Nouvelles révélations - WikiLeaks dans les coulisses de la diplomatie américaine

Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, ce week-end<br />
Photo: Agence Reuters Valentin Flauraud Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, ce week-end

Cinq grands journaux mondiaux ont commencé à divulguer hier des documents du département d'État américain que leur a communiqués le site WikiLeaks, qui s'est spécialisé dans la mise au jour de documents confidentiels. Le Monde en France, le New York Times, le Guardian en Angleterre, El Pais en Espagne et Der Spiegel en Allemagne ont fait de premières révélations embarrassantes pour la diplomatie américaine.

Washington — Un quart de millions de câbles diplomatiques américains dévoilés par le site WikiLeaks étaient décortiqués hier par les grands titres de la presse mondiale, révélant les dessous de la diplomatie des États-Unis, comme lorsque Ryad appelait Washington à attaquer l'Iran.

La Maison-Blanche a aussitôt condamné «dans les termes les plus forts» la publication «irresponsable et dangereuse» de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus.

«Que ce soit clair, de telles révélations font courir des risques à nos diplomates, aux membres de la communauté du renseignement, et aux gens du monde entier qui font appel aux États-Unis pour les aider à promouvoir la démocratie et un gouvernement transparent», a affirmé le porte-parole du président Barack Obama, Robert Gibbs.

Condamnation également du côté du Pentagone, qui a dénoncé le fait que des documents avaient été «illégalement obtenus» par WikiLeaks, et affirmé avoir pris des mesures pour éviter que cela ne se reproduise.

Il s'agit «d'un quart de million de câbles diplomatiques américains confidentiels», écrit le quotidien The New York Times, auquel Wikileaks a donné accès aux câbles secrets comme à nombre d'autres titres de référence de la presse du monde entier.

Ces notes «offrent un panorama inédit des négociations d'arrière-salle telles que les pratiquent les ambassades à travers le monde», observe le New York Times.

Certains de ces documents sont très récents, puisqu'ils datent «du mois de février», ajoute le quotidien américain.

Ces quelque 250 000 documents étalent au grand jour les pratiques habituellement tenues secrètes de la diplomatie américaine sur toute une série de dossiers, sensibles ou non.

Le quotidien britannique The Guardian indique par exemple sur son site internet que le roi Abdallah d'Arabie saoudite a appelé les États-Unis à attaquer l'Iran pour mettre fin à son programme nucléaire.

Concernant le dossier iranien, les documents montrent qu'Israël a poussé à la fermeté en décembre 2009 les États-Unis contre l'Iran, en affirmant que leur stratégie de négociation avec Téhéran «ne marchera pas», selon un document diffusé le site du quotidien français Le Monde.

Un télégramme américain relate ainsi une conversation le 1er décembre 2009 entre Amos Gilad, directeur des affaires politico-militaires au ministère israélien de la Défense et Ellen Tauscher, la sous-secrétaire d'État américaine.

La diplomatie du président Barack Obama, «l'engagement stratégique avec l'Iran», «c'est une bonne idée, mais il est bien clair que cela ne marchera pas», y déclare Gilad.

Peu avant la publication des câbles diplomatiques, le dirigeant de WikiLeaks, Julian Assange, avait indiqué lors d'une visioconférence en Jordanie que les documents secrets américains concernent «tous les grands sujets».

«Ces 250 000 documents secrets émanent d'ambassades américaines dans le monde entier, et nous avons déjà pu constater que la semaine passée, les États-Unis ont réagi en tentant d'amortir les effets que cela pourrait avoir», a-t-il dit.

Les autorités américaines avaient prévenu plus d'une dizaine de pays, dont les alliés stratégiques que sont l'Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, Israël et la Turquie.

Elles ont rejeté samedi soir toute négociation avec WikiLeaks, en affirmant que le site internet spécialisé détenait ces informations en violation de la loi américaine.

Les premières fuites de WikiLeaks, en juillet sur l'Afghanistan, contenaient peu d'importantes révélations, et celles émanant d'Irak se concentraient en majorité sur des exactions commises entre différentes factions irakiennes.

«Notre organisation a quatre ans d'expérience dans la publication de documents», a souligné Assange hier.

«Autant que nous sachions, et autant que quiconque ait porté des accusations un tant soit peu crédibles, pas un seul individu n'a été mis en danger à la suite de quoique ce soit que nous ayons publié».
9 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 00

    Le ci-devant "Secret Défense"

    Ajoutons que le ci-devant "Secret Défense" concerne bien plus la protection de l'image publique des gouvernants que la sécurité effective des nations...
    Paul Laurendeau

  • Sanzalure - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 03

    C'est le gouvernement américain qui n'est pas transparent

    @Robert Gibbs

    Et ce n'est par Wikileaks, mais le gouvernement américain qui n'est pas transparent et qui fait courir des risques mortels au reste de la planète.

    Serge Grenier

  • lephilosophe - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 40

    Sionistes et Wahhabites, même combat!

    Dans leur volonté d'attaquer l'Iran, au vu de la planète maintenant, Israël n'est plus seul, la famille Séoud entretient les mêmes objectifs. Ainsi, qui croira encore que derrière les attentats anti-chiites en Irak, au Pakistan et en Afghanistan, il n'y a pas la «main» des services secrets saoudiens visant à «contenir» ces minorités religieuses «préventivement» en cas d'attaques contre l'Iran. Et que dire des manoeuvres du roi Abdallah en visite au Liban (visant le Hezbollah chiite)? Et les attaques contre les Zaïdites chiites au Yémen la semaine dernière ainsi que les arrestations massives d'opposants chiites à Bahrein (pourtant peuplés de militants des droits de l'homme)?
    Les révélations de WikiLeaks nous donne un tout autre portrait de la situation au Moyen-Orient d'après ce que nous révèle le journal Le Monde ce matin... Et nous montre comment l'alliance des deux principales «théocraties» de la région, fidèles alliés des Américains, rivalisent devant l'Empire, pour se présenter comme le plus sûr allié contre l'Iran...

    Bernard Gadoua

  • André Michaud - Inscrit 29 novembre 2010 08 h 57

    ça profite a qui?

    A qui profite ces informations ? Pourquoi est-ce toujours contre les USA?

    Jamais on ne dévoile les plans secrets des terroristes ! Mais par contre on donne des informations pouvant aider les talibans..

    Qui se cache derrière , et qui finance wikilieaks ? Des ennemis de Obama qui viennent de l' intérieur (républicains..) ou de l'extérieur (islamistes..)
    car c'est bien lui qui est visé dans tout ceci.

  • Gravelon - Inscrit 29 novembre 2010 10 h 57

    rien de nouveau

    On savait que les dirigeants de certains pays arabes vouaient une réelle haine vis-à-vis de l'Iran. Ils ne le disent pas, parce que leurs citoyens ont une opinion inverse. La rue Arabe comme on l'appelle, est sympathique à la cause iranienne, et admirent le courage de ses dirigeants qui tiennent tête aux américains et à leurs alliés.
    Pour le reste, tout relève de l'anécdotique et de la rumeur, rien de nouveau et tout ce qui est rapporté traduit l'état d'âme des individus qui ont rédigé les télégrammes. Mais il y a une chose qui risque d,avoir de l'impact, c'est d'apprendre que Washington demande à ses diplomates de jouert également un rôle d'espionnage, et ce, sans aucune pudeur ni retenue. En celà, les américains risquent de le payer cher.