À voir à la télévision le samedi 14 juin - Tranches de vie

Le nom même du commerce a un petit quelque chose de surréaliste: Roger Toupin, épicier variété, écrit tel quel sur la vitrine. De vieilles étagères de bois. Un tout petit coin pour servir de petits repas. Le propriétaire, qui est né à l'étage et qui a repris l'épicerie que tenaient ses parents. Quelques habitants du quartier viennent s'y réfugier, le temps d'un café qui dure des heures. Un monde révolu, avec la vieille Pontiac des années 50 qui dort dans le garage et un commerce qui fermera d'ailleurs ses portes pendant le tournage.

Le réalisateur Benoît Pilon, d'Amazone Film, a filmé pendant plusieurs mois la vie de ce petit commerce de Montréal. Vie quotidienne d'un homme ordinaire qui s'occupe à l'étage de sa vieille mère impotente. Dans une des scènes marquantes, Roger Toupin, assis sur un banc devant son commerce, joue de l'harmonica, sa mère à ses côtés, la rue vide. On a l'impression d'être dans un rang de campagne, dans les années 40.

Le film, qui s'intéresse à de tout petits détails, laisse un sentiment d'étrangeté; on dirait un lieu hors du temps, hors de la frénésie des années 2000, sorte de cocon familial où un des clients, un ancien orphelin «éduqué» par les congrégations religieuses, témoigne de l'ancienne répression vécue dans ces orphelinats tout en prenant Dieu à partie pour laisser trop de crimes se commettre dans le monde. Ce n'est pas spectaculaire, le réalisateur ne juge pas, le rythme est lent (trop lent), et le film tente d'appréhender la réalité d'un homme humble qui, en d'autres circonstances, n'aurait «normalement» pas attiré le regard du public.

Caméra témoin/Roger Toupin, épicier variété

Radio-Canada, 21h