Le Julian Assange québécois se dévoile

Un ancien militant frustré du Parti québécois a révélé hier être le porte-parole de Québec-Leaks, un site québécois qui vise la diffusion de documents compromettants s'inspirant du modèle WikiLeaks.

Luc Lefebvre est un spécialiste en stratégies Internet de 28 ans qui avait claqué la porte de la formation politique au début de 2010, après une mésentente avec ses dirigeants. Il avait exprimé publiquement son opposition à Pauline Marois sur un réseau social.

«Dans le passé, j'ai été impliqué au niveau du Parti québécois, ça s'est terminé suite à un problème de transparence de la part du parti», a-t-il exposé.

Pas de parti pris

M. Lefebvre a soutenu que cette affiliation n'aurait pas d'influence sur le travail de QuébecLeaks, précisant que tout le paysage politique québécois y était représenté. «Les gens peuvent faire la part des choses, a-t-il dit. Je ne suis pas là pour me représenter du tout. Je suis là pour représenter QuébecLeaks, qui est une organisation qui n'a pas de parti pris.» Il a aussi affirmé qu'en tant que porte-parole, il ne participera pas au choix des documents diffusés par QuébecLeaks.

Un porte-parole du PQ, Manuel Dionne, a plaidé que son parti n'entretenait aucun lien avec l'organisation, avant de minimiser l'importance de l'implication de M. Lefebvre au sein de la formation politique souverainiste.

Son homologue libéral, Michel Rochette, a plutôt qualifié l'initiative de «partisane et militante». Selon lui, l'affiliation politique du Julian Assange québécois nuit à la crédibilité du site.

Luc Lefebvre a siégé à l'exécutif local du PQ dans la circonscription de Saint-Henri-Sainte-Anne, à Montréal. Il n'y aurait siégé que pendant quelques semaines, le temps d'une seule réunion, selon le président actuel de l'association, François Lemay.

Aucun document

Aucun document d'intérêt et exclusif n'a été reçu par l'organisation jusqu'à maintenant, a indiqué Luc Lefebvre, malgré la mise en ligne du système de soumission électronique des documents depuis environ deux semaines.

M. Lefebvre a reconnu que c'est l'ambiance actuelle de suspicion et de doutes autour des liens entre l'industrie de la construction et le monde politique qui avait mené à la création de Québec-Leaks. «On a un gros manque de transparence au Québec. Un gros manque d'éthique également, a-t-il critiqué. On constate que la plupart des institutions au Québec sont sclérosées depuis une trentaine d'années.»

Luc Lefebvre, qui travaille présentement au service de marketing de l'entreprise Couche-Tard, a affirmé qu'il s'attendait à faire l'objet de contrecoups, à travers des poursuites judiciaires et d'autres menaces.

Dans un article du quotidien Le Soleil paru mardi, le ministre québécois responsable de l'Accès à l'information et de la Protection des renseignements personnels, Pierre Moreau, a notamment menacé de poursuites civiles et criminelles toute personne qui diffuserait des documents qui dépassent les limites de la législation québécoise. Il a donné comme exemples des données protégées pour des raisons de sécurité ou encore pour ne pas perturber l'économie.

QuébecLeaks est présentement financée par ses créateurs, a-t-il précisé, mais l'organisation voudrait à terme atteindre une certaine autonomie financière à travers les dons du public.

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