Revue de presse - Quand Toronto envie Calgary

Un sujet a dominé tous les autres cette semaine dans la presse anglophone: le procès de Russell Williams, ce général fétichiste qui a tué deux femmes dans la région de Belleville. Nouvelles, analyses, entrevues, tout a été dit et je vous épargne le résumé. Passons à autre chose, si vous le voulez bien. Comme cette pointe d'envie qui agite Toronto à la suite de l'élection de Naheed Nenshi, le jeune maire musulman de Calgary. Homme d'affaires et professeur d'université issu de l'immigration, il est moderne, progressiste et éloquent. Il a tout ce qui manque aux candidats à la mairie de Toronto, au dire de la presse torontoise.

Christopher Hume, du Toronto Star, reflète bien le sentiment général. «Si les élections municipales à Calgary et à Toronto en sont un indice, les "rednecks" ont déménagé vers l'est du pays.» Hume en veut pour preuve le fait que les Torontois, eux, pourraient lundi élire Bob Ford à la mairie. Ford, un conseiller ultraconservateur, a l'air d'une «citrouille», dit-il, à côté de Nenshi, un universitaire féru de culture, amoureux de sa ville et qui a même collaboré à un livre sur le développement urbain. «Il est tout ce que Ford n'est pas.» Ford, rappelle Hume, a basé sa campagne sur la colère des citoyens et s'est contenté de mettre en avant une vision passéiste de la ville. Et, contrairement à Nenshi, il n'a jamais cherché à élever le débat, bien au contraire. Il n'était toutefois pas seul, ajoute le journaliste avec tristesse. La campagne torontoise n'a été qu'une longue dispute au sujet de ce qu'il fallait éliminer, réduire, amputer. «C'est le cri d'une ville qui, selon certains, aurait perdu le contrôle et, pire, sa foi en elle-même.» L'élection de Nenshi, poursuit Hume, est une illustration de plus que le centre de gravité du pays s'est déplacé vers l'Ouest. Et Toronto, malheureusement, n'a aucun Nenshi parmi ses candidats, déplore-t-il. «Notre campagne en est une de visages familiers qui répètent des choses entendues maintes fois par le passé. [...] Les élections à Toronto montrent une ville qui a une peur croissante d'elle-même.»

Le Globe and Mail, comme bien d'autres, pense que les politiciens torontois devraient retenir quelques leçons de l'élection de Nenshi. Le quotidien note que ce dernier ne doit pas sa victoire à la couleur de sa peau ou à sa foi. Il a simplement mené une campagne intelligente en attaquant avec courage des problèmes précis, comme le budget trop élevé de la police municipale. Son message était ciblé, ses politiques, clairement exposées et il a utilisé avec talent les médias sociaux pour le faire savoir. Les bénévoles nécessaires à la sortie du vote ont répondu, comme les médias traditionnels, qui ont fait écho à ses prises de position. Le Globe relève le manque d'expérience politique de Nenshi, mais ajoute que son approche et sa volonté de remettre en cause le statu quo ont pu «stimuler les électeurs les plus désillusionnés».

Le mystère Bernier

Parlant d'audace, le député conservateur de Beauce, Maxime Bernier, fait beaucoup parler de lui avec ses prises de position sur la fiscalité, le modèle québécois ou encore la fin du financement fédéral pour les programmes sociaux et de santé. Lawrence Martin, du Globe and Mail, parle même du retour en grâce le plus remarqué de la politique canadienne. En plus, il y est parvenu en parlant librement, contrairement à ses collègues conservateurs. «Mad Max [...] a choisi de ne pas marcher au pas avec le troupeau.» Ce n'était pas sans risque, d'autres avant lui ayant subi les foudres du chef et du parti. Bernier a peut-être cru qu'il n'avait rien à perdre après avoir été éjecté du cabinet, suppute Martin, mais le député y va à fond avec son discours libertarien. En militant pour une réduction des dépenses de l'État, il rappelle indirectement que le gouvernement de Stephen Harper n'a pas su les contenir. Pourtant, s'étonne Martin, personne ne le rappelle à l'ordre et certains se mettent à parler de Bernier comme d'un candidat potentiel à la succession de son chef. Le chroniqueur trouve étrange la latitude que lui laisse Stephen Harper. Serait-il trop difficile à retenir? Trop populaire pour être évincé du caucus? Et en le laissant faire, donnera-t-on à d'autres le goût de faire de même? Selon Martin, le point de vue du Beauceron ne fait pas l'unanimité et des voix modérées voudront peut-être se faire entendre, d'autant plus que la bataille se poursuit pour le contrôle du Parti conservateur entre réformistes et progressistes-conservateurs.

Parlant d'audace, le député conservateur de Beauce, Maxime Bernier, fait beaucoup parler de lui avec ses prises de position sur la fiscalité, le modèle québécois ou encore la fin du financement fédéral pour les programmes sociaux et de santé. Lawrence Martin, du Globe and Mail, parle même du retour en grâce le plus remarqué de la politique canadienne. En plus, il y est parvenu en parlant librement, contrairement à ses collègues conservateurs. «Mad Max [...] a choisi de ne pas marcher au pas avec le troupeau.» Ce n'était pas sans risque, d'autres avant lui ayant subi les foudres du chef et du parti. Bernier a peut-être cru qu'il n'avait rien à perdre après avoir été éjecté du cabinet, suppute Martin, mais le député y va à fond avec son discours libertarien. En militant pour une réduction des dépenses de l'État, il rappelle indirectement que le gouvernement de Stephen Harper n'a pas su les contenir. Pourtant, s'étonne Martin, personne ne le rappelle à l'ordre et certains se mettent à parler de Bernier comme d'un candidat potentiel à la succession de son chef. Le chroniqueur trouve étrange la latitude que lui laisse Stephen Harper. Serait-il trop difficile à retenir? Trop populaire pour être évincé du caucus? Et en le laissant faire, donnera-t-on à d'autres le goût de faire de même? Selon Martin, le point de vue du Beauceron ne fait pas l'unanimité et des voix modérées voudront peut-être se faire entendre, d'autant plus que la bataille se poursuit pour le contrôle du Parti conservateur entre réformistes et progressistes-conservateurs.

Ça continue


Les conservateurs n'ont pas dû l'apprécier. Le prestigieux magazine international The Economist s'est encore offert un texte critiquant le Canada. Prenant prétexte de la Journée internationale de la statistique, la revue est revenue sur toutes les péripéties ayant entouré l'abandon du questionnaire long du recensement au profit d'une enquête à participation volontaire. Le magazine évoque les problèmes de fiabilité des données qui en résulteront, le coût plus élevé, les critiques venues de toutes parts et l'incapacité du gouvernement d'offrir des arguments solides pour soutenir sa position. Malgré cela, le gouvernement garde le cap de ce que la revue qualifie, en titre, de «réforme insensée».