Mouvement et stagnation autour du Journal de Montréal

Rue Frontenac version papier est né hier. Ses artisans ont participé à sa diffusion à la criée.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Rue Frontenac version papier est né hier. Ses artisans ont participé à sa diffusion à la criée.

Pendant que les syndiqués lancent un nouveau journal en bonne vieille version papier, la direction suspend les négociations. Et tout ça, au 643e jour du lockout...

Coup double hier autour du conflit qui affecte Le Journal de Montréal (JdeM) depuis 21 mois. Alors que les lockoutés lançaient un hebdomadaire papier, la direction du quotidien a annoncé la suspension des négociations patronales-syndicales devant médiateur. Tout semble mûr pour un enlisement encore plus profond du conflit, déjà réputé le plus long de l'histoire du Canada dans le secteur.

La «pause dans ces pourparlers» survient à la suite d'une réunion tenue mercredi où, selon la direction, les délégués du Syndicat des travailleurs de l'information se seraient montré «de mauvaise foi». Le communiqué diffusé hier par Quebecor Media inc., propriétaire du JdeM, parle par exemple de demandes visant «le maintien d'un nombre d'effectifs trois fois supérieur au nombre requis». À la dernière ronde, le patron ne souhaitait conserver qu'un employé sur cinq (une cinquantaine au total). Le communiqué cite aussi des demandes pour le versement d'indemnités de départ pouvant aller jusqu'à trois ans de salaire et la bonification du régime de retraite pour un montant estimé à plus de 7 millions de dollars.

Par ailleurs, la direction affirme qu'elle a communiqué dès lundi au médiateur «son intention de renoncer à ses demandes relatives aux clauses de non-concurrence et de permettre à certaines conditions le maintien du média syndical ruefrontenac.com». Ces deux éléments avaient, de l'aveu du président du syndicat Raynald Leblanc, pesé lourdement dans la balance qui a mené au rejet massif, à neuf contre un, des offres patronales, le 12 octobre. L'hypothèse de règlement conservait 17 reporters et interdisait aux autres de travailler pour La Presse pour une période de six mois après leur congédiement. Elle exigeait la fermeture du site et de ses autres plateformes.

Réaction syndicale

Le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal s’est dit «consterné» par la décision des négociateurs patronaux. «Ils distortionnent les faits en sortant des données de leur contexte pour justifier leur retrait de la table», ajoute le communiqué émis hier soir. 
 
Le président du Syndicat, Raynald Leblanc y rappelle que les rapports sont tendus depuis 20 mois. «Il aura fallu plus de 20 mois pour enfin avoir une proposition de la part de la partie patronale, dit-il. Nous l’avons rejetée à 89,3 % et à la première contre-proposition que nous formulons, ils quittent la table. Ça n’apparaît pas sérieux. Pas sérieux non plus d’étaler publiquement nos discussions alors que le médiateur a expressément demandé aux parties de préserver le processus de négociation en refusant de négocier sur la place publique.»
 
La ministre du Travail Lise Thériault a réitéré sa demande aux deux parties de «continuer le travail avec le médiateur peu importe le climat». Elle a ajouté que le médiateur Jean Poirier, désigné par son ministère, conserve toute sa confiance et celle des deux parties.

À la criée

Rue Frontenac version papier est né hier. Cette autre création des employés en lockout est apparue dans 1400 points de chute de la région métropolitaine, mais aussi en Estrie, dans les Laurentides et en Outaouais.

L'hebdomadaire gratuit de format tabloïd tire à 75 000 exemplaires. Ses artisans ont participé à sa diffusion à la criée. «Les gens s'arrêtaient pour le prendre avec joie, en nous encourageant», explique la journaliste Jessica Nadeau, qui a elle-même participé à une distribution autour du métro Berri.

Le premier numéro traite de sujets d'actualité et propose des chroniques. Il ne reproduit pas les articles diffusés par ailleurs sur le site ruefrontenac.com, lui-même en activité depuis une vingtaine de mois. Par contre, le journal propose parfois des liens vers du contenu dématérialisé original diffusé en prime par cet intermédiaire.

«Le Web et le papier ne se travaillent pas de la même façon, dit le journaliste Philippe Rezzonico. Le papier va nous permettre de faire des papiers plus étendus. C'est clair que ça va devenir sa marque de commerce.»

La une traite de la manipulation des femmes enceintes par les groupes pro-vie. À l'intérieur, on trouve ensuite un reportage sur une assemblée du Tea Party en Floride et un autre sur l'obsolescence des équipements informatiques de la Société des transports de Montréal, un portrait du créateur du jeu vidéo Assassin Creed et même un texte sur des pressions commerciales qu'exercerait Quebecor sur Le Devoir, ce que nie la direction du quotidien.

Les publicités, essentiellement syndicales (dont une du syndicat de la rédaction du Devoir et une autre de celui de La Presse), côtoient quelques textes militants. Un portrait est même consacré à l'animateur Guy A. Lepage, de Radio-Canada, qui soutient les lockoutés depuis le début du conflit.

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