Une radio vit à l'ombre du marché Atwater

Jean-Philippe Trottier au micro de Radio-Ville-Marie
Photo: Jean-Philippe Trottier au micro de Radio-Ville-Marie

Une station de radio, fût-elle à vocation religieuse comme l'est Radio Ville-Marie, ne tombe pas du ciel. Il faut l'effort de plusieurs personnes et un contexte favorable pour la faire naître. Retour sur les premiers jours et l'évolution de Radio Ville-Marie. Pierre Pagé se souvient.

Pierre Pagé est professeur associé à l'UQAM, un passionné de radio et l'auteur du livre L'Histoire de la radio au Québec publié chez Fides en 2007. Il fut présent dès le début de l'aventure de Radio Ville-Marie, d'abord comme directeur de l'information et ensuite, de 2000 à 2005, comme président du conseil d'administration.

«Il faut en premier bien saisir le contexte, explique-t-il. Longtemps, le Canada a été l'un des seuls pays au monde à interdire la radio à vocation religieuse. C'est qu'il y avait déjà eu dans l'Ouest canadien des stations religieuses protestantes qui s'inspiraient des fondamentalistes américains. Ces radios critiquaient non seulement le gouvernement mais aussi les autres religions. Elles faisaient de la politique en ondes et le gouvernement canadien a choisi de mettre un terme à toutes ces licences.»

À compter de ce moment-là, le contenu religieux fut confiné aux radios privées qui voulaient bien l'inclure dans sa programmation et à Radio-Canada. «Mais, à partir des années soixante, l'évolution de la société a fait en sorte que le contenu religieux de ces diffuseurs diminuait un peu comme diminuait la place de la religion en société. Il y avait donc de moins en moins d'émissions religieuses en ondes. Conscients de cette situation, les groupes religieux, surtout ceux du Canada anglais, ont fait pression sur le CRTC, de sorte que ce dernier a choisi de tenir des audiences publiques sur le sujet en 1991. Ces audiences publiques ont convaincu le CRTC de rétablir, tout en les balisant, les licences pour les radios religieuses. Radio Ville-Marie est née dans ce contexte.»

Les premiers pas


Radio Ville-Marie a été fondée par René Barbin, Raphaël Pirro, Jacques Houde et Henri Bergeron. «C'étaient alors de jeunes retraités de Radio-Canada et ils avaient tous travaillé dans les émissions religieuses de Radio-Canada. Il leur a fallu un an et demi pour monter le dossier, car il fallait prouver que la demande était appuyée par le milieu et que la radio avait la capacité d'être financée par ce même milieu.» Les fondateurs ont aussi cherché à obtenir l'approbation de l'Église catholique de Montréal. «Ils ont approché Mgr Turcotte, qui leur a donné une lettre de recommandation à condition de respecter deux exigences: s'ouvrir aux autres religions et ne pas avoir de représentant du diocèse au conseil d'administration afin que la radio puisse être complètement autonome.»

Radio Ville-Marie obtient sa licence le 14 octobre 1994. Il fallait d'abord trouver un lieu. «Radio Ville-Marie s'est installée dans le presbytère de l'église Saint-Benoît à Ahuntsic, parce que le presbytère était trop grand pour les besoins de la paroisse. Mais il a fallu partir de zéro et tout monter. C'est d'ailleurs à cette époque que René Barbin, que j'avais rencontré par hasard, m'a demandé de me joindre à l'aventure en tant que directeur de l'information.»

Pour s'assurer d'être bien ancrée dans le milieu, Radio Ville-Marie a choisi de mettre en place, en plus d'un conseil d'administration, une assemblée générale composée, bon an mal an, d'environ 150 membres. «Comme il faut renouveler les membres, cela nous oblige à garder nos antennes avec le milieu. Cela nous a aussi permis d'aller chercher la collaboration de personnes bien engagées dans leur milieu et compétentes dans leur profession. Mais il a fallu aussi les former en radio, puisqu'il n'était pas question de négliger la qualité radiophonique.» Radio Ville-Marie entre en ondes le 1er mai 1995.

Les premiers changements


Les premières années sont celles de la consolidation: de l'équipe, de la programmation et de l'auditoire. Mais les premiers changements arrivent vite. «Le premier changement arrive vers 1999, avec la première antenne régionale, celle de Sherbrooke. Bien que la puissance de notre antenne permette de rejoindre Orford, pour des raisons géographiques, le signal ne se rendait pas à Sherbrooke. C'est la raison pour laquelle Radio Ville-Marie a accepté d'ouvrir une première antenne régionale.» Le succès de cette première antenne a entraîné, dans les années suivantes, l'arrivée de nouvelles antennes régionales. Le début des années 2000 voit aussi la création d'un site Internet, qui permet à Radio Ville-Marie de diffuser sa programmation partout dans le monde.

Le second moment charnière est celui du déménagement de la station. «Ça faisait quelques années que les locaux du presbytère de la paroisse Saint-Benoît étaient devenus inadéquats. Il fallait donc trouver un nouveau local mais, auparavant, il fallait réunir l'argent nécessaire pour le faire. C'est évidemment la générosité de nos donateurs qui nous a permis de faire ce déménagement. On a raté quelques occasions de trouver un local adéquat, avant de trouver celui que nous occupons depuis 2005 au 4020, Saint-Ambroise, près du marché Atwater, dans l'édifice rénové de l'ancienne entreprise Dominion Textiles. D'ailleurs, nous n'aurions pas pu nous y installer si l'actuel propriétaire de l'édifice ne nous avait pas offert un bail à long terme à prix avantageux. Ce qui est intéressant avec ce local, c'est qu'il se trouve dans un édifice où logent d'autres entreprises de communications. Et, bien que Radio Ville-Marie soit une radio à vocation religieuse, nous ne logeons plus dans un milieu religieux. Lorsque les gens viennent dans les locaux de Radio Ville-Marie, ils viennent dans les locaux d'une station de radio.»

***

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • croquis - Inscrit 24 novembre 2010 17 h 26

    Triste omission

    Quelle trsite omission M Page !

    Claude Gousse a été le principal artisan de Radio Ville-Marie qui y a travaillé jour et nuit avant et après sa création.

    Comme beaucoup d'autres qui y ont bcp travaillé, il a été rejeté et personne les défendre. A quoi sert de gagner si peu que pas l'univers médias si vous vous perdez ?

  • ELISALISE - Inscrit 26 novembre 2010 10 h 32

    CORRECTION AMICALE

    Si M. Pierre Pagé fut président du CA de 2000 à 2003(et non à 2005), je suis assez fière de dire que je fus Présidente du Conseil d'Administration de Radio Ville-Marie , de 2003 à 2009 i.e. pour les six années consécutives permises par nos règlements . C'est d'ailleurs pendant cette période que le CA a pris cette courageuse et fructueuse décision d'un déménagement qui devait s'avérer un point fort de l'histoire et de l'évolution de cette radio spécialisée construite depuis quinze ans par des hommes et des femmes de belles qualités professionnelles et spirituelles .
    Lise D. GARNEAU