet (Marie-Êve Girard, en poste à Québec). Authentik recevait l'appui de la Maison des jeunes de Bordeaux-Cartierville. Étincelles Médias, une entreprise d'économie sociale, est en partie appuyée par la Fondation Filles d'actions, qui soutient près de 300 projets au Canada. Le reste des fonds provient des programmes gouvernementaux d'aide au démarrage d'entreprises.

Le financement du magazine se fera par la vente et les abonnements, mais aussi par la publicité. Le magazine se cherche d'ailleurs un coordonnateur des ventes. «Nous sommes en train de rédiger nos chartes éthiques, explique finalement la directrice générale. Ça représente un grand défi que d'éduquer les jeunes en les sensibilisant aux enjeux sociaux en leur montrant comment démasquer les stratégies des médias et en même temps de publier des publicités. Nous sommes allergiques aux publireportages. Il faudra être prudent et ce sera un bon défi.»