Cent ans entre vous et nous

Bernard Descôteaux et Michael Ignatieff, le leader de l’opposition libérale à Ottawa.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Bernard Descôteaux et Michael Ignatieff, le leader de l’opposition libérale à Ottawa.

Le Devoir a donc eu 100 ans: on vous l'a beaucoup dit, de toutes les manières. Mais l'inverse est vrai aussi: que de façons vous avez eues de nous signaler que ces 100 ans ont été importants pour vous!

C'est en préparant toute une année d'activités que nous en avons pris conscience. À l'interne, on voyait bien l'infatigable implication du comité des Amis du Devoir chargé de lancer et de superviser les festivités. Des amis très dévoués, mais bon, n'est-ce pas ce que l'on attend d'eux dans les grands moments d'une vie?

Sauf qu'à la fin 2009, voilà que ce cercle s'élargissait. C'était l'équipe de Tous pour un qui mettait un soin particulier à peaufiner ses questions pour piéger les concurrents de l'émission qui ouvrirait notre centenaire en direct à Radio-Canada le soir du 10 janvier... Ou Marie-Thérèse Fortin qui acceptait de lancer son Théâtre d'aujourd'hui dans une folle aventure: la création, et la lecture, de courtes pièces sur la liberté de la presse qui, en décembre suivant, clôturerait notre centenaire. Dans quoi venait-elle d'embarquer?

Nous nous posions la même question: heureux de revisiter ces 100 ans que tant de fois Le Devoir a cru ne jamais atteindre, fébriles de préparer notre édition spéciale du 9-10 janvier 2010 et le cahier qui l'accompagnait, mais aussi un peu inquiets. Le dimanche 10 janvier au matin, peu avant que le Marché Bonsecours n'ouvre ses portes à nos lecteurs, une petite angoisse nous tenaillait: et si vous n'étiez pas au rendez-vous?

Et vous êtes venus, nombreux, réjouis, remplis de bons mots, de souvenirs et de voeux de longue vie, abonnements à l'appui. L'année 2010 était lancée.

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La suite, vous la connaissez. Mais vous ne savez pas tout.

Les hommages par exemple. Ils ont été diversifiés: de ceux rendus le soir du 10 janvier, lors du grand dîner organisé par Le Devoir et qui a fait salle archicomble, à l'émission par Postes Canada d'une enveloppe commémorative en notre honneur en passant par la messe qui nous a été consacrée par la Société historique de Montréal, l'exposition du Petit Musée de l'impression à Montréal, celles de la Société historique de Charlesbourg et de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale à Québec, celles encore de nos photographes et de nos caricaturistes... Sans oublier les prix: l'Ordre du Québec pour notre directeur Bernard Descôteaux, celui du Salon du livre, et le petit dernier, qui nous a bien fait rire, celui des Sceptiques du Québec pour n'avoir jamais cédé en 100 ans à la tentation astrologique...

Et il y a eu les motions: de la Ville de Montréal, de la Chambre des communes, de l'Assemblée nationale... Du sérieux, de l'officiel, un passage obligé, direz-vous. Eh bien, croirez-vous que même pour des journalistes endurcis, un brin cyniques et qui en ont vu d'autres, les applaudissements nourris et chaleureux d'élus qu'on ne ménage guère peuvent donner des frissons?

Ces journalistes revenus de tout ne sont d'ailleurs pas encore tout à fait revenus du spectacle 100 ans de chansons que de grands artistes d'ici, nombreux, généreux, en voix, nous ont consacré en novembre. Les billets se sont envolés en quelques heures (juré à ceux qui n'ont pu en obtenir: la prochaine fois, on fait ça sur les Plaines!) et le spectacle fut à la hauteur de cette rareté: précieux, unique, mémorable.

Autre participation qui nous a stupéfiés: celle des trente-trois auteurs qui ont signé en novembre «Le Devoir des écrivains». Même les plus sceptiques d'entre nous ont été emballés par l'expérience! Et c'en fut toute une: on nous en parle encore.

Nos journalistes à qui on ne la fait pas n'en reviennent pas non plus que «leur» ouvrage, Le Devoir, Un siècle québécois, publié par les Éditions de l'Homme, soit l'une des meilleures ventes de cet hiver. Ce Devoir dont on a si souvent prédit la mort durant ce siècle...

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Il faut encore rappeler les quatre conférences que l'Institut du Nouveau Monde a organisées autour de nos 100 ans, appuyées par des cahiers tour à tour consacrés à un siècle de politique, d'économie, d'éducation puis de culture au Québec. À quoi s'est ajoutée la page qui chaque mois dans le journal rappelait de grands débats du Devoir. Vous nous l'avez dit, ces relectures historiques en valaient la peine. Mais vous ne pouvez pas savoir à quel point ces synthèses ont représenté un défi pour nos journalistes: la tâche, difficile, s'ajoutait à un travail quotidien déjà débordant... Plusieurs ont cru ne pas y arriver, mais tous se sont surpris à se passionner pour ce plongeon dans notre mémoire collective.

Des gens de l'extérieur ont par ailleurs stimulé notre réflexion. Le colloque «Le journal indépendant: vue de l'esprit ou phare de la démocratie» organisé par les universités Laval et McGill et tenu à Montréal en mars a obligé à la comparaison avec des médias d'ailleurs ou du Web. Notre partenariat avec l'ACFAS a pour sa part permis de rappeler que la science a été un pilier de ce journal dès sa fondation. Les souvenirs d'anciens journalistes, les livres sur Henri Bourassa, sur les éditoriaux de Gérard Filion, sur les écrits du Frère Untel, ou sur «La quête de sens à l'heure du Web 2.0» (issu d'un colloque tenu par l'Université du Québec à Montréal) auront aussi permis de mesurer le chemin parcouru et à venir.

