Le grand cri numérique de la liberté

Patinermontreal.ca livre les informations sur l’état des patinoires et des sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut consulter par l’entremise de cette application pour appareil mobile.<br />
Photo: Patinermontreal.ca livre les informations sur l’état des patinoires et des sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut consulter par l’entremise de cette application pour appareil mobile.

L'épidémie de transparence ne semble pas vouloir s'arrêter. Après Wikileaks et Quebecleaks qui cherchent à faire sortir de l'ombre les secrets des administrations publiques, c'est désormais au tour d'Unileaks de faire son apparition afin de stimuler la diffusion d'informations cachées dans les institutions universitaires.

Et cette glasnost 2.0 se répand aussi un peu partout dans la société où les appels à la liberté et à la libre circulation des données publiques, des résultats de recherches scientifiques, des contenus culturels... ne cessent de se multiplier. Pour le mieux de la démocratie et de l'avancement de la connaissance, estiment les défenseurs de ce mouvement.

«Ce n'est pas seulement une mode, c'est une tendance lourde, un mouvement social qui va aller en s'accentuant», lance à l'autre bout du fil, l'informaticien Antoine Beaupré, spécialiste du «libre», comme on appelle le phénomène dans les milieux autorisés, et analyste au Réseau Koumbit, une coopérative informatique de Montréal. «Depuis l'époque des Lumières, l'accès à la connaissance a été au centre du développement humain. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui s'inscrit dans une suite logique alimentée désormais par la technologie.»

Lever le voile

Dans le monde de l'éducation, cette idée de transparence fait son chemin avec l'apparition récente d'Unileaks qui, sur le modèle de Wikileaks, invite désormais les universitaires et les citoyens à lever le voile, numériquement s'entend, sur les «documents censurés ou à diffusion restreinte» en lien avec le milieu universitaire ou avec des agen-ces gouvernementales, elles-mêmes liées avec des universités, indique l'espace en ligne (www.unileaks.org) qui propose lui aussi une «boîte de dépôt» de documents en format numérique. Avec anonymat garanti.

Pour le moment, les institutions britanniques, australiennes et américaines sont invitées à donner vie à ce projet dont l'objectif ne laisse pas de place à l'interprétation: «Exposer au public les cas de corruption et de mauvaise gestion» qui nuisent forcément à un système d'éducation libre et ouvert, écrivent les instigateurs de la chose.

Au-delà des informations administratives, ces hauts lieux de la connaissance s'activent aussi de plus en plus autour de la libre circulation des résultats de recherche, résultats actuellement cantonnés dans des revues scientifiques dont les coûts d'abonnement faramineux en font des outils de communication plutôt confidentiels. «Cette logique d'accès libre est à l'avantage des chercheurs. Quand ils écrivent des articles scientifiques, c'est pour partager cette connaissance avec un grand nombre. Et en y donnant un accès libre, c'est ce qui arrive», dit Stevan Harnad, professeur à l'UQAM et défenseur de ce mouvement de libre circulation du savoir universitaire.

Or, actuellement, à peine 15 % de ces recherches sont diffusées sous cette forme, partout sur la planète, faute de politique obligatoire d'accès libre adoptée par les institutions. À Montréal, l'Université Concordia a pris ce chemin, marchant du coup sur les traces d'Harvard et du MIT où, là, près de 100 % des études scientifiques produites ont été mises en accès libre sur la Toile. «Cela entraîne aussi des économies pour les universités qui ne peuvent pas, pour des raisons financières, s'abonner aux quelque 25 000 revues scientifiques qui existent sur la planète afin de mettre la connaissance produite ailleurs sur la planète à la disposition de leurs professeurs», ajoute M. Harnad.

Consulter librement les données publiques

Transparence et économie. C'est aussi ce que proposent les fondateurs de Montréal Ouvert, un groupe qui invite l'administration Tremblay à adopter rapidement une «politique de données ouvertes» afin de permettre à tous les citoyens, programmeurs, entreprises, chercheurs, de consulter et manipuler librement les données publiques non confidentielles que la Ville génère. Cela peut aller des informations colligées sur l'état de la chaussée, du mobilier urbain, sur l'occupation des locaux publics, l'état des patinoires... alouette.

«Nous n'avons plus le choix», lance Jean-Noé Landry, consultant en développement démocratique pour le National Democratic Institute (NDI) à Washington et cofondateur de Montréal ouvert. «D'autres villes ont déjà pris cette décision» qui vise à mettre l'intelligence collective au service d'une meilleure gestion de l'administration publique et d'un renforcement de l'exercice démocratique. «Ces données, c'est de la matière première qui peut alimenter de nouveaux systèmes de gestion, mais aussi aider à tisser de nouveaux liens entre la Ville et le citoyen», poursuit-il.

