Bénévoles, oui, amateurs, non

Pour tenir les ondes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, Radio Ville-Marie (RVM) s'appuie sur une équipe composée de trois journalistes-animateurs rémunérés et de deux cents bénévoles provenant de tous les secteurs de la société et d'une trentaine d'organismes partenaires, comme l'Université de Montréal ou le Conservatoire de musique. Ils sont chercheurs, écrivains, cinéastes, critiques, journalistes, animateurs sociaux. Beaucoup avouent être en quête spirituelle, mais tous ne sont pas chrétiens, et certains revendiquent même clairement leur athéisme. Quelques-uns ont pris les ondes en même temps que la station, il y a quinze ans, mais d'autres ont fait leur entrée en scène cette année. Trois d'entre eux ont accepté de nous parler de leur expérience à Radio Ville-Marie.

Une psy

Marilou Brousseau anime Au coeur de l'être tous les vendredis de 13h30 à 14h30. Un entretien d'une heure avec un psychologue ou un psychanalyste, qui vient parler de tout ce qui pourrait permettre de mieux comprendre les comportements humains. Dans le studio, la lumière est tamisée, les voix sont douces.

Écrivaine, journaliste et animatrice professionnelle, Marilou est bénévole à Radio Ville-Marie. «Depuis dix ans, précise-t-elle. J'ai commencé ici complètement par hasard. L'ancienne directrice de la programmation s'en allait à Québec en autobus. Elle s'est assise à côté d'une femme qui lisait mon livre. Elle m'a contactée, mais au départ j'ai refusé. Et puis, nous nous sommes rencontrées et j'ai accepté de collaborer. Ce qui m'a attiré, c'est de pouvoir faire une émission qui me donne le temps de traiter un sujet en profondeur, d'élaborer une réflexion. J'aime la radio, j'ai travaillé dans de nombreuses autres stations qui toutes étaient sur un mode très rapide... Je ne veux pas faire l'éloge de la lenteur, mais Radio Ville-Marie nous permet d'approfondir et de prendre le temps de rejoindre les gens dans leur intimité.»

Si son émission traite de santé mentale, et non de religion, Marilou Brousseau se sent parfaitement à l'aise de donner de son temps à une station qui se veut spirituelle. «Plus que religieuse, note-t-elle. Le terme "spirituel" fait souvent peur aux gens, pas à moi. Il s'agit d'une ouverture à vouloir comprendre la vie sous tous ses angles. Cette notion est galvaudée dans les médias, mais elle me paraît pourtant très importante. Radio Ville-Marie est un endroit où il y a des valeurs et où l'on peut les transmettre avec joie et dans le respect de toutes les communautés.»

Un impatient


Un point de vue que ne partage pas complètement Jean-Marie Bioteau, animateur des Impatients chaque samedi de 16 heures à 16h30. Photographe, réalisateur, auteur, comédien, il a accepté d'animer cette série pour mettre en avant le travail de la fondation du même nom, dont l'objectif est de venir en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale, par le biais de l'art thérapeutique. «Je n'ai aucune conviction religieuse, alors, si j'avais eu à choisir, je ne serais certainement pas allé à Radio Ville-Marie, raconte-t-il. Mais force est de constater que cette radio a accepté de mettre cette série en ondes. Ce qui me plaît, c'est que les gens ont le temps de se raconter.»

Ainsi, chaque semaine, un «impatient» et un art-thérapeute se retrouvent en studio pour parler de leur expérience. «Je trouve en revanche, quand même, qu'il y a une certaine forme de censure... dans le langage notamment. Lorsque les gens jurent, sacrent, on a tendance à me les enlever au montage.»

Un vétéran

Une censure que ne ressent pas du tout Denis Miron, journaliste de Passeport matin, la matinale de Radio Ville-Marie, l'un des trois animateurs à être rémunérés. Après trente années de métier à la radio dont une vingtaine à la SRC, il se retrouve sur les ondes de RVM un peu par hasard. «Je suis passé dans les locaux pour voir une exposition, j'ai croisé le directeur. Il y avait une ouverture de poste et je suis donc au micro depuis deux mois.»

Mis à part les moyens, qui ne sont pas les mêmes, et le fait que l'équipe est bien plus petite, Denis Miron n'a rien changé à sa façon de travailler. «J'exerce mon métier avec le même professionnalisme que lorsque j'étais à Radio Canada, assure-t-il. Avec la même rigueur, la même liberté, la même autonomie, la même démarche qui consiste à donner la parole à tous les protagonistes d'un sujet, à veiller à l'équilibre des points de vue. Alors, bien sûr, nous allons nous intéresser à des sujets peut-être plus sociaux qu'ailleurs, parce que c'est ce qui intéresse notre auditoire. Mais jamais je n'ai ressenti que je faisais partie d'une radio religieuse qui serait le bras droit de l'Église.»

Tout juste admet-il que certains sujets passent plus au premier plan que dans d'autres stations, comme récemment la canonisation du frère André ou la sauvegarde du patrimoine religieux. Mais il va tout autant aborder le problème de la dépendance envers le jeu dans la foulée de la victoire d'un Québécois aux championnats du monde de poker, s'entretenir avec le bédéiste Tristan Demers, à l'occasion de la sortie de son livre documentaire Tintin au Québec, ou encore avec Jephté Bastien, réalisateur et scénariste de Sortie 67, long métrage de fiction décrivant le phénomène des gangs de rue haïtiens à Montréal. «Ce que j'apprécie ici, c'est de ne pas être pressé. La logique n'est pas purement commerciale, estime-t-il. On peut prendre son temps pour développer un sujet, laisser les gens s'exprimer et développer leur argumentaire.»

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Collaboratrice du Devoir