Un chemin que les employés, d'hier et aujourd'hui, auront eu l'occasion de célébrer au Vieux-Port en juin dernier: vous en avez vu les photos. Mais vous n'aurez pas vu ce que la générosité d'un lecteur aura permis un peu plus tôt dans l'année. Résidant de l'ancien Devoir, celui du 211, Saint-Sacrement recyclé en condos, il nous a ouvert les portes de son appartement et a incité ses voisins à en faire autant. Comment qualifier un tel accueil? Un pur bonheur.

Mais vous nous avez si souvent étonnés cette année! Ce lecteur, par exemple, qui nous a confié le reçu d'un abonnement du Devoir pris par son grand-oncle... le 10 janvier 1910. Il trône maintenant, bien encadré, dans notre salle de rédaction. Et cet autre qui vient tout juste d'envoyer un chèque au syndicat des journalistes pour l'achat d'une bouteille de champagne en guise de remerciements pour leur bon travail! Sans oublier ces personnalités qui ont gracieusement accepté de lire d'anciens articles du Devoir pour une baladodiffusion historique.

Et que dire de l'émotion ressentie le jour où dans le courrier s'est glissé un petit cahier relatant le passé d'une mère contrainte d'abandonner son enfant et que la lecture du Devoir était un peu arrivée à consoler? Notre série «Le Devoir, c'est moi» vous a raconté cette histoire. Mais le simple envoi de ce cahier reste un geste de confiance qui est au fond le symbole de cette année, le lien qui fait notre communauté.

Tout ce que Le Devoir a publié durant son centenaire se retrouve dans notre site Internet, sous le bouton «100 ans Le Devoir» visible sur notre page d'accueil.

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Josée Boileau, rédactrice en chef
3 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 10 janvier 2011 12 h 49

    100 fois "chapeau"...

    Il est plus qu'intéressant de lire ces articles, incluant aujourd'hui, celui de la petite fille de Mr. Bourassa, fondateur du journal, à l'Île Verte.

    Nous réalisons, de plus, aujourd'hui, la nécessité d'un tel journal, d'un tel moyen d'information et de communication, et qui selon moi, permet de plus en plus à la population d'être bien informée, de même que de participer à des débats, des échanges d'idées, de dialogues et discussions, qui parfois, peuvent donner naissances à certains conflits par écrit, mais donne aussi la possibilité d'être mieux informé, surtout quand nous arrivons avec des dossiers tel que l'on voit aujourd'hui, sur des sujets qui semblent... comment dire, dont l'information, contrôlés par nos gouvernements. Il est illogique, que la population en connaisse plus, non pas par les points de presse gouvernementaux, mais par les enquêtes journalistiques;

    Je vous voit, "famille" du Devoir, comme étant essentiel, pour la défense et le maintient de la démocratie au sein de notre peuple; et n'oublions pas, notre engagement est essentiel: C'EST NOTRE DEVOIR À TOUS !

  • Jean Desjardins - Inscrit 10 janvier 2011 23 h 21

    Mon plus beau cadeau de Noël...

    Mon plus beau cadeau de Noël, cette année, est le livre de Michel Lévesque ("À la hache et au scalpel") que m'a donné ma conjointe qui sait, bien sûr, que je suis un lecteur assidu et passionné du Devoir. Ce bouquin réunit et commente 70 éditoriaux de Gérard Filion et d'André Laurendeau parus au Devoir de 1947 à 1963.

    On peut résumer le sens profond de ce recueil en citant l'avertissement pour le moins narquois qui est donné au lecteur avant même l'introduction: "Toute ressemblance avec quelques situations, événements récents, sujets d'actualité ou personnalités publiques actuelles est tout à fait fortuite." À lui seul, ce bouquin est un véritable cours d'histoire politique du Québec ...et du Canada. Cours d'histoire édifiant que je recommande vivement à toute personne allumée qui veut comprendre à travers le ...passé récent d'après-guerre ce qui se reproduit et se trame ad nauseam en politique au Québec ...en 2010-2011.

    Merci au Devoir pour ces instants de pur bonheur qu'il procure aux Québécois, au quotidien, en aidant ces derniers à demeurer informés et lucides au-delà du discours intéressé, réductif et opaque que leur livrent les cyniques politiciens qui les gouvernent.

    Qualité, fierté, dignité, limpidité et vision. Que dire de plus de mon quotidien préféré !!!

  • Jean Desjardins - Inscrit 11 janvier 2011 11 h 27

    Petit oubli...

    Dans mon précédent mémo, j'ai oublié de signer: 'Jean Desjardins de ville de Laval'. Je m'intéresse à l'histoire mais il ne faut pas me confondre avec mon 'homonyme de Montréal' qui, lui, est enseignant en histoire et tient mordicus à protéger son image auprès de son entourage de mes opinions plus ou moins tranchées, moi, qui ai une vie publique moins contraignante et moins visible que la sienne, semble-t-il...

    Désolé et mes excuses à tous les autres Jean Desjardins de ce monde. Avec un nom de souche semblable, ils sont sûrement nombreux ! De plus, bonne chance aux Tremblay et aux Nguyen qui font face au même problème...

    Jean Desjardins
    Ville de Laval (mais pas copain avec M. le maire...)