Médias - La diversité culturelle à l'heure d'Internet

Images tirées de Google Earth aux dessins d’animation du dernier clip de Arcade Fire, The Wilderness Downtown<br />
Photo: Aource Arcade Fire Images tirées de Google Earth aux dessins d’animation du dernier clip de Arcade Fire, The Wilderness Downtown

À l'heure d'Internet, de Facebook et de Twitter, les créateurs et diffuseurs culturels tentent de se distinguer et d'émerger dans une offre culturelle démultipliée à l'infini. Si pour certains le Web fait figure d'immense cybersoupe où l'artiste se noie dans la masse, d'autres y voient un nouvel eldorado numérique à conquérir sous peine de disparaître.

Max Valiquette est de ceux qui pensent que les créateurs qui ne prendront pas le train de l'ère numérique resteront tout simplement sur le quai.

«La génération Z, celle née en 1995 en même temps qu'Internet, ne pense ni ne consomme la culture comme les générations antérieures», soutient Valiquette, expert en médias sociaux et habitudes de consommations des jeunes, qui était de passage cette semaine au forum La diversité culturelle à l'ère du numérique, tenu à Montréal. Valiquette est aussi fondateur de Youthography, une firme spécialisée dans le marketing auprès des adolescents et des jeunes urbains.

«Il faut diffuser la culture dans un contexte plus personnel. Les jeunes veulent diversifier leurs expériences culturelles et participer aux contenus. Cela passe nécessairement par les nouvelles technologies. Les jeunes s'attendent à s'approprier le contenu, à le modifier, à engager la conversation et le moment où elle aura lieu», dit-il.

Pour ne pas rester en plan, les diffuseurs traditionnels de contenus culturels (maisons de disques, théâtres, opéras, éditeurs, etc.) devront embrasser cette nouvelle donne et investir massivement les médias sociaux, insiste cet expert.

À son avis, le dernier clip lancé par Arcade Fire, The Wilderness Downtown, qui permet à chaque internaute de faire courir le personnage-clé de la vidéo dans la rue de son quartier d'enfance, est l'exemple parfait de ce que sera fait le dialogue culturel de demain. En fusionnant les images de Google Earth aux dessins d'animation du clip, le fan peut voir son quartier d'enfance survolé d'oiseaux et envahi de baobabs géants. «On ne contrôle plus le contenu. Les créateurs doivent accepter que le contrôle partagé est la nouvelle norme, tant sur le plan de la création que sur celui de la diffusion», ajoute Valiquette.

Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ, se méfie quant à elle du tout-au-Net prêché par les gourous du cybermarketing. «Internet, c'est vrai que tout le monde y est, mais on est encore plus noyés qu'on l'était avant», pense la porte-parole de l'industrie du disque et de spectacles, une industrie fortement ébranlée par la culture du téléchargement illicite. «En fait, ceux qui bénéficient de ce grand magasin à ciel ouvert sont les majors, qui dominent déjà le marché traditionnel. C'est une lubie de penser qu'Internet favorise la diversité culturelle», a-t-elle fait valoir cette semaine lors de ce forum.

Pourtant, l'expérience du groupe de musique rock indépendant (indie) québécois Mister Valaire prouve tout le contraire. Depuis 2007, Mister Valaire s'est fait connaître en offrant gratuitement sa musique sur son site Web. En 18 mois, plus de 50 000 copies de son premier album ont été téléchargées dans 98 pays, dont 22 % en France, à un prix laissé au choix du consommateur. Pour Guillaume Déziel, gérant de Mister Valaire, la relation ainsi créée avec les internautes a donné des ailes à la formation, qui vient de remplir une salle à Paris sans l'aide de gros bonnets de l'industrie et se prépare à faire un saut en Allemagne (!).

«Les gens achètent nos chansons sur toutes les plateformes. Sur 12 albums "vendus", seulement cinq le sont sous forme CD. Quatre sont téléchargés depuis notre site, deux sur des sites P2P et le dernier sur iTunes», insiste Déziel, qui croit que la qualité du contenu est la clé de la survie sur le Net. «Nos fans sont nos propres ambassadeurs et nous évitent des coûts de promotion énormes tout en générant des revenus de spectacles plus importants», dit-il.

Au théâtre de La Fenière de Québec, pour rafraîchir l'image du lieu, on a créé cet été un univers virtuel pour Guétane, un des personnages-vedettes de la dernière création intitulée Petite laine. Ladite Guétane, coiffeuse de son métier et assez pipelette merci, a eu sa propre page Facebook pour engager la conversation avec le public. «On a travaillé avec l'auteur pour créer un avatar. Avant même de s'asseoir dans la salle, certains spectateurs avaient développé une relation avec le personnage. Il y a des jeunes qui ne seraient pas venus autrement, et cela a changé l'image un peu ringarde qu'avait le théâtre pour eux», explique Vincent Paris, stratège et créatif à l'agence de marketing interactif Pariscom. Même l'illustre Bonhomme Carnaval dispose désormais de son propre compte Twitter et de son album photo sur Facebook pendant l'événement.

Jusqu'à Molière qui flirte avec le micro-clavardage. À l'initiative du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), M. et Mme Jourdain et la marquise Dorimène ont en effet investi Twitter l'hiver dernier, avant même que Le Bourgeois gentilhomme prenne l'affiche, créant un événement autour du spectacle de la rentrée hivernale. «Mais ce n'est pas parce qu'on crée une page Facebook qu'on va doubler nos recettes et l'affluence, met en garde Vincent Paris. Il faut générer une conversation, un véritable échange avec le public.»

«C'est ce que la création est appelée à devenir, croit aussi Max Valiquette. Les jeunes veulent faire la culture, la partager et la distribuer. La culture est entre les mains des usagers et il est temps de leur tendre la nôtre.»

Certains bonzes de l'industrie ont déjà flairé la tendance et viennent de créer mystar.online, une application qui amalgame les différents réseaux sociaux pour permettre au public d'obtenir d'un seul clic, dans son salon, tout ce qui court sur le Net à propos de ses vedettes préférées. Fini le surf entre Facebook, Myspace, YouTube, Flicker et alouette, le concentré de cybersoupe nommé Avastar vous est servi tout chaud, chez vous, d'une seule louche.
1 commentaire
  • Institut De La Statistique Du Québec, Observatoire de la culture et des communications - Abonné 1 novembre 2010 09 h 14

    Un forum pragmatique

    Bonjour,
    Effectivement, poser un regard sur les changements dans les modes de pratiques et de consommation de la culture est fascinant.

    Cependant, nous aurions apprécié que vous mentionniez dans l'article les organisateurs de ce forum qui a réuni des conférenciers et panélistes ayant une réflexion pragmatique des transformations en cours. Il s'agit de l'Observatoire de la culture et des communications de l'Institut de la statistique du Québec.

    Cordialement.