Enquête britannique Women in Journalism - Petit portrait de la discrimination ordinaire dans les salles de rédaction

Alors, le niveau monte-t-il ou descend-il pour les femmes dans les médias? Et de toute manière, y a-t-il une façon féminine de traiter l'information?

Au Royaume-Uni, le journalisme est encore et toujours un métier d'hommes. L'enquête Women in Journalism montre que les femmes composent environ 30 % des salles de rédaction des 28 journaux examinés. Pire: les trois quarts des nouveaux postes récents y ont été pourvus par des hommes. La situation ne devrait donc pas s'améliorer à court terme.

Les femmes constituent le tiers des effectifs dans les secteurs névralgiques de la politique et de l'économie. Étonnamment, les hommes dominent aussi dans les sections culturelles, avec 70 % des effectifs au reportage. Sans surprise, les femmes ne comptent que pour 4 % des sections sportives.

Cette enquête de la firme de recherche Echo paraît à l'occasion du 100e anniversaire de la Journée internationale des femmes, célébrée en ce 8 mars. «Le déséquilibre entre les sexes que nous avons découvert est choquant, a commenté Sue Matthias, directrice de la recherche. Il semble que de vieilles habitudes soient encore bien vivantes dans de nombreux endroits.»

Et ici? La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) compte 43 % de membres féminins selon des données datant de décembre dernier. La proportion est à peu près la même au Devoir, avec 40 % des postes du syndicat de la rédaction attribués à des consoeurs.

La professeure Josette Brun, du département d'information et de communication de l'Université Laval, rappelle qu'il faut se méfier des statistiques. Ainsi, l'adhésion à la FPJQ ne garantit pas l'embauche. Il y a aussi des milieux plus accueillants que d'autres pour les femmes, la télévision notamment, où les femmes chefs d'antenne abondent à RDI, et dominent à Radio-Canada et à TVA.

«La compétence de ces femmes cheffes d'antenne est sans conteste», écrit au Devoir la spécialiste des rapports hommes-femmes dans les médias. «Je me permets de souligner, cependant, qu'une femme ne peut se contenter d'être compétente, il faut aussi qu'elle soit très jolie (et idéalement, jeune) pour décrocher de tels postes. Ça peut sembler banal, mais c'est très discriminant, d'autant que la définition de la beauté féminine est très étroite. L'exigence n'est pas encore la même pour les hommes.»

Elle ajoute alors que, selon la chercheuse britannique Liesbet van Zoonen, la visibilité accordée aux femmes dans les médias concorde avec l'avènement d'un nouveau journalisme, surtout exploité par la télévision, axé sur l'image, un style de communication interpersonnel, avec de l'émotion. «Les médias nourrissent du même coup le stéréotype féminin, dit Mme Brun, peut-être plus par le biais de la publicité autopromotionnelle que par la façon que ces femmes ont de diriger et d'animer leur bulletin au quotidien, travail qu'il faudrait analyser dans toutes ses nuances.»

La discrimination semble pire au sommet avec deux fois plus d'hommes que de femmes dans les positions de tête de huit des dix plus grands journaux sondés au Royaume-Uni. Le Guardian (37 %), le Times (39 %) et le Sunday Times (40 %) ont une meilleure représentation des femmes. Au Devoir, la direction de l'information ne compte qu'une seule femme (Josée Boileau, rédactrice en chef) sur huit postes.

De toute manière, y a-t-il même une façon typiquement féminine de traiter l'information? «Cette question de l'accès des femmes aux métiers du journalisme et aux postes de direction est une question de justice socioprofessionnelle, commente alors en général la professeure Brun. Je ne crois pas qu'il y ait une façon essentiellement (dans le sens de biologiquement) féminine de faire du reportage ou de l'animation. Cependant, l'expérience vécue en tant que femme dans une société encore inégalitaire à plusieurs égards peut rendre des femmes journalistes ou occupant des postes de haute direction plus sensibles à certaines réalités. Ce potentiel est très important même s'il ne garantit rien.»