Mea culpa, mea maxima culpa - Les meilleures gaffes médiatiques de 2010

Le site de Craig Silverman<br />
Photo: source regrettheerror.com Le site de Craig Silverman

Et le gagnant est... Ou n'est-ce pas plutôt le perdant? Enfin, l'erreur journalistique de l'année qui achève, selon le site spécialisé Regret the Error, revient au magazine américain Cooks Source, fermé précisément pour s'être entêté à ne pas admettre une grossière bavure.

L'affaire remonte à cinq ans. Une auteure, Monica Gaudio, découvre alors que la publication a plagié un de ses articles sur les origines européennes de l'«american pie». Elle se plaint et la rédactrice lui fait cette réponse ahurissante: ce qui se retrouve dans le web est «du domaine public». La véreuse patronne de presse ajoute que ce serait plutôt à l'auteure d'indemniser le magazine pour son «travail de réécriture»...

Sitôt publicisé, l'affront déclenche une chaîne de protestations des lecteurs et des internautes. Des partisans de Mme Gaudio vont même retracer plus de 160 articles publiés dans Cooks Source et ressemblant étrangement à d'autres diffusés auparavant en ligne.

Les médias ont relayé l'info et les publicitaires ont déserté le magazine, qui a fermé en novembre. Même un petit trou peut venir à bout d'un grand navire...

En quelques minutes

«Je ne sais pas s'il y a maintenant plus ou moins d'erreurs journalistiques, par contre, une chose m'apparaît indéniable: l'impact des erreurs augmente considérablement à cause d'Internet», explique le journaliste montréalais Craig Silverman, responsable de cette étrange compétition mondiale de la bourde. «Maintenant, en quelques minutes, une erreur se répand partout, dans tous les réseaux, de Twitter à Facebook, sur tous les supports, y compris les cellulaires.»

À preuve, cette année, l'ex-entraîneur Pat Burns, bien que mourant, a été déclaré mort avant son décès, tout comme le chanteur Gordon Lightfoot, toujours bien portant, lui. En Islande, un faux gazouillis a fait exploser un autre volcan que l'Eyjafjallajokull.

«En même temps, les nouveaux médias permettent vite de repérer les erreurs, poursuit le bon spécialiste de la mauvaise chose. La grande promesse du monde en ligne est là, dans le potentiel de mise en commun des ressources pour vérifier les faits. Cette révolution dit aussi aux médias que, s'ils ne corrigent pas leurs erreurs, le public va s'en charger.»

Critiquer positivement

Craig Silverman, originaire d'Halifax, a longtemps tenu une chronique dans l'hebdomadaire culturel montréalais Hour. Il écrit maintenant sur une base régulière pour le site de la prestigieuse Columbia Journalism Review, le Toronto Star et BusinessJournalism.org, en plus d'agir comme directeur de l'information pour MediaShift, une création du réseau PBS consacrée aux nouveaux médias.

L'erreur journalistique constitue son pain quotidien dans son site regrettheerror.com, dont le slogan annonce: «Mistakes happen». Cette très utile machine à écraser les boulettes existe depuis 2004. C'est elle qui relaie le concours de la pire erreur.

«Je voulais créer un blogue pour me démarquer en journalisme et je me suis vite rendu à l'évidence que les erreurs offraient un sujet idéal, explique M. Silverman, devenu depuis un grand expert en la matière. Elles sont nombreuses et stimulent de courts commentaires. Elles sont aussi souvent drôles ou choquantes. En plus, la précision des faits demeure fondamentale pour le métier de journaliste, et pourtant aucun blogueur ne s'y intéressait de manière spécialisée.»

Graig Silverman a même publié une bible de référence sur le sujet, le livre Regret the Error (Viking Canada, 2007), qui comprend une recherche historique sur l'évolution des mécaniques pour faire la chasse aux faux dans le vaste monde de l'édition, de l'information, des communications. Maintenant, de quatre à six articles sur dix contiendraient des erreurs (surtout des noms mal orthographiés, une de mes spécialités personnelles — mea culpa) et environ le tiers des reportages télé, dont le format compact offre aussi beaucoup moins de chances de fauter.

«Ma démarche repose sur une conception positive, explique le grand gardien du vrai. L'idée, c'est de critiquer pour s'améliorer, et surtout pas de se moquer ou de dénoncer. Il faut simplement admettre que les erreurs sont courantes, amusantes parfois, mais qu'il faut les réduire autant que possible.»

Corriger rapidement


Le donneur de leçons ajoute n'avoir jamais reçu un commentaire désobligeant d'un collègue épinglé. Les écoles de journalisme apprécient particulièrement son travail. Lui-même l'assimile davantage à la critique des médias qu'à la traditionnelle fonction de «vérificateur de faits» (fact checkers), bien que les deux avancent en cordée.

L'Allemagne demeure le champion mondial toutes catégories de la vérification. M. Silverman y était cet hiver pour la première conférence internationale sur le sujet. Le magazine Der Spiegel emploie environ quatre-vingts (80!) vérificateurs qui bossent à temps plein pour tout, mais alors tout, passer au tamis. C'est quatre fois plus de gens que le meilleur élève de la classe médiatique américaine. Et, en cette matière, les médias québécois francophones portent le bonnet d'âne.

«Je crois que c'est une grave erreur pour n'importe quelle industrie de ne pas porter attention à la qualité», explique M. Silverman, sans rien dire de précis sur les publications québécoises en français, qu'il ne fréquente pas suffisamment pour les juger. «C'est vrai pour les autos comme pour les journaux. Dans le contexte des très profondes mutations actuelles, les médias traditionnels devraient donc encore plus s'intéresser à la vérification des faits, qui augmente la crédibilité de leur offre et permet en fin de compte de la démarquer avantageusement.»

Inacceptable


Les grands principes de justice valent aussi pour la pratique du journalisme, un métier qui multiplie à l'excès les occasions de pécher: personne ne se résume à sa pire action et chacun a droit à une forme ou une autre de pardon. Enfin, une fois la faute avouée et amendée...

M. Silverman recommande aux médias de systématiser l'identification des grandes et petites errances pour aider à ne pas les reproduire. Il ajoute que le correctif idéal doit paraître vite et être explicite. Le Toronto Star a un préposé aux erreurs qui reçoit les plaintes. Le Devoir leur réserve un espace et a standardisé la rédaction des notices.

«Il n'y a pas de honte à faire une erreur, mais il est inacceptable de la cacher, conclut M. Silverman, qui ne se considère pas au-dessus de la mêlée. Personne n'est parfait et il faut avoir l'humilité de le reconnaître, demeurer très honnête et très ouvert. Chaque fois que je fais une erreur, je publie un rectificatif.»

En général, les remords et la contrition n'étouffent pas les médias, comme le montre le prétendant au titre peu enviable d'erreur de 2010, le sérieux journal britannique The Independent. Le mois dernier, il a publié en une la photo d'un homme en uniforme avec ce titre: «Recherché pour l'assassinat de 430 000 juifs, il a échappé à la justice pendant 67 ans et est mort en homme libre».

Le problème, c'est que la photo illustrant cette une était celle non pas du criminel nazi Samuel Kunz, mais d'un comédien croate contemporain. The Independent a mis un bon mois avant de publier un erratum et des excuses de cinq lignes...
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 20 décembre 2010 04 h 29

    Il y a bien pire qu'une gaffe. Il y a la désinformation... ou le déséquilibre dans l'information. Surtout s'il est répandu...

    Prenons un des plus récents exemples. Vous avez constaté tout l'espace, les interviews, les sondages consacrés aux propos de Marc Bellemare accusant le premier ministre et son parti politique de tous les maux. Les manchettes, dans nos media papiers et électroniques, sont plus grosses les unes que les autres. Les sondages disent qu'une très grande majorité de citoyens croient M. Bellemare et la cote du premier ministre est en chute libre. On demande une enquête publique. On demande la démission du premeir ministre.
    Or, le Directeur général des élections qui a eu beaucoup de mal a obtenir un témoignage de la part de Marc Bellemare nous informe que M. Bellemare n'a pu appuyer par des faits ou des informations pertinenentes, aucune de ces afirmations. Et on sait pertinemment que le DGE n'est pas un ami du premier ministre, ni aux ordres du premier ministre.
    Or, nos media ont bien rapporté la nouvelle à peu près correctement, un jour. Mais pas de grandes manchettes, pas de répétition jour après jour, pas de sondages, pas de pétition.
    Il se produit quoi? M. Bellemare se fait oublier. Les journalistes l'oublient et les sondages à répétition portent sur le premeir ministre et lrévèlent que sa cote est toujours au plus bas.
    Puisqu'il n'y a pas de "Regret the Error" chez les francophones, on en restera là. Et le modèle québécois sera toujours le meilleur.

  • ysengrimus - Inscrit 20 décembre 2010 13 h 59

    Plagiat n'est pas erreur...

    Faut pas confondre erreur et plagiat. La première, innocente en fait, botcheuse au pire, se dilue avec le temps. C'est la seconde qu'il faut ouvertement combattre. Quand vous pompez un texte, mettez le en exergue et citez la source. Y a pas de honte à ça...
    Paul Laurendeau
    http://www.blogueparade.com/detail/blogue-2942.htm

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 décembre 2010 15 h 30

    Où était l'eurreur, monsieur Paquet?

    À moins d'affirmer que M. Bellemare n'a pas accusé M. Charest, les journaux n'ont ici que fait leur travail. Tout le monde voulait une enquête pour aller au fond des choses, et, étrangement, à peu près seuls M. Charest et vous la refusez.