Avec Patinermontreal.ca, le groupe cherche d'ailleurs à en faire la démonstration, avec ce que l'administration a bien voulu lui donner: les informations sur l'état des patinoires et sentiers de ski de la ville, que le citoyen peut désormais consulter par l'entremise de cette application pour appareil mobile. «Il est facile d'envisager un système qui permettrait aux citoyens d'informer la ville des choses défectueuses dans son environnement [lampadaires, nids-de-poule...] et qui serait relié au système de gestion de ces problèmes, dit Antoine Beaupré. Cela aurait une incidence sur l'efficacité du service public, mais aussi sur ses coûts.»

Comité d'évaluation

Montréal n'est pas encore arrivé à ce stade, mais vient toutefois de mettre en place un comité visant à évaluer cette possible mise en liberté des données publiques non confidentielles. «Nous attendons les conclusions de ce comité avec impatience, dit Jean-Noé Landry, qui espère qu'une politique de données ouvertes sera rapidement adoptée à Montréal, comme l'ont fait Toronto, Calgary, Vancouver, San Francisco, par exemple, dans les derniers mois. Mais nous sommes conscients aussi que ce projet va rencontrer beaucoup d'obstacles.»

Pour la connaissance, les industries culturelles, la science, la défense de l'intérêt, la construction d'une démocratie 2.0 et la gestion de l'État, le libre serait en effet condamné à prendre de plus en plus d'ampleur, en alimentant les mouvements de réticences prévisibles en période de changement, dit M. Landry. «Les premières bibliothèques avaient pour vocation de rendre le savoir accessible à un plus grand nombre de personnes. Aujourd'hui, le concept n'est pas remis en question, mais quand ces institutions sont apparues, plusieurs voix se sont élevées contre.»
8 commentaires
  • Socrate - Inscrit 7 mars 2011 05 h 43

    Papineau

    10 nids-de-poule sur Papineau.

  • celljack - Inscrit 7 mars 2011 08 h 22

    Prochaines étapes

    C'est une suite logique.

    La démocratie a commencé avec des Athéniens qui se parlaient dans le blanc des yeux.

    Puis, à mesure que les moyens de communications ont évolué, on a vu apparaitre les "babillards publics" avec des notices de lois et règlements, puis les journaux avec les nouvelles de la royauté, la radio a diffusé dès ses débuts les discours des dirigeants, puis la télévision a vite rendu public tous les débats de l'assemblée nationale.

    L'internet nous donne accès à une démocratie plus participative que jamais. Il ne reste plus après qu'à mettre nos élus sous diffusion audio-vidéo live et sans montage de 8h du matin à 5h le soir. Nous voulons savoir ce qui se dit dans les lobbies, au restaurant, quels ententes avec des compagnies privées sont passées dans une partie de golf, quelle amitié vient influencer les décisions politiques...

  • celljack - Inscrit 7 mars 2011 08 h 34

    Oxymore

    Au fait avez-vous remarqué?

    "Données publiques confidentielles"...

    Vous trouvez pas cette expression absurde et contradictoire?

  • Sanzalure - Inscrit 7 mars 2011 08 h 49

    Ceux qui résistent ont tort

    Les personnes qui réussissent à cacher de l'information sont de moins en moins nombreuses et les personnes qui cherchent à les débusquer sont de plus en plus nombreuses.

    Et bientôt les lois devront suivre : toute personne prise sur le fait de cacher de l'information sera punie sévèrement. Et les personnes qui auront contribué à taire ce qui aurait dû être su seront ostracisées.

    Serge Grenier

  • Romeo Bouchard - Inscrit 7 mars 2011 14 h 41

    À quand un Parlement virtuel?

    Le numérique permet de renouveler la démocratie non seulement au plan de l'information, mais aussi au plan des mécanismes de représentation et de décision. Les mécanismes de représentation (élection, assemblée nationale, etc.) relève d'une époque où les moyens de transport et de communication étaient très lents: ils sont désuets et ne permettent pas une participation continue des citoyens aux délibérations et aux décisions. Mais les moyens virtuels d'aujourd'hui permettent cet exercice de la démocratie directe. Si l'on veut sauver la démocratie, il est essentiel qu'on intègre, grâce à eux, une part importante de démocratie directe.
    Je vous invite à visiter (et eventuellement expérimenter) un site qui propose une expérience de cette démocratie virtuelle et d'un Parlement virtuel: www.quebecvote.ca
    Roméo Bouchard