Médias - Portrait de Pierre Karl Péladeau en bulldozer

Le Journal de Montréal (JdeM) n'est plus «que l'ombre du quotidien indépendant qu'il a déjà été», selon Paule Beaugrand-Champagne, ex-rédactrice en chef du quotidien. Elle se vide le cœur dans un article intitulé «Requiem pour un journal», publié par le magazine L'actualité qui arrive en kiosque aujourd'hui.

La publication liée à Rogers, un autre conglomérat médiatique canadien, propose aussi un portrait de Pierre Karl Péladeau («Un bulldozer nommé PKP»), président de Quebecor. Dans le billet qui complète le dossier, Mme Beaugrand-Champagne affirme que M. Péladeau fils est en train de «détruire l'oeuvre préférée de son père, à l'origine de l'empire qu'il dirige maintenant tel un tsar».

Figure très respectée dans le milieu journalistique québécois, la pamphlétaire a travaillé au Devoir, dirigé Châtelaine et Télé-Québec ainsi que la salle de rédaction du JdeM entre 1998 et 2001. Elle accuse le navire amiral de la flotte de Quebecor Media d'avoir troqué l'ancienne paix industrielle basée sur la culture du grief pour un climat d'affrontement perpétuel qui a mené au lockout du 24 janvier 2009. Pour elle, le noyau dur de la mutation se concentre autour de la convergence.

«De strictement promotionnelle pour d'autres "produits" de l'empire ou d'assez subtile au début sous la forme de "suggestions" de reportages, [la concentration] s'est faite de plus en plus lourde, écrit Mme Beaugrand-Champagne. [...] L'information est à la base de la démocratie. Mais pas n'importe quelle information: celle-ci doit être indépendante, complète, diversifiée et de qualité. [...] Mais dans le plan d'affaires de Quebecor, l'information est traitée sur le même pied qu'un service intégré de comptabilité pour plusieurs entreprises.»

L'essai note l'apathie de la population, qui continue à lire le quotidien sans journalistes. «Le résultat de ce lockout qui s'éternise sera la fin d'une institution importante au Québec, prédit l'ex-rédactrice en chef, l'éclatement aussi d'une "famille" que Pierre Péladeau [le père de PKP] avait mise sur pied avec passion.»

Dans le dossier qui lui est consacré, Pierre Karl Péladeau affirme au contraire: «Mon père serait fier de moi.» Un sondage réalisé après le dépôt des offres patronales de la semaine dernière (et leur rejet à 89,3 % en assemblée générale) montre que les trois quarts des Québécois ont une opinion positive du président de Quebecor.

Le Conseil du patronat s'en mêle

«Tenter de diaboliser un chef d'entreprise qui contribue à la communauté et aussi à la prospérité du Québec n'est certes pas une bonne idée, enchaîne Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), dans un communiqué diffusé hier. Certains peuvent ne pas aimer le style de Pierre Karl Péladeau comme patron, c'est leur droit. Mais on serait surpris de constater à quel point cet homme d'affaires peut être perçu positivement au sein de la population québécoise.»

Le CPQ intervient pour la première fois dans le dossier et affirme ne pas vouloir prendre parti dans le conflit. Il rappelle que le lockout est un recours légal et affirme que ce conflit ne devrait pas être instrumentalisé pour obtenir des changements au Code du travail concernant les «travailleurs de remplacement». La CSN, de son côté, implore le gouvernement d'amender la législation pour tenir compte des nouvelles technologies favorisant le télétravail et l'échange d'informations au coeur du conflit au JdeM.

Le CPQ invite finalement les syndiqués et la direction du journal «à poursuivre les négociations afin de parvenir à une entente».
2 commentaires
  • bernard bujold - Inscrit 22 octobre 2010 14 h 56

    Un portrait précis...

    Le reportage publié dans l'Actualité et signé par Jonathan Trudel est excellent et il représente assez bien le dossier actuel Pierre Karl Péladeau et Quebecor.
    On peut aimer ou ne pas aimer la description que donne le journaliste et ne pas être d'accord avec l'orientation que prend Quebecor mais la réalité est celle que présente le magazine Actualité.
    Mon seul bémol est le texte commentaire signé par Paule Beaugrand-Champagne. Elle a raison dans son commentaire mais elle ne fut au Journal de Montréal qu'après la mort de Pierre Péladeau et, de 1998 à 2001.
    Cette période en était une de deuil et surtout une période de repositionnement stratégique de l'entreprise suite au décès du fondateur. Ce fut aussi la période où Pierre-Karl Péladeau a solidement installé ses positions de nouveau patron au sein de Quebecor en tant qu'héritier.
    Il aurait été plus intéressant de lire le commentaire d'un Jacques Girard qui fut lui éditeur et vice-président de Quebecor (1988 à 1996) durant le règne du fondateur, Pierre Péladeau père.

  • Daniel Girard - Inscrit 22 octobre 2010 18 h 44

    Biographie de Pierre Péladeau

    Momsieur Bujold, j'ai lu votre biographie de Pierre Péladeau et elle est non seulement très informative mais aussi parfois divertissante et c'est ce qu'on attend d'un bon livre. Les épisodes où Pierre Péladeau discute avec son fils sont aussi assez éclairants sur les évènements à venir. Je me demande d'ailleurs comment vous voyez l'évolution de PLP eu égard des rapports avec son